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Ils n’avaient pas évoqué la possibilité de fuir grâce aux portails, parce que Yoeli n’abandonnerait jamais sa ville. Ituralde, lui, ne laisserait pas en arrière l’officier et ses partisans. Pas après ce qu’ils avaient risqué pour les sauver, ses hommes et lui.

Pour résister, Maradon était un endroit comme un autre. Non, meilleur que les dernières positions défendues par le général. Ça ne faisait aucun doute.

Quand Perrin entra sous leur tente, Faile se peignait les cheveux ! Quelle beauté ! Chaque jour, il s’émerveillait qu’elle soit vraiment de retour.

Se tournant vers lui, elle sourit de satisfaction. Pour prendre soin de ses cheveux, elle utilisait le nouveau peigne en argent qu’il avait déposé sur son oreiller. Un objet troqué avec Gaul, qui l’avait découvert à Malden.

Si cette affaire de shanna’har était importante pour Faile, Perrin entendait bien lui aussi la prendre au sérieux.

— Les messagers sont de retour, dit-il en laissant retomber le rabat de la tente. Les Capes Blanches ont choisi le champ de bataille. Faile, ils vont me forcer à les massacrer.

— Et alors ? Où est le problème, puisque nous gagnerons ?

— Probablement, modéra Perrin. (Il s’assit sur les coussins, à côté de leur lit de camp.) Mais même si les Asha’man feront la première partie du travail, nous devrons nous battre. Et perdre des hommes. Des braves qui auraient été précieux lors de l’Ultime Bataille. (Il se força à desserrer les poings.) La Lumière brûle les Fils pour tout ce qu’ils ont fait et ce qu’ils continuent à faire !

— Si tu vois les choses comme ça, pourquoi regretter de les massacrer ?

Perrin éluda la question et ne s’étendit pas sur la frustration qui le minait. Quoi qu’il arrive, cette bataille contre les Fils, il la perdrait. Parce que des soldats tomberaient dans les deux camps, et qu’on aurait eu besoin d’eux ailleurs.

Dehors, la foudre se déchaînait, projetant des ombres sur le plafond de toile. Faile approcha de leur coffre et en sortit une chemise de nuit pour elle et une tunique longue pour son mari. Un seigneur, affirmait-elle, devait en avoir une à portée de main, au cas où on aurait besoin de lui en pleine nuit. Jusque-là, elle avait vu juste deux ou trois fois…

Elle passa à côté de Perrin, qui sentit de l’inquiétude dans son odeur malgré son expression sereine. Pour éviter une boucherie, il avait tout tenté. Hélas, qu’il le veuille ou non, il devrait encore tuer d’ici peu.

Il retira ses vêtements, se coucha et sombra dans le sommeil avant que Faile ait fini de se changer.

Au sein du rêve des loups, il se retrouva près de l’épée géante enfoncée dans le sol. Dans le lointain, il voyait la colline que Gaul qualifiait de bon point d’observation. Derrière le camp, un ruisseau assurait l’alimentation en eau.

Perrin courut vers le camp des Capes Blanches. Comme un barrage en travers d’une rivière, les premières tentes le forcèrent à s’arrêter.

— Sauteur ? appela Perrin.

Il sonda du regard le camp ennemi, où rien ne bougeait. N’obtenant aucune réponse, il scruta la zone un peu plus longtemps puis s’aventura dans le camp.

Balwer n’avait pas reconnu le sceau qu’il lui avait décrit. Qui commandait ces Fils ?

Une heure plus tard, Perrin n’en savait pas plus long sur le sujet. Cela dit, il connaissait à présent les tentes où les Capes Blanches gardaient leurs vivres. Si elles étaient moins surveillées que les prisonniers, en utilisant des portails, il pourrait réduire en fumée le ravitaillement de l’ennemi.

Peut-être… Dans ses réponses, le seigneur général alignait des phrases du genre :

« Je concède à tes hommes le bénéfice du doute, car ils ignorent sûrement ta véritable nature. »

Ou :

« Face à tes atermoiements, ma patience a des limites… »

Ou encore :

« Il n’y a que deux possibilités. Te rendre et accepter d’être jugé, ou exposer ton armée à subir la sentence de la Lumière. »

Chez cet homme, il y avait un étrange sens de l’honneur. Perrin l’avait senti lors de leur rencontre, mais ça paraissait encore plus évident dans ses écrits. De qui s’agissait-il ? Ces missives, il les signait « seigneur général des Fils de la Lumière ».

Perrin sortit du camp et retourna sur la route.

Où était Sauteur ?

Perrin se mit à courir. Au bout d’un moment, il s’enfonça dans les herbes. La terre étant meuble, chaque foulée lui semblait aérienne, comme s’il marchait sur un nuage.

Sondant les environs avec son esprit, il sentit quelque chose, au sud. Il fonça dans cette direction, souhaita aller encore plus vite… et fut exaucé. Devant ses yeux, les arbres et les collines défilèrent à toute allure.

Les loups avaient conscience de sa présence. C’était la meute de Danse entre les Chênes, avec Sans Frontières, Étincelles, Lumière du Matin et d’autres. Perrin sentit qu’ils échangeaient des images et des odeurs. Il courut encore plus vite, le vent devenant un rugissement à ses oreilles.

Les loups se remirent en mouvement, toujours en direction du sud.

Attendez, leur lança-t-il, je dois vous rencontrer !

En retour, les loups émirent… de l’amusement. Soudain, ils obliquèrent vers l’est. Perrin s’arrêta, changea de direction et fonça. Mais dès qu’il approchait, les loups étaient… ailleurs.

Tourbillonnant, ils disparaissaient du sud et apparaissaient au nord.

Perrin grogna… et se retrouva à quatre pattes. Alors que sa fourrure ondulait au vent, il courut vers le nord, la bouche entrouverte afin de se gorger de vent. Mais les loups le distançaient toujours.

Quand il rugit, ils lui répondirent par des lazzis.

Accélérant encore, il sauta bientôt de colline en colline et survola des arbres. Soudain, les montagnes de la Brume se dressèrent sur sa droite, et il les longea à la vitesse de l’éclair.

Les loups filèrent vers l’est. Pourquoi ne pouvait-il pas les rattraper ? Pourtant, il les sentait, juste devant lui.

Jeune Taureau les appela mais n’obtint pas de réponse.

Ne sois pas trop… intense, Jeune Taureau.

Jeune Taureau s’arrêta net et le monde vacilla autour de lui. Alors que le reste de la meute filait toujours vers l’est, Sauteur apparut, assis près d’un des lacets d’un vaste cours d’eau.

Jeune Taureau était déjà venu ici. C’était très près de la tanière de ses parents. Ce cours d’eau, il l’avait traversé sur le dos d’un des arbres flottants qu’inventaient les humains. Il…

Non… Non… Souviens-toi de Faile.

Sa fourrure redevint des vêtements et il se retrouva sur les mains et sur les genoux. Alors, il foudroya Sauteur du regard.

— Pourquoi t’es-tu enfui ?

Tu veux apprendre. Et tu progresses. Plus rapide. Tu allonges tes jambes et tu cours. C’est bien.

Perrin se retourna, évalua le chemin parcouru et estima sa vitesse. Sauter de colline en colline était une expérience grisante.

— Mais pour le faire, dit-il, je dois devenir un loup. Et ça menace de me rendre « trop intense » ici. À quoi bon me former, si ça me pousse à accomplir des choses interdites ?

Tu as l’accusation facile, Jeune Taureau.

Sauteur émit l’image d’un louveteau qui jappe devant une tanière, semant le trouble.

Les loups ne font pas ça…

Sauteur se volatilisa.

Perrin grogna et regarda vers l’est, où il sentait les loups. Il se lança à leur poursuite, mais plus prudemment. Le loup tapi en lui ne devait pas prendre le dessus. Sinon, il finirait comme Noam, dans une cage, privé de son humanité. Pourquoi Sauteur l’encouragerait-il sur cette voie ?

« Les loups ne font pas ça… »