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En ronchonnant, les Fils reformaient les rangs. Avec sa longue-vue, Galad inspecta la première ligne d’Aybara. Des hommes en veste noire, plusieurs Aielles, dont une de celles qui accompagnaient le Suppôt lors de leur rencontre. Une femme capable de canaliser, sans nul doute.

Galad eut une vision d’horreur : le sol explosant sous les chevaux de ses hommes, tandis qu’ils chargeaient l’ennemi. Les corps déchiquetés, le vacarme, les flèches venant peaufiner la boucherie…

Bornhald approcha, rouge de colère.

— Nous n’allons pas négocier, pas vrai ?

Galad baissa sa longue-vue.

— Je crains que si…

— Nous avons déjà rencontré ce chien ! Tu voulais voir ses yeux, as-tu dit, pour être sûr qu’il appartenait bien à l’engeance du démon. Bon, tu les as vus ! Que te faut-il de plus ?

Byar approcha aussi. Ces derniers temps, il agissait souvent comme s’il était le garde du corps de Galad.

— Seigneur général, dit-il, ce type n’est pas fiable.

Galad désigna la tranchée.

— En allongeant un peu le tir, il aurait pu nous massacrer.

— Je suis d’accord avec Byar, dit Bornhald. Il veut t’attirer dans un piège puis te tuer pour nous démoraliser.

— C’est possible, oui…

Galad se tourna vers le seigneur capitaine Harnesh, qui chevauchait près de lui.

— Si je meurs, je veux que tu prennes le commandement et que tu lances la charge. Pas de quartier, surtout ! Mais respectez l’ordre d’éviter les Aes Sedai. Et tuez toute autre personne qui semble canaliser le Pouvoir. Il faut que ce soit une priorité. Il se peut que nous ne comprenions pas ce qui se passe ici…

— Et tu vas quand même y aller ? demanda Bornhald.

— Oui.

Galad avait laissé Byar et Bornhald le pousser à l’affrontement. À présent, il se posait des questions. Certes, il avait vu les yeux d’Aybara, et entendu les témoignages de certains Fils et de quelques compagnons du Suppôt. À un moment, attaquer semblait la seule solution.

Mais Aybara parlait d’or. Sur la demande de Galad, il était venu le voir. Donc, il y avait peut-être moyen d’éviter un massacre. Galad n’y croyait pas vraiment, mais s’il restait une chance, ça valait le coup d’essayer. Les choses n’étaient pas plus compliquées que ça.

Bornhald ne cachait pas sa fureur. Qu’il haïsse le meurtrier de son père était normal, mais ça ne devait pas influencer les actes des Fils.

— Tu peux venir avec moi, dit Galad en talonnant son cheval. Toi aussi, Fils Byar. Les seigneurs capitaines, eux, resteront à l’arrière, éparpillés parmi les hommes. Il ne faudrait pas qu’Aybara fasse tuer tous nos officiers.

Harnesh salua son chef. À contrecœur, Bornhald vint prendre sa place sur un flanc de Galad et Byar – le fanatisme faisant briller ses yeux autant que la haine ceux de son camarade – chevaucha sur l’autre.

Ces deux hommes avaient été vaincus et humiliés par Perrin Aybara…

Galad se dota aussi d’une escorte de cinquante Fils, qui se mirent en formation derrière lui.

Quand la colonne arriva dans le camp ennemi, un pavillon très simple l’attendait. Tenu par quatre poteaux, le toit de toile était plat et il n’y avait pas de côtés. Au centre trônaient deux sièges et une petite table.

Aybara occupait un des sièges. Voyant que Galad approchait, il se leva.

Aujourd’hui, le colosse portait une veste verte et un pantalon marron – de bonne coupe mais ordinaires – et son marteau pendait à sa ceinture. La tenue avait quelque chose… d’agricole. Décidément, ce n’était pas un homme de palais mais de champs et de forêts. Un fermier devenu un seigneur.

Deux hommes de son territoire natal, derrière lui, brandissaient leur arc long surpuissant. À ce qu’on disait, ils appartenaient à une très ancienne race de fermiers et d’éleveurs indépendants. Comme chef, ils avaient choisi Perrin Aybara. Un dur parmi les durs.

Galad avança en direction du pavillon. Byar et Bornhald le suivirent. En revanche, les cinquante Fils de l’escorte restèrent en selle.

Contrairement à la rencontre précédente, il y avait des Aes Sedai – trois, d’après ce que repéra Galad. Une petite Cairhienienne, une mince et jolie femme en robe très simple et une solide Tarabonaise aux multiples tresses. Elles se tenaient parmi les Aielles affublées d’un châle, avec des Promises de la Lance comme gardes du corps. Leur présence étayait les dires d’Aybara. Il était bien là sur ordre du Dragon Réincarné.

La main sur le pommeau de son épée, Galad observa les autres occupants du pavillon.

Soudain, il se pétrifia. Derrière la chaise d’Aybara se tenait une femme d’une grande beauté. Non ! D’une extraordinaire beauté. Ses cheveux noirs semblant briller, elle portait une robe rouge assez fine pour souligner ses formes et décolletée juste ce qu’il fallait pour révéler une poitrine parfaite.

Et ses yeux ! Très noirs, avec de longs cils…

Galad eut le sentiment d’être attiré par ce regard hypnotique. Pourquoi cette femme n’avait-elle pas été présente, la fois précédente ?

— Tu sembles surpris, dit Aybara en se rasseyant. La Première Dame est ici sur ordre du seigneur Dragon, comme moi. N’as-tu pas remarqué l’étendard de Mayene, au-dessus de mes troupes ?

— Je…

Galad n’alla pas plus loin et s’inclina devant la dame. Berelain sur Paendrag Paeron ? On vantait partout sa beauté, mais ce n’était pas lui rendre justice. Elle était… hors du commun.

Galad se força à ne plus la regarder, puis il s’assit en face d’Aybara. Il devait se concentrer sur son ennemi.

Les yeux jaunes étaient toujours aussi perturbants. Croiser ce regard se révélait si étrange. Oui, cet homme pouvait être tout à fait autre chose qu’un Suppôt ou une Créature des Ténèbres. Pourquoi tant de gens auraient-ils suivi un monstre ? Et pourquoi Berelain aurait-elle été avec lui ?

— Merci d’être venu, dit Aybara. Notre précédente rencontre a été… précipitée. Cette fois, prenons notre temps. Tu dois savoir que l’autre femme, derrière moi, est Alliandre Maritha Kigarin, reine du Ghealdan, bénie de la Lumière et Protectrice du Mur de Garen.

Ainsi, cette femme majestueuse aux cheveux noirs était la reine du Ghealdan ? Avec les troubles que connaissait le royaume, ces derniers temps, une bonne demi-douzaine d’ambitieux devaient essayer de lui voler son trône. À part ça, elle était jolie, mais passait inaperçue à côté de Berelain.

Perrin désigna la troisième femme.

— Je te présente Faile ni Bashere t’Aybara, mon épouse et cousine de la reine du Saldaea.

La femme d’Aybara regarda Galad sans dissimuler sa méfiance. Oui, avec un nez pareil, elle ne pouvait venir que du Saldaea. Byar et Bornhald ignoraient tout de ses liens avec la couronne.

Deux souveraines sous le pavillon – derrière Aybara.

Galad se leva et s’inclina devant Alliandre.

— Majesté…

— Tu es très poli, seigneur général, dit Berelain. Et tu t’inclines comme un courtisan. Où as-tu reçu une telle éducation ?

Cette femme n’avait pas une voix – c’était une harpe vivante !

— À la cour d’Andor, ma dame. Je suis Galad Damodred, beau-fils de la défunte reine Morgase et demi-frère d’Elayne Trakand, son héritière légitime.

— Enfin, fit Perrin, je peux mettre un nom sur toi. Tu aurais dû me dire ça la fois précédente…

Berelain regarda Galad dans les yeux, puis elle sourit, comme si elle voulait avancer vers lui. Mais elle se retint.

— Galad Damodred… Oui, je croyais bien reconnaître quelque chose dans ton allure. Comment va ta sœur ?