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— Galad ? Que fais-tu ici, et comment… ?

Morgase se tut quand Galad la prit dans ses bras au grand dam de toutes les personnes présentes. D’ailleurs, elle-même sursauta.

Elle était vivante ! Mais par quel miracle ?

J’ai tué Valda pour venger ma mère… Qui n’est pas morte. Donc, je suis un criminel. Un Suppôt, à ma façon.

Non. Valda avait mérité la mort pour les outrages qu’il s’était permis d’infliger à Morgase.

Était-ce bien la vérité ? Des Fils le lui avaient assuré, mais ils étaient également certains du décès de la reine.

Il faudrait faire le tri de tout ça plus tard. Avant tout, il devait cesser de se ridiculiser devant ses hommes. Il lâcha sa mère adoptive, mais elle le retint par un bras. Jamais il ne l’avait vue si… désorientée.

Aybara s’était levé. Les yeux ronds, il contemplait la scène.

— Tu connais Maighdin ?

— Maighdin ?

Morgase portait une robe toute simple et pas l’ombre d’un bijou. Essayait-elle de se cacher sous l’identité d’une servante ?

— Maighdin ? Aybara, c’est Morgase Trakand, Protectrice du Royaume et du Peuple et Haute Chaire de la maison Trakand. En d’autres termes, ta reine !

Un grand silence suivit cette révélation. Perplexe, Aybara se grattouilla la barbe. Stupéfiée ou furieuse, sa femme regardait Morgase avec des yeux écarquillés.

— Maighdin, fit Aybara, c’est vrai ?

Morgase leva les yeux et soutint le regard du jeune homme. Comment pouvait-on ne pas voir ce qu’il y avait de régalien en elle ?

— Je suis Morgase Trakand, dit-elle. Mais j’ai abdiqué en faveur d’Elayne. Avec la Lumière pour témoin, je jure de ne jamais revendiquer la couronne.

Galad approuva du chef. Oui, il comprenait, à présent. Elle avait eu peur qu’Aybara se serve d’elle pour nuire à Andor.

— Je vais te conduire dans mon camp, mère, dit-il sans quitter Aybara des yeux. Là, nous parlerons des mauvais traitements que t’a fait subir cet homme.

Morgase foudroya son fils du regard.

— Un ordre, Galad ? N’ai-je pas mon mot à dire ?

Le front plissé, le jeune homme se pencha vers sa mère et souffla :

— Il détient d’autres prisonniers ? Quels moyens de pression a-t-il sur toi ?

Morgase secoua la tête avant de répondre :

— Cet homme n’est pas ce que tu crois, Galad. Il est brut de décoffrage, et je n’aime pas ce qu’il fait au royaume, mais ce n’est pas un allié du Ténébreux. J’ai plus à craindre de tes… associés que de Perrin Aybara.

Oui, elle avait des raisons de se méfier des Fils. D’excellentes raisons.

— Viendras-tu avec moi, noble dame ? Je jure que tu pourras revenir ici quand tu voudras. Quoi que t’aient fait les Fils par le passé, tu ne risques plus rien. Je m’y engage !

Morgase hocha la tête.

— Un moment, Damodred ! lança Aybara.

Galad se tourna, la main de nouveau sur le pommeau de son épée. Pas une menace, juste… un pense-bête.

Sous le pavillon, les gens commençaient à murmurer entre eux.

— Oui ?

— Tu voulais un juge, pas vrai ? Accepterais-tu que ta mère en fasse office ?

Galad n’hésita pas un instant. Bien sûr que oui ! Depuis l’âge de dix-huit ans, Morgase portait la couronne, et il connaissait sa sagacité et son équité. Une femme juste. Dure, certes, mais juste.

Les autres Fils l’accepteraient-ils ? Morgase avait été formée par les Aes Sedai, et ils la voyaient comme l’une d’entre elles. Un gros problème. Mais si ce choix dénouait la situation, ici, il pourrait sans doute les faire changer d’avis.

— J’accepte, oui ! Et si je m’engage ainsi, mes hommes me suivront.

— Je l’accepte aussi, fit Aybara.

Les deux hommes se tournèrent vers Morgase. Dans sa robe jaune ordinaire, elle semblait être… la reine du monde.

— Perrin, si je préside à ton procès, ne t’attends pas à de la clémence de ma part. Mes gens et moi, tu nous as accueillis quand nous en avions besoin, et je t’en serai toujours reconnaissante. Mais si je t’estime coupable, ça n’influera pas sur mon verdict.

— C’est ce que j’attends, répondit Aybara.

Et il avait l’air sincère.

— Seigneur général, souffla Byar à l’oreille de Galad, j’ai peur que ce soit une parodie de procès. Il n’a pas dit qu’il se soumettrait à la sentence.

— Non, je ne l’ai pas dit, confirma Aybara.

Galad se demanda comment il avait pu entendre…

— Quel poids ça aurait ? Vous me prenez pour un Suppôt et un meurtrier. Pour que vous me fassiez confiance, il faudrait que je sois votre prisonnier. Et il n’en est pas question.

— Tu vois ? triompha Byar à voix haute. C’est joué d’avance !

Galad croisa de nouveau les yeux jaunes de Perrin.

— Un procès nous fournira des bases légales, dit-il. Je commence à y voir clair, Fils Byar. Nous devons prouver nos dires, sinon nous ne vaudrons pas mieux qu’Asunawa.

— Mais ce procès ne sera pas équitable !

Galad se tourna vers Byar :

— Mets-tu en doute l’impartialité de ma mère ?

Le Fils secoua promptement la tête.

— Non, seigneur général.

Galad regarda de nouveau Aybara.

— Je demande à la reine Alliandre d’attester que ce procès sera considéré comme légal dans son royaume.

— Si c’est ce que veut le seigneur Aybara, je l’attesterai.

Sans enthousiasme, semblait-il.

— C’est ce que je désire, Alliandre, confirma Perrin. À une seule condition : que Damodred relâche tous mes amis. Qu’il garde les équipements, si ça lui chante, mais qu’il me rende mes compagnons, comme il me l’a promis lors de notre précédente rencontre.

— D’accord, dit Galad. Ce sera fait dès que le procès aura commencé. Je le jure. Quand auront lieu les débats ?

— Laisse-moi quelques jours pour me préparer.

— Disons trois, fit Galad. Le procès aura lieu sous ce pavillon.

— Amène tes témoins, conclut Aybara. Je serai là.

27

Un appel à voter

Assise à son bureau, Egwene lisait une lettre.

« Je ne refuse pas qu’on critique ou conteste le seigneur Dragon. De fait, plus le pouvoir d’un homme est absolu, plus il est nécessaire de le remettre en question. Cela dit, sachez que je ne donne pas ma loyauté facilement – pourtant, je lui ai juré allégeance. Pas parce qu’il m’a offert un trône, mais à cause de tout ce qu’il a fait pour Tear.

Oui, il devient de plus en plus bizarre avec chaque nouveau jour. Mais qu’attendre d’autre du Dragon Réincarné ? Bientôt, il disloquera le monde. Nous le savions quand nous nous sommes ralliés à lui – comme des marins qui doivent parfois servir et suivre un capitaine qui a pourtant mis le cap… sur le rivage. Quand une tempête impossible à dominer fait rage, c’est la meilleure solution…

Pourtant, vos propos m’ont inquiété. Détruire les sceaux, ce n’est pas une décision à prendre sans en avoir longuement débattu. Le seigneur Dragon m’a chargé de lever une armée, et je l’ai fait. Si vous fournissez les portails promis, je transférerai des troupes jusqu’au point de rendez-vous, avec les Hauts Seigneurs et les Hautes Dames fiables.

Gardez à l’esprit, cependant, que la présence des Seanchaniens à l’ouest de Tear continue à me préoccuper. Le gros de mon armée devra rester en arrière.

Haut Seigneur Darlin Sisnera,
Roi de Tear
Sous la tutelle