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— Mat, répondit Perrin sans comprendre comment il savait ça.

Les couleurs n’apparurent pas. Dans le rêve des loups, elles lui fichaient la paix.

Aussi stupide que toi, cet humain ?

— Encore plus, peut-être…

Sauteur parut ébahi, comme s’il doutait qu’une chose pareille soit possible.

Viens, émit Sauteur. C’est revenu…

— Qu’est-ce qui… ?

Sauteur disparut. Perrin le suivit, puisqu’il avait appris à le faire. Désormais, capter l’odeur du lieu où le loup se rendait était un jeu d’enfant pour lui.

Ils se retrouvèrent sur la route de Jehannah, devant l’étrange mur qui divisait en deux le paysage.

Perrin approcha d’un arbre. Ses branches nues immobiles semblaient enchâssées dans le verre.

Nous avons déjà vu ce mur. Il y a très longtemps. À des vies et des vies d’aujourd’hui.

— Qu’est-ce que c’est ?

Une création des hommes.

Sauteur émit des images qui ne semblaient pas avoir de sens. Des disques volants scintillants. Des bâtiments en acier impossiblement hauts. Des réalités de l’Âge des Légendes ?

Comme pour une charrette ou une bougie, Sauteur n’avait pas la moindre idée de l’utilité de ces choses.

Perrin sonda la route et ne reconnut pas cette région du Ghealdan. Ce devait être loin devant la position de son camp, près de Lugard. Donc, le mur était apparu à un autre endroit que la première fois.

Une idée lui traversant l’esprit, Perrin recula sur la route. En quelques enjambées, il avala une centaine de pas. Puis il se retourna… et ses soupçons furent confirmés. Ce n’était pas un mur, mais un dôme géant. Translucide avec des reflets violets, il semblait s’étendre sur des lieues.

En un éclair, Sauteur vint rejoindre son compagnon humain.

Nous devons partir.

— Il est de l’autre côté, pas vrai ?

Perrin tendit un bras. Danse entre les Chênes, Étincelles et Sans Frontières y étaient aussi. Ils émirent des images et des odeurs indiquant qu’ils chassaient et… qu’on les traquait.

— Pourquoi ne fuient-ils pas ? demanda Perrin.

Sauteur n’émit aucune réponse précise.

— Je vais les rejoindre, annonça Perrin en se forçant à avancer.

Rien ne se produisit.

Le jeune homme en eut les entrailles glacées. Que se passait-il ? Il essaya de nouveau, en visant cette fois la base du dôme.

Là, ça fonctionna, et il se retrouva le nez quasiment contre la muraille de verre.

C’est ce dôme, pensa-t-il. Il me bloque…

Soudain, il comprit pourquoi les loups avaient émis des images pleines d’angoisse. Ils ne pouvaient pas s’enfuir.

À quoi servait donc le dôme ? Piéger des loups pour que Tueur puisse les massacrer ?

Perrin se colla à la surface violette. S’il ne pouvait pas traverser par la simple imagination, des méthodes plus rustiques fonctionneraient peut-être.

Il leva une main puis hésita. S’il touchait la surface violette, que risquait-il d’arriver ?

Les loups émirent l’image d’un homme en vêtements de cuir noirs. Sur son visage dur et ridé, un sourire s’affichait chaque fois qu’il lâchait une flèche.

Ce type empestait. Il sentait le loup mort.

Perrin ne pouvait pas abandonner ses amis dans cet enfer. C’était la même félonie que de laisser maître Gill et les autres entre les mains des Capes Blanches.

Furieux contre Tueur, il toucha le dôme.

Aussitôt, ses muscles perdirent toute leur force. Devenues comme de l’eau, ses jambes ne parvinrent plus à le porter. Il tomba – rudement. Un de ses pieds toucha le dôme et le traversa. Cette structure semblait n’avoir aucune substance.

Les poumons de Perrin ne remplissaient plus leur fonction, comme si se gonfler d’air était devenu trop difficile.

Il était piégé, autant que les loups !

Une silhouette gris argenté fondit sur lui. Gueule refermée sur l’épaule de l’humain, Sauteur le tira à l’écart du dôme. En une fraction de seconde, Perrin retrouva sa puissance habituelle et il inspira à fond.

Crétin de louveteau !

— Tu les abandonnerais ?

Pas crétin d’avoir fouillé le trou. Abruti de ne pas m’avoir attendu, au cas où il en sortirait des frelons.

Sauteur se tourna vers le dôme.

Tire-moi de là si j’échoue.

Il avança puis plaqua son museau contre le dôme. Titubant soudain, il parvint à rétablir son équilibre, puis avança doucement. De l’autre côté, il s’écroula, mais il était passé.

— Comment as-tu fait ça ? demanda Perrin en se relevant.

Parce que je suis moi…

La façon dont Sauteur se voyait correspondait fidèlement à la réalité. Son odeur diffusait toujours de la force et un parfait équilibre.

La clé, semblait-il, était de contrôler son identité et sa nature. Comme souvent dans le rêve des loups, la force de l’image mentale qu’on se faisait de soi était supérieure, en puissance, à la substance de cet univers.

Viens, émit Sauteur. Sois fort et traverse.

— J’ai une meilleure idée, dit Perrin.

Il chargea comme un Jeune Taureau. Dès qu’il entra en contact avec le dôme, la sensation de faiblesse revint, mais son élan lui permit de traverser.

S’arrêtant presque net, il tomba et grogna à cause d’une épaule douloureuse et d’un bras écorché.

Idiot de louveteau ! Tu dois apprendre.

— Non, ce n’est pas le moment. (Perrin se releva souplement.) Il faut sauver les autres.

Des flèches qui fendaient l’air, noires et mortelles… Le rire du chasseur… L’odeur d’un homme… mauvais et rassis.

Tueur était là !

Sauteur et Perrin coururent sur la route. À l’intérieur du dôme, découvrit le jeune homme, il pouvait augmenter sa vitesse à volonté et même bondir par la force de la pensée. En revanche, quand il tenta de se propulser dehors, rien ne se passa.

Donc, le dôme était une prison. À l’intérieur, il pouvait se déplacer librement, mais pas question de se « projeter » autre part en un clin d’œil. S’imaginer ailleurs ne donnant rien, pour sortir il devrait de nouveau traverser le verre qui n’en était pas.

Danse entre les Chênes, Sans Frontières et Étincelles étaient devant lui. Tueur aussi.

Bombardé d’images et d’odeurs, Perrin grogna de haine.

Une forêt obscure… Tueur… Pour les loups, ce géant était un monstre sombre au visage comme sculpté dans un rocher.

Du sang sur l’herbe… Douleur, colère, confusion… Étincelles avait pris un mauvais coup. Les deux autres loups tentaient de distraire Tueur pendant qu’Étincelles, en rampant, s’efforçait d’atteindre la lisière du dôme.

Attention, Jeune Taureau ! émit Sauteur. Cet homme sait chasser. Même s’il est une mauvaise créature, il se déplace presque aussi bien qu’un loup.

— Je détourne son attention et tu t’occupes d’Étincelles.

Non, tu as des bras, tu peux porter…

Le message n’était pas si simple, bien entendu. Sauteur y faisait aussi mention de son expérience et de son âge, comparés à ceux d’un louveteau.

Perrin grinça des dents mais ne discuta pas. Sauteur, incontestablement, était bien plus aguerri que lui.

Ils se séparèrent.

Perrin retrouva Étincelles, qui s’était caché entre des arbres. Grâce à son nouveau pouvoir olfactif, il l’avait repéré en quelques secondes.

Le loup au pelage foncé avait une flèche dans la cuisse. En rampant, il gémissait et laissait une piste de sang. Perrin s’agenouilla et retira la flèche. De la peur dans son odeur, le loup continua à gémir.