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Morgase ferma les yeux et soupira.

— Galad, écoute-toi parler ! Tu les traites de sorcières ! Mais tu es allé te former auprès d’elles, peut-être pour devenir un Champion.

— C’est vrai.

Morgase ouvrit les yeux. Il semblait si sérieux et honnête. Mais un chien violent prêt à tuer pouvait lui aussi avoir l’air franc et direct.

— Tu sais ce que ces femmes ont fait à Elayne, Mère ?

— Tu veux dire quand elles l’ont accusée d’avoir fui la tour ?

Sur ce sujet, Morgase elle-même n’avait toujours pas décoléré.

— Elles l’ont envoyée en mission, fit Galad, révulsé. Je n’ai pas eu le droit de la voir, sans doute parce qu’elle était dans la nature, en grand danger. Heureusement, je l’ai rencontrée plus tard, hors de la tour.

— Où était-elle ?

— Ici, dans le Sud… Mes hommes aussi parlent des Aes Sedai comme de sorcières. Parfois, je me demande s’ils sont si loin de la vérité que ça…

— Galad…

— Toute femme qui manie le Pouvoir n’est pas nécessairement maléfique. Le penser est une des erreurs fondamentales des Fils. La Voie de la Lumière n’affirme d’ailleurs pas ça. Elle dit simplement que la tentation d’utiliser le Pouvoir risque d’être corruptrice. Je crois que les dirigeantes actuelles de la Tour Blanche se sont laissé aveugler par leurs machinations égoïstes.

Morgase acquiesça, refusant de polémiquer sur ce point. La Lumière en soit louée, Elaida n’était pas là pour entendre ce discours.

— Quoi qu’il en soit, nous combattrons aux côtés de ces femmes, du Dragon et même de Perrin Aybara. La lutte contre le Ténébreux est prioritaire.

— Alors, joignons-nous à ce conflit ! Galad, oublie cette histoire de procès. Aybara compte démobiliser une partie de son armée et confier le reste à al’Thor.

Galad croisa le regard de sa mère adoptive, puis il hocha la tête.

— Oui… Je vois enfin pourquoi la Trame t’a conduite jusqu’à moi. Nous voyagerons tous ensemble. Après le procès.

Morgase soupira.

— Je ne fais pas ça de bon cœur, dit Galad en se levant. Aybara lui-même demande à être jugé. Il a un poids sur la conscience, et lui refuser l’occasion de s’en débarrasser serait une mauvaise action. Laissons-le nous prouver son innocence – et s’en convaincre lui-même.

Galad hésita, puis il tendit la main et toucha l’épée glissée dans un fourreau blanc qui reposait sur une sorte de coiffeuse.

— Et si nous devons continuer sans lui, il dormira sous la Lumière, après avoir payé pour ses crimes.

— Mon fils, tu sais que Lini est parmi les prisonniers que tu détiens ?

— Elle aurait dû s’identifier. Je l’aurais fait libérer.

— Mais elle s’en est abstenue… J’ai entendu dire que tu avais menacé d’exécuter tes otages si Perrin refusait le combat. L’aurais-tu fait ?

— Leur sang serait retombé sur ses mains.

— Le sang de Lini, Galad ?

— Je l’aurais reconnue et sauvée au dernier moment.

— Donc, tu aurais bien tué les autres… Des innocents simplement influencés par Aybara…

— Ces exécutions n’auraient pas eu lieu. Ce n’était qu’une menace.

— Un mensonge !

— Et alors ? Où veux-tu en venir, Mère ?

— À te faire réfléchir, mon fils. D’une manière que j’aurais dû t’enseigner plus tôt, au lieu de t’abandonner à tes illusions puériles. Vivre, ce n’est pas aussi facile que lancer une pièce et attendre de voir sur quel côté elle retombe. T’ai-je déjà parlé du procès de Tham Femley ?

Agacé, Galad fit « non » de la tête.

— Alors, écoute-moi. C’était un maçon de Caemlyn, très réputé. Au début de mon règne, il a été accusé d’avoir tué son frère. L’homme et l’affaire étaient assez importants pour que je sois chargée de la juger. Au terme des débats, Tham a fini au bout d’une corde.

— Un sort adapté, pour un meurtrier.

— Exact. Sauf que le véritable coupable s’en était tiré. Un de ses ouvriers avait fait le coup. Nous l’avons su deux ans plus tard, quand il a été pris après un autre meurtre. Ce type nous a ri au nez alors qu’il avait le nœud coulant autour du cou.

» Femley était innocent. Le meurtrier, lui, était un des témoins à charge pendant le procès.

Galad ne dit rien.

— C’est la seule fois que j’ai su sans l’ombre d’un doute qu’un innocent était mort à cause de moi. Donc, je te pose la question : dois-je finir pendue pour m’être trompée si lourdement ?

— Tu as fait de ton mieux, mère.

— Le mort n’en est pas moins mort, Galad.

Là, le jeune homme parut troublé.

— Les Fils aiment dire que la Lumière les protège, reprit Morgase, guide leur jugement et les met sur la voie de la justice. Mais ça ne fonctionne pas comme ça. Au nom de la Lumière, Valda perpétrait des atrocités. Et moi, en implorant l’aide de la Lumière, j’ai fait pendre un innocent.

» Je ne dis pas qu’Aybara n’a rien fait. Pour ça, je n’en ai pas assez entendu sur cette affaire. Mais je veux que tu comprennes. Parfois, un brave homme peut mal agir. Souvent, il est normal de le punir. Plus rarement, le châtiment n’est utile à personne. Dans ce cas, le mieux, c’est de laisser le coupable continuer à vivre et à apprendre. Ce que j’ai fait, après m’être si lourdement trompée.

Galad plissa le front. Un signe encourageant, trouva Morgase. En fin de compte, il secoua la tête, l’air moins sombre.

— Nous verrons ce que le procès nous apportera. Je…

Dehors, quelqu’un frappa à un poteau. Galad tourna la tête, agacé.

— Oui ?

— Seigneur général, dit un Fils en écartant le rabat.

Sans attendre d’invitation, il entra. Très mince, les yeux enfoncés dans leurs orbites, il avait un regard sinistre.

— Nous venons d’avoir des nouvelles du camp d’Aybara, cette engeance du démon. Ces gens demandent que le procès soit retardé.

— Pour quel motif ?

— Un malheur dans leur camp, prétendent-ils. Des blessés à soigner… Seigneur général, c’est une ruse, à l’évidence. Un piège grossier. Nous devrions attaquer, ou, au minimum, repousser leur demande.

Hésitant, Galad regarda Morgase.

— Ce n’est pas une ruse, mon fils. Ça, je te le garantis. Si Perrin demande un délai, c’est qu’il en a besoin.

— Bon, je vais y réfléchir. (D’un geste, Galad congédia le messager.) Ainsi qu’à tes propos, Mère. Au fond, ce retard est peut-être bienvenu…

— Les Aes Sedai, les Matriarches et les Asha’man font de leur mieux avec les blessés, dit Gaul, mais ils risquent d’en avoir pour des jours.

En compagnie de son ami aiel, Perrin inspectait le camp.

Le soleil sombrait à l’horizon, mais pour tous ceux qui soignaient les victimes, la nuit risquait d’être longue. Il y avait des milliers de blessés – la plupart légèrement touchés, la Lumière en soit louée.

On comptait hélas des morts. En nombre, quasiment comme avec les morsures de serpent.

Perrin grogna de dépit. Gaul lui-même avait un bras en écharpe. Après qu’il eut neutralisé ses lances, une de ses flèches avait failli le tuer. Par bonheur, il l’avait bloquée avec son avant-bras. Quand Perrin l’avait interrogé, Gaul s’était tordu de rire. Voilà des années qu’il ne s’était plus blessé avec sa propre flèche !

De l’humour aiel…

— Avons-nous une réponse des Capes Blanches ? demanda Perrin à Aravine, qui marchait sur son autre flanc.

— Oui, mais rien de précis. Leur chef « réfléchit à notre demande ».

— Eh bien, ce ne sera pas à lui de décider, fit Perrin.

D’un pas vif, il entra dans la section du camp de Mayene, pour voir où en étaient les hommes de Berelain.

— Je ne me battrai pas alors qu’un quart de mes hommes sont blessés et mes Asha’man morts de fatigue après une ronde folle de guérison. Ce procès aura lieu quand je le dirai. Si Damodred le prend mal, il n’aura qu’à nous attaquer.