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En ville, il serait plus facile de se cacher dans un bâtiment ou une ruelle…

La baguette sur lui, Perrin fonça vers la cité et entraîna le dôme avec lui. Cette affaire finirait par un duel, tout compte fait.

37

Les ténèbres dans la tour…

Dans les jardins du palais, à Caemlyn, Gawyn avait pris place sur un banc. Des heures plus tôt, il avait renvoyé la messagère d’Egwene. Depuis, la lune gibbeuse était apparue dans le ciel. De temps en temps, des domestiques venaient voir si le prince n’avait besoin de rien. Tous semblaient très inquiets pour lui.

Mais tout allait bien. Il avait simplement envie de contempler le ciel. Depuis des semaines, il n’en avait pas eu le temps. La brise se rafraîchissait ; pourtant, son manteau était toujours plié sur le dossier du banc. Sous un ciel dégagé, l’air sentait très bon – bien plus que sous une couverture nuageuse, en tout cas.

Alors que la nuit remplaçait le crépuscule, les premières étoiles se montraient, brillant timidement à présent que la fureur de la journée se calmait peu à peu.

Quel bonheur de revoir les astres nocturnes ! Ravi, Gawyn inspira à fond.

Elayne avait raison. S’il haïssait al’Thor, c’était à cause d’une forme de frustration, voire de jalousie. Car ce fermier jouait un rôle que le fils de Morgase se serait bien vu attribuer. Diriger des nations, commander des armées… Si on comparait leur vie, qui était le prince et qui avait tout l’air d’un fichu berger complètement perdu ?

S’il avait rejeté la demande d’Egwene, était-ce parce qu’il voulait être celui qui commande – le héros dont on applaudit les exploits ? S’il devenait le Champion de la jeune dirigeante, il devrait se tenir dans l’ombre et l’aider à changer le monde. Protéger une personne importante n’était pas une honte. Au contraire, il s’agissait d’un très grand honneur. Quel était l’objectif des actes vraiment héroïques ? Valoir une renommée à leur auteur, ou améliorer la vie du plus grand nombre ?

Mais quand même, rester dans l’ombre ! S’il admirait les hommes comme Sleete pour leur humilité, il ne les avait jamais compris.

Je ne peux pas abandonner Egwene… Il faut que je l’aide. Même si ça implique de vivre dans son ombre.

Parce qu’il l’aimait, bien entendu… Mais aussi parce que ça s’imposait. Quand deux bardes chantaient des chansons différentes en même temps, ça produisait une cacophonie. Dès que l’un acceptait de soutenir la mélodie de l’autre, la beauté revenait, plus formidable encore parce qu’elle naissait de deux volontés unies.

À cet instant précis, Gawyn comprit enfin. Du coup, il se leva.

Il ne pouvait pas retourner auprès d’Egwene en restant un prince. S’il la rejoignait, ça devrait être sous l’identité d’un Champion. Il devait la servir et veiller sur elle. S’assurer que ses désirs seraient des ordres.

Bien, il était temps de partir !

Une fois son manteau enfilé, Gawyn prit le chemin du palais. Sur son passage, les crapauds se turent et le silence régna jusqu’à ce qu’il soit entré dans le complexe. Jusqu’aux appartements de sa sœur, le chemin ne serait pas bien long.

Elayne serait réveillée, car elle avait du mal à s’endormir, ces derniers temps. Le soir, en buvant une bonne infusion, il leur était souvent arrivé de converser des heures.

Hélas, devant la porte de la reine, Birgitte se campa comme un molosse. Et bien entendu, elle foudroya Gawyn du regard.

D’accord, elle détestait devoir être capitaine général à sa place ! Il le comprenait à présent. Mais de là à vouloir l’intimider.

Birgitte leva une main.

— Pas ce soir, petit prince.

— Je pars pour la Tour Blanche, et j’aimerais dire au revoir à ma sœur.

Gawyn voulut avancer, mais Birgitte lui plaqua une main sur le torse et le repoussa gentiment.

— Tu peux partir demain matin.

Gawyn faillit dégainer son épée, mais il s’en abstint de justesse. Lumière ! Par le passé, il ne réagissait pas si violemment à tout ! Il fallait se résigner : il était devenu un imbécile.

— Demande-lui si elle veut me voir. S’il te plaît.

— J’ai des ordres… De toute façon, elle ne pourrait pas te parler, parce qu’elle dort.

— Je suis sûr qu’elle aimerait être réveillée.

— Ce n’est pas ce genre de sommeil… (Birgitte soupira.) Des affaires d’Aes Sedai, tu comprends ? Va te coucher. Demain matin, ta sœur aura sûrement des nouvelles d’Egwene à te donner.

Gawyn plissa le front. Comment… ?

Les rêves, bien sûr ! C’est ce que veulent dire les sœurs quand elles évoquent Egwene les formant à marcher dans les songes.

— Donc, Egwene dort aussi ?

Birgitte se rembrunit.

— Par le sang et les cendres, je t’en ai déjà trop dit ! File dans ta chambre.

Gawyn s’éloigna, mais pas en direction de sa chambre.

Le tueur attendra un moment de faiblesse, pensa-t-il, se souvenant des propos de la sul’dam. Et quand il frappera, il fera un massacre…

Un moment de faiblesse…

Remontant les couloirs, Gawyn courut jusqu’à la pièce de Voyage qu’Elayne avait fait aménager. Par bonheur, une femme de la Famille était encore de service à cette heure tardive. Les yeux rouges de fatigue, mais prête à agir s’il fallait envoyer d’urgence un message.

Gawyn ne reconnut pas la femme aux cheveux noirs. En revanche, elle l’identifia sans peine.

Non sans bâiller, elle ouvrit un portail pour le prince, qui le traversa et déboula sur le site de Voyage de la Tour Blanche. Alors que le portail se refermait derrière lui, il se lança au pas de course en lâchant un juron. Ce fichu passage avait failli le couper en deux ! Pourquoi la femme aux cheveux noirs avait-elle agi si vite, en prenant un tel risque ? À une seconde près, il y aurait au moins laissé un pied.

Ce n’était pas le moment de penser à ça.

Gawyn accéléra encore le rythme.

Egwene, Leane et les Matriarches se matérialisèrent dans une salle du rez-de-chaussée de la tour. Des sœurs mortes d’inquiétude les y attendaient. Ce poste de garde, Egwene l’avait bien précisé, devrait servir de position de repli.

— Au rapport ! ordonna la jeune dirigeante.

— Shevan et Carlinya sont mortes, Mère, dit Saerin, sinistre.

La sœur marron aux manières brusques haletait.

— Que s’est-il passé ? demanda Egwene.

— Nous étions en plein milieu de notre comédie, évoquant un complot fantaisiste pour ramener la paix en Arad Doman, comme tu nous l’avais ordonné. Soudain…

— Des flammes, enchaîna Morvrin, encore secouée. Elles ont traversé les murs. Des femmes canalisaient avec une incroyable puissance. J’ai vu Alviarin, et d’autres sœurs aussi…

— Nynaeve est toujours en haut, précisa Brendas.

— Sacrée tête de pioche ! lâcha Egwene en regardant les trois Matriarches, qui acquiescèrent. Envoyez Brendas hors du Monde des Rêves ! Toi, dès que tu seras réveillée, file tirer du sommeil toutes les femmes qui sont ici. Ça les mettra hors de danger. Ne laisse que Nynaeve, Siuan, Leane et moi.

— Compris, Mère, dit Brendas.

Amys fit quelque chose qui la priva d’une bonne partie de sa substance.

— Les autres, dit Egwene, allez dans un endroit sûr. Loin de la ville.

— Très bien, Mère, fit Saerin.

Mais elle ne bougea pas.

— Quoi ? demanda Egwene.

— Je… Mère, je ne peux pas partir. Quelque chose ne va pas.

— C’est impossible ! cria Bair. C’est…

— Bair, dit Amys, je ne peux pas partir non plus. Il y a un gros problème.

— Le ciel est violet, annonça Yukiri après avoir jeté un coup d’œil par une petite fenêtre. Lumière ! On dirait qu’un dôme recouvre la Tour Blanche et la ville. Quand est-ce arrivé ?