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S’arrêtant devant la porte, il fit jouer la poignée. Le battant n’étant pas verrouillé, il se glissa à l’intérieur du fief de la jeune dirigeante.

Aucune alarme et pas l’ombre d’un maudit piège. Sur les murs, quelques lampes brûlaient. Entendant un bruit, Gawyn leva les yeux. Une servante de la tour lévitait dans les airs. Se débattant, les yeux écarquillés, elle portait bien entendu un bâillon d’Air.

Gawyn jura, traversa la pièce et ouvrit la porte de la chambre d’Egwene. Le lit de la jeune femme, couvert d’une moustiquaire, se trouvait sur la droite. Sur la table de chevet, une lampe brûlait.

Gawyn avança et écarta la moustiquaire. Egwene dormait-elle, ou… ?

Il tendit une main vers sa carotide, mais un petit bruit retentit derrière lui. Levant son épée, il parvint à dévier le coup qui visait son dos.

Deux silhouettes sombres sortirent de l’obscurité.

Gawyn examina brièvement Egwene. On ne voyait pas de sang, mais impossible de dire si elle respirait encore. Les assassins avaient-ils été interrompus par l’irruption du jeune homme ?

Il n’avait pas le temps de s’appesantir là-dessus. Adoptant une position appelée Fleurs de Pommier dans le Vent, il appela au secours. Ses hommes se découpèrent dans l’encadrement de la porte et se pétrifièrent.

— Allez chercher des renforts ! cria Gawyn. Vite !

Mazone fila exécuter cet ordre. Celark, lui, plongea dans la mêlée.

Les Couteaux du Sang dansaient et ondulaient comme des serpents. Exécutant un Chat sur du Sable Chaud, Gawyn n’obtint aucun résultat, sinon zébrer stupidement l’air. À force d’essayer de suivre les évolutions de ses adversaires, il avait mal aux yeux.

Celark les attaqua par-derrière et… fut aussi inefficace que son ancien chef.

Adossé au lit, Gawyn serra les dents et continua à se battre. Il devait tenir ces tueurs loin d’Egwene. Le temps que les renforts arrivent. S’il avait pu…

Les deux ombres se retournèrent en même temps et attaquèrent Celark. En un éclair, une lame ouvrit la gorge du pauvre gars, et un flot de sang en jaillit. Gawyn cria de rage, puis il opta pour un Lézard dans un Buisson d’Épineux et visa le dos des tueurs.

De nouveau, il ne toucha rien. Mais il n’était pas passé loin, aurait-il juré.

Celark s’écroula, la lumière des lampes se reflétant sur son sang. S’il avançait pour le protéger, Gawyn exposerait Egwene…

Alors que son complice décapitait Celark, un des tueurs se tourna vers le prince et exécuta ce qui semblait être une Rivière qui Mine la Berge. Avec si peu de lumière, c’était difficile à dire, mais il semblait bien s’agir de cette figure.

Gawyn esquiva tout en gardant un œil sur le pauvre Celark. Défendre ! C’était tout ce qu’il avait à faire en attendant les secours.

Il se décala sur un côté.

Les Seanchaniens se méfiaient, sans doute parce qu’ils savaient qu’il avait déjà tenu tête à l’un des leurs. Mais là, ils avaient un énorme avantage. Contre deux d’entre eux, Gawyn se donnait peu de chances…

Pourtant, tu vas réussir ! Si tu meurs, Egwene mourra aussi.

N’y avait-il pas des mouvements dans la pièce adjacente ? L’arrivée des renforts ? L’espoir lui redonnant du cœur au ventre, Gawyn se décala un peu plus, pour voir de quoi il retournait.

Mazone gisait sur le sol, et il pissait le sang.

Une troisième ombre entra dans la chambre, ferma la porte et la verrouilla. Voilà pourquoi les deux autres Couteaux du Sang avaient temporisé. Ils attendaient leur complice.

Le trio attaqua avec un bel ensemble.

Perrin laissa la bride sur le cou au loup tapi en lui.

Pour une fois, il ne se demanda pas quelles seraient les conséquences. Il renonça à tout contrôle, et tandis qu’il se battait, le monde autour de lui sembla être de nouveau normal.

Peut-être parce qu’il se pliait à sa volonté.

Jeune Taureau sauta d’un toit de Tar Valon, ses pattes arrière puissantes le propulsant dans les airs. L’étui du ter’angreal attaché dans son dos, il survola une rue et atterrit sur un toit de marbre blanc bordé de statues sur tout son périmètre.

Il effectua un roulé-boulé, reprit sa forme humaine et se releva, marteau entre les mains et ter’angreal accroché à sa taille.

Tueur disparut juste avant que le marteau lui fasse exploser le crâne. Puis il se matérialisa près de Perrin, qui se volatilisa à son tour avant de réapparaître sur la gauche de son adversaire.

Un ballet de mort, avec des apparitions et des disparitions en série ponctuées de coups toujours esquivés au dernier moment.

Sortant de ce cycle, Perrin se décala pour se retrouver à côté d’une des grandes statues – un général à l’air particulièrement pompeux. Il frappa, visant l’œuvre d’art, et des éclats de marbre volèrent jusqu’à Tueur.

Alors qu’il s’attendait à voir Perrin se matérialiser à côté de lui, le meurtrier de Danse avec les Chênes dut faire face à une pluie de pierre et de poussière.

Quand des éclats de marbre lui entaillèrent la peau, Tueur beugla de rage. Puis son manteau devint soudain aussi dur que du fer et dévia les projectiles.

Sur un geste de Tueur, le bâtiment trembla sur ses fondations. Non sans jurer d’abondance, Perrin sauta quelques secondes avant que le toit s’écroule.

En plein vol, il redevint un loup puis atterrit sur un toit voisin. Tueur apparut devant lui, son arc armé. Le jeune homme imagina qu’un vent terrible balayait le toit – mais Tueur ne lâcha pas sa flèche.

Comme s’il était lui-même une statue.

Une statue ?

Perrin bougea juste à temps pour qu’une flèche le frôle au lieu de lui traverser le foie. Le vrai Tueur se tenait très près de lui. Puis il se dématérialisa, laissant derrière lui la magnifique statue qu’il avait fait apparaître pour détourner l’attention de son adversaire.

Perrin inspira à fond puis s’essuya le front. Désormais, Tueur pouvait venir de n’importe quelle direction. À tout hasard, Perrin généra un mur dans son dos, puis il s’y appuya et sonda le toit.

Très haut dans le ciel, le dôme tremblait. Perrin ne s’en aperçut presque pas. La structure bougeant avec lui, il ne s’étonnait plus de rien.

Sauf que… Eh bien, lui, il ne bougeait pas !

Paniqué, il baissa les yeux sur sa ceinture. L’étui n’était plus là, la flèche qui l’avait frôlé ayant coupé net sa cordelette.

Perrin avança jusqu’au bord du toit. Dans la rue, Tueur courait à toutes jambes, l’étui dans une main.

Un loup jaillit d’une ruelle, bondit et renversa l’ennemi de Perrin. Sauteur !

Le jeune homme vola à la rescousse de son vieil ami. Mais Tueur se volatilisa, laissant le vieux loup sans proie, et réapparut au bout de la rue. Là, il fonça comme un fou.

Perrin le suivit et Sauteur vint se joindre à lui.

— Comment m’as-tu trouvé ? demanda le mari de Faile.

Tous les deux, vous êtes des louveteaux idiots. Trop de bruit. Comme des chats qui feulent. Faciles à repérer.

Délibérément, Perrin n’avait pas transmis sa position à Sauteur. Pas après avoir vu mourir Danse entre les Chênes… De toute façon, c’était sa guerre, pas celle des loups. À présent que le ter’angreal était loin du Ghealdan, ses hommes en train de s’échapper, il refusait de risquer la vie d’autres loups.

Sauteur, lui, n’obéirait pas même s’il lui disait de partir. Avec un grognement, Perrin se lança aux trousses de Tueur, son fidèle ami à ses côtés.

Egwene était accroupie contre le mur du couloir. Le souffle court, en sueur, elle regardait des gros éclats de pierre refroidir après une tempête de feu.

Dans le corridor, tout était calme. Sur les murs, quelques lampes brûlaient encore. Par une fenêtre, Egwene apercevait le ciel violet, entre la Tour Blanche et l’amas de nuages noirs.