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Tueur dévalait déjà un couloir.

— Suis-le ! lança Perrin à Sauteur. Je vais lui couper la route.

Le loup fila comme le vent. Perrin courut vers la droite puis s’engagea dans un couloir. Il courait si vite que les murs se brouillèrent devant ses yeux.

Passant devant un corridor qui semblait bondé de monde, il se pétrifia de surprise.

Il s’agissait d’Aes Sedai, et elles se battaient. Le couloir était vivement éclairé, et des flammèches y crépitaient.

Les bruits que Perrin avait entendus plus tôt n’étaient pas des illusions. Donc, déduisit le jeune homme, il y avait…

— Egwene ? lança-t-il soudain.

Le dos contre un mur, la jeune femme sondait un couloir avec une grande concentration. Dès qu’elle entendit Perrin, elle se tourna vers lui, les mains levées. Mais il ne se laissa pas saisir par les flux d’Air, car son esprit les repoussa.

Egwene parut ne pas en croire ses yeux.

Perrin avança vers elle.

— Egwene, tu ne devrais pas être là. Cet endroit est dangereux.

— Perrin ?

— J’ignore comment tu es arrivée ici, mais tu dois partir au plus vite. Je t’en prie !

— Comment as-tu pu échapper à mes flux ? Et que fiches-tu ici ? As-tu vu Rand ? Dis-moi où il est !

Egwene parlait avec une telle autorité, désormais… On aurait presque dit une autre personne. En tout cas, une femme bien plus mûre que la fille qu’il avait connue. Perrin voulut répondre, mais elle lui coupa la chique :

— Je n’ai pas de temps à perdre, dit-elle. Désolée, Perrin. Je reviendrai te voir.

Elle leva une main et quelque chose apparut autour du jeune homme. Des cordes qui l’entravaient… Amusé, il baissa les yeux et ses liens glissèrent dès qu’il eut simplement pensé qu’ils n’étaient pas assez serrés.

Egwene en resta comme deux ronds de flan.

— Comment… ?

Quelqu’un sortit d’une pièce, non loin de là. Le cou très long et les cheveux noirs, c’était une grande femme vêtue d’une fine robe blanche. Elle sourit et leva les mains, une lueur apparaissant devant elle.

Perrin n’eut pas besoin de savoir exactement ce qu’elle faisait. Étant un loup, il contrôlait ce rêve. En conséquence, les tissages ne représentaient rien. Pour que l’attaque échoue, il suffisait qu’il l’imagine faisant un fiasco.

Une lance de lumière blanche jaillit des mains de la femme. Très calme, Perrin leva une main pour se protéger et défendre Egwene. Comme si sa paume l’avait désintégrée, la lumière se dissipa.

Egwene riposta. Au-dessus de la femme, le plafond explosa et des blocs de pierre s’en détachèrent. L’un d’eux percuta la tête de l’inconnue, qui s’écroula aussitôt. Après un choc pareil, elle était sûrement morte.

Dans l’odeur d’Egwene, Perrin capta de l’étonnement. Non, de l’émerveillement, même.

— Tu as neutralisé des Torrents de Feu ! s’écria-t-elle. Personne n’est censé pouvoir le faire.

— Ce n’était qu’un tissage, relativisa Perrin.

Il tendit un bras pour chercher Sauteur. Où était donc Tueur ?

— Perrin, ce n’est pas qu’un tissage, mais…

— Egwene, coupa le jeune homme, il faut que tu m’excuses, mais je te parlerai plus tard. Dans cet endroit, sois très prudente. Tu dois déjà savoir que c’est recommandé, mais bon… Le danger est pire que ce que tu crois…

Perrin se retourna et fila, laissant Egwene stupéfiée. À première vue, elle avait réussi à devenir une Aes Sedai. Tant mieux, parce qu’elle le méritait.

— Sauteur, où es-tu ?

En guise de réponse, Perrin obtint une soudaine et terrifiante explosion de douleur émise par son vieil ami.

Gawyn luttait pour sa vie contre trois ombres vivantes composées d’obscurité et d’acier.

Ces Couteaux du Sang le poussant à ses limites, il saignait déjà d’une demi-douzaine d’entailles sur les bras et les jambes. Grâce à la Rage du Cyclone, il protégeait ses zones vitales, mais ça ne durerait pas.

Des gouttes de son sang souillaient la moustiquaire du lit. Si les Couteaux du Sang avaient déjà tué Egwene, c’étaient d’excellents acteurs, parce qu’ils semblaient toujours chercher à la frapper.

Gawyn faiblissait de minute en minute. Sur le sol, ses bottes laissaient des empreintes sanglantes. Alors qu’il ne sentait presque plus la douleur, ses parades devenaient anémiques. Encore quelques instants, et ce serait la fin.

Même s’il criait à s’en casser les cordes vocales, personne ne se montrait.

Crétin ! Tu devrais passer plus de temps à réfléchir, et foncer moins souvent vers le danger la tête baissée.

En braillant comme ça, il aurait dû ameuter la tour entière.

S’il était encore vivant, il n’y avait qu’une explication : la prudence des Couteaux du Sang, qui entendaient l’épuiser avant de porter le coup de grâce. Quand il serait tombé, les tueurs, comme l’avait dit la sul’dam, feraient un massacre dans la tour. Surprises, les Aes Sedai seraient sans défense. Cette nuit, la Tour Blanche risquait de connaître un désastre pire que lors de l’attaque massive des Seanchaniens.

Les trois tueurs avancèrent ensemble.

Non ! pensa Gawyn alors que l’un d’eux exécutait une Rivière qui Mine la Berge.

Il bondit en avant, se faufila entre deux lames et frappa. Pour une fois, il fit mouche et un cri retentit dans la pièce. Du sang gicla sur le sol et une des silhouettes s’écroula.

Toute prudence oubliée, les deux Couteaux du Sang survivants attaquèrent sans retenue. Épuisé, Gawyn encaissa une nouvelle entaille sur une épaule. Sous ses vêtements, il sentit du sang couler le long de son bras.

Des ombres… Comment un homme pouvait-il espérer affronter et vaincre des ombres ? C’était impossible.

« Là où il y a de la lumière, il y a aussi des ombres… »

À bout de ressources, une idée désespérée traversa l’esprit de Gawyn. En criant, il bondit sur le côté et prit un oreiller sur le lit. Alors que les lames sifflaient autour de lui, il lança l’oreiller sur la lampe, l’éteignant aussitôt.

Une fois la chambre plongée dans l’obscurité, il n’y eut plus ni lumière ni ombre.

Égalité parfaite.

L’obscurité mettait tout sur le même plan. Et dans la nuit, impossible de distinguer les couleurs. En d’autres termes, Gawyn ne pouvait plus voir le sang, sur ses bras, ni les silhouettes de ses ennemis et pas davantage la moustiquaire blanche du lit d’Egwene.

Mais il entendait ses adversaires bouger.

Recourant à un Oiseau Chanteur qui Embrasse du Miel de Rose, Gawyn leva son arme pour porter le coup de la dernière chance – en anticipant les déplacements des Couteaux du Sang. Comme son esprit n’était plus distrait par les silhouettes des tueurs, il fit mouche et sa lame s’enfonça dans de la chair.

Le jeune homme dégagea son arme et se remit en garde. Dans la chambre, plus un bruit, à part celui de la chute du tueur blessé ou mort.

Gawyn retint son souffle, le sang battant à ses tempes. Où était le dernier Couteau du Sang ?

Aucune lumière ne filtrait de sous la porte. Celark était tombé là, bloquant toute source de clarté.

Gawyn commençait à trembler. Trop de sang perdu, sûrement… S’il trouvait quelque chose à jeter, pour créer une diversion… Non, il ne valait mieux pas. S’il bougeait, le bruissement de ses vêtements trahirait sa position.

Serrant les dents, il tapa du pied puis leva son arme pour protéger sa gorge – en implorant la Lumière que l’attaque soit plus basse.

Il fut exaucé, la lame adverse entaillant son flanc. La douleur lui arracha un gémissement, mais il riposta immédiatement avec tout ce qui lui restait de force.

Sa lame siffla dans l’air… et trouva une cible.

La tête du dernier tueur vola dans les airs et rebondit contre un mur. Peu après, Gawyn entendit le bruit sourd de la chute d’un corps.