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Le jeune homme s’appuya au lit, le flanc poisseux de sang. Était-il en train de perdre connaissance ? Dans une pièce obscure, difficile de dire si sa vision se brouillait…

Il tendit un bras pour prendre la main d’Egwene, là où il supposait qu’elle était, mais il se révéla trop faible pour la trouver.

Alors, il s’écroula comme une masse. Sans savoir si la femme qu’il aimait était vivante ou morte. Une dernière pensée terrifiante.

— Grande Maîtresse, dit Katerine en s’agenouillant devant Mesaana, impossible de trouver l’objet que tu nous as décrit. Une moitié de nos femmes le cherchent pendant que les autres combattent la vermine qui nous résiste. Mais il n’est nulle part.

Mesaana croisa les bras et se plongea dans une profonde réflexion. Puis, d’une simple pensée, elle abattit sur le dos de Katerine plusieurs lanières d’Air. Aucun échec ne devait rester impuni. La rigueur se révélait la clé de toutes les formes de dressage.

Au-dessus de l’Élue, la Tour Blanche était sens dessus dessous. Mais ici, Mesaana n’avait rien à craindre. Dans cette zone, elle avait imposé sa volonté, créant une nouvelle pièce sous les entrailles de la tour – une sorte de poche forée dans la pierre. Les gamines qui se battaient là-haut croyaient tout connaître du Monde des Rêves, mais ce n’étaient que des idiotes. Un siècle avant son emprisonnement, Mesaana venait déjà régulièrement en Tel’aran’rhiod.

La tour trembla de nouveau. Avec soin, l’Élue fit le point sur sa situation. D’une façon ou d’une autre, les Aes Sedai avaient trouvé une pointe des rêves. Comment avaient-elles pu localiser un tel trésor ? Aux yeux de Mesaana, contrôler ce ter’angreal était presque aussi intéressant que de tirer les ficelles de la Chaire d’Amyrlin juvénile – Egwene al’Vere. La possibilité d’interdire toute ouverture de portail dans son fief… Eh bien, c’était un outil capital, surtout quand on envisageait de se retourner contre les autres Élus. Ce ter’angreal, bien plus efficace que les tissages de garde, protégeait aussi des intrusions les rêves d’une personne. Et sauf autorisation spécifique, il interdisait toute tentative de Voyage dans une zone déterminée.

Cependant, même avec la pointe des rêves, elle ne pourrait pas déplacer la bataille contre les gamines vers un meilleur endroit soigneusement sélectionné. Agaçant, ça. Mais pas question de s’abandonner à des émotions face à de pareilles circonstances.

— Remonte dans la tour, et concentrez tous vos efforts sur la capture d’Egwene al’Vere. Elle saura où est l’artefact.

Oui, c’était d’une évidence limpide. Avec cette stratégie, Mesaana ferait d’une pierre deux coups.

— Oui, Grande Maîtresse…

Toujours recroquevillée sur elle-même, Katerine gémissait sous la morsure des lanières d’Air.

Comme si elle les avait oubliés, Mesaana dissipa distraitement les tissages. Simultanément, une idée lui traversa l’esprit.

— Attends un peu, dit-elle à Katerine. Je vais placer un tissage sur toi…

Perrin se matérialisa au sommet de la Tour Blanche.

Tueur tenait Sauteur par la peau du cou. Une flèche dans le flanc, le loup saignait abondamment. Le vent emportait une partie de son fluide vital, le répandant sur le sol.

— Sauteur !

Perrin avança d’un pas. Il captait encore l’esprit de son ami, mais très faiblement.

Tueur tenait sans peine sa proie à bout de bras. De l’autre main, il leva un couteau.

— Non, dit Perrin. Tu as ce que tu veux. Va-t’en !

— Et ce que tu disais un peu plus tôt ? demanda Tueur. Tu sauras où j’irai, et tu me traqueras… De ce côté de la réalité, la pointe des rêves est trop facile à localiser.

Presque distraitement, Tueur jeta le loup dans le vide.

— Non ! cria Perrin.

Il sauta sur le côté, mais Tueur se matérialisa à côté de lui, lui prit le bras et leva son arme.

L’élan de Perrin les projeta tous les deux dans le vide. L’estomac retourné, le jeune homme sentit qu’il tombait à une vitesse folle.

Il essaya de se décaler, mais Tueur le tenait fermement, et il ne ménageait pas ses efforts pour le garder là où il était.

Les corps des deux hommes fluctuèrent pendant un moment, mais ils continuèrent à tomber.

Tueur était incroyablement fort. En outre, il empestait le rance et le sang de loup. Alors que sa lame cherchait la gorge de Perrin, celui-ci put seulement lever un bras pour la protéger – en imaginant que sa chemise était aussi dure que de l’acier.

Tueur appuya plus fort. Perrin eut un instant de faiblesse, sa blessure au torse pulsant follement alors que son adversaire et lui continuaient à tomber.

Le couteau coupa la manche du jeune homme et s’enfonça dans sa chair.

Perrin hurla de douleur.

Le vent rugissait si fort…

La chute, en fait, durait depuis quelques secondes.

Tueur dégagea sa lame de la plaie.

Sauteur !

En rugissant, Perrin flanqua des coups de pied à Tueur, le repoussant et brisant son étreinte. Son bras le torturant, il se retourna dans l’air.

Le sol approchait à une vitesse folle. Sa volonté mobilisée pour être ailleurs, Perrin se retrouva plus bas que le loup, le rattrapa au vol puis atterrit rudement. Ses genoux faillirent se dérober, et le sol se fissura autour de lui.

Mais Sauteur était miraculeusement indemne.

Une flèche à l’empennage noir tomba du ciel, se ficha dans le dos du loup, lui traversa le corps et finit sa course dans la cuisse de Perrin, qui s’était agenouillé à côté de son ami.

Le jeune homme cria, sa propre douleur se mêlant à celle – terrible – de Sauteur. Déjà, l’esprit du loup… disparaissait.

— Non ! cria Perrin, des larmes aux yeux.

Jeune Taureau…

Perrin essaya de se décaler, mais ses idées étaient embrouillées. Bientôt, une autre flèche tomberait. Il le savait.

Quand elle arriva, il réussit à l’éviter mais sa jambe blessée menaçait de céder sous lui, et Sauteur était si lourd.

Il se laissa tomber à genoux et lâcha le loup.

Tueur atterrit non loin de là, son arc noir au poing.

— Adieu, Perrin Aybara, dit-il en encochant une flèche. On dirait bien que j’aurai tué cinq loups, aujourd’hui.

Perrin leva les yeux vers la pointe de la flèche. Autour, tout était flou.

Je ne peux pas abandonner Faile ! Ni Sauteur ! Et je ne le ferai pas !

Alors que Tueur lâchait son projectile, Perrin imagina qu’il était fort et solide. Pas faiblard du tout. Soudain, il sentit son cœur redevenir sain et puissant, et ses artères se gorgèrent d’énergie. Il cria, sa lucidité suffisamment revenue pour qu’il se volatilise et se rematérialise derrière Tueur.

Alors, il abattit son marteau.

Tueur se retourna et bloqua le coup avec son bras – presque distraitement –, qui se révéla extraordinairement puissant. Sa jambe lui faisant toujours un mal de chien, Perrin se laissa tomber sur un genou.

— Tu ne te guériras pas tout seul, dit Tueur. C’est faisable, mais t’imaginer indemne ne suffira pas. Cela dit, tu sembles avoir trouvé comment renouveler ton sang, ce qui est très utile.

Perrin capta une odeur. Celle de la terreur. Était-ce la sienne ?

Non. Ça ne venait pas d’ici. Dans le dos de Tueur, une porte donnait sur la Tour Blanche. À l’intérieur, les ténèbres régnaient. Pas une simple obscurité, mais bel et bien les ténèbres. Après tant d’entraînements avec Sauteur, Perrin n’eut aucun mal à identifier le phénomène.

Un cauchemar.

Alors que Tueur ouvrait la bouche pour ajouter quelque chose, Perrin se jeta sur lui comme un taureau et le percuta. Sa jambe protesta, mais il l’ignora.