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— On renforce les fantassins, au nord ! cria Galad.

Malgré les protestations de sa cheville, il courait dans cette direction. Des hommes dont les capes n’étaient plus blanches mais rouges lui emboîtèrent le pas.

La plupart des généraux, Galad le savait, ne combattaient pas sur le front. Pour ça, ils étaient trop précieux, et on avait besoin de leurs lumières pour diriger de loin les opérations. Galad aurait peut-être dû choisir cette méthode. D’autant plus qu’il ne tenait plus debout.

Ses hommes étaient de bons et solides soldats. Mais en matière de monstres, ils restaient des débutants. Alors qu’ils chargeaient dans la boue à la lueur de globes lumineux, Galad, pour la première fois, mesura l’étendue de leur inexpérience. S’il subsistait quelques vétérans dans le lot, la majorité de ces soldats ne s’était jamais frottée à pire que des bandits ou des miliciens de cité…

Les Trollocs étaient une autre paire de manches. Grognant, rugissant ou braillant, ils se battaient frénétiquement. Sans grande discipline, certes, mais avec une férocité et une avidité qui compensaient largement cette lacune.

Dans leurs rangs, les Myrddraals étaient assez sauvages pour briser une formation à eux seuls. Face à ce déferlement, les Fils se débandaient.

— Il faut tenir ! cria Galad quand il atteignit la ligne de défenseurs menacés. (Avec Bornhald et une cinquantaine d’hommes, il ne pourrait pas faire de miracles.) Nous sommes des Fils de la Lumière ! Aucune capitulation devant les Ténèbres !

La manœuvre n’eut pas de résultat. Devant le désastre en cours, le monde de Galad s’écroula. Les Fils de la Lumière n’étaient pas protégés par leur droiture. Au contraire, ils tombaient par dizaines, comme des épis de blé sous les assauts d’une faux. Pire encore, certains ne se battaient pas avec la détermination et le courage requis. Au contraire, ils s’enfuyaient en criant.

De la part des Amadiciens, ça n’avait rien d’étonnant. Hélas, beaucoup de Fils ne valaient guère mieux.

Ce n’étaient pas des lâches ni de mauvais guerriers, mais des hommes, tout simplement. Donc, ni meilleurs ni pires que les autres. Mais il aurait dû en être autrement…

Le tonnerre des bruits de sabots retentit quand Gallenne et ses cavaliers chargèrent de nouveau. Fondant sur les Trollocs, ils les renversèrent, certains roulant jusqu’au pied du versant.

Perrin abattit son marteau sur le crâne d’un Trolloc. Sous l’impact, le monstre fit une embardée sur le côté. Bizarrement, sa peau se craquela et fuma à l’endroit où Mah’alleinir l’avait touchée. C’était pareil chaque fois, comme si le contact de l’arme brûlait les monstres. Pourtant, le manche qu’il serrait entre ses mains communiquait à Perrin une agréable sensation de chaleur, et rien de plus.

La charge de Gallenne faisait éclater les rangs de Trollocs, les séparant en deux meutes. Mais avec le nombre des carcasses qui s’accumulaient, les lanciers avaient de plus en plus de mal à attaquer.

Ils se retirèrent. Prenant le relais, une compagnie d’archers de Deux-Rivières cribla les monstres de flèches.

Sous cette pluie mortelle, les Créatures des Ténèbres tombèrent par centaines.

Perrin ramena Marcheur en arrière et des fantassins se mirent en formation autour de lui. Dans la mêlée, très peu de ses hommes avaient péri. Mais un seul, c’était déjà un de trop.

Arganda déboula près du jeune homme. Bien qu’il ait perdu les plumes de son casque, il arborait un grand sourire.

— Aybara, j’ai rarement livré une bataille si agréable. Des ennemis qu’on voit tomber sans une once de compassion, un théâtre des opérations parfait pour la cavalerie… Je mentionne à peine les merveilleux archers et les Asha’man capables de combler les brèches. De mes mains, j’ai tué au moins vingt abominations. Rien que pour ce jour, je suis ravi que nous nous soyons ralliés à toi.

Perrin acquiesça sans mentionner que le combat était « agréable » parce que les Trollocs, dans leur immense majorité, se concentraient sur les Capes Blanches. Ces créatures, en général, ne se distinguaient pas par leur bravoure. Gravir une pente sous une pluie de boules de feu et de flèches ? Tout ça pour se retrouver face à deux forces de cavalerie ? Par principe, elles choisissaient les adversaires les plus vulnérables. En termes tactiques, ce n’était d’ailleurs pas absurde. Face à deux fronts, la logique dictait de se focaliser sur le moins dangereux.

Au pied de la colline, les Trollocs tentaient de coincer les Capes Blanches pour neutraliser leur cavalerie puis la faire exploser en petits groupes plus faciles à massacrer.

La personne qui tirait les ficelles était férue de stratégie. Une idée si complexe ne pouvait pas être née dans la tête des monstres.

— Seigneur Perrin ! cria Jori Congar, sa voix dominant le vacarme des combats. (Il se fraya un chemin jusqu’à Marcheur.) Tu m’as demandé d’observer et de te dire comment les Fils s’en sortent. Tu voudrais peut-être voir par toi-même…

Perrin hocha la tête, leva un poing puis l’abattit comme s’il s’agissait d’un couperet. Derrière lui, Grady et Neald se tenaient sur une formation rocheuse qui dominait la route. Leur ordre principal ? Tuer tous les Myrddraals qu’ils repéraient. Autant que possible, Perrin tenait à éviter que ces abominations prennent pied sur le haut plateau. Pour abattre un seul Blafard à coups d’épée ou de hache, il fallait souvent sacrifier des dizaines de vies. Avec du Feu et à distance, c’était beaucoup moins coûteux. Avantage non négligeable, pour chaque Myrddraal mort disparaissaient aussi les Trollocs qui lui étaient liés.

Les Asha’man, les Aes Sedai et les Matriarches virent le signal du jeune homme. Comme il était convenu, ils déchaînèrent alors un enfer d’éclairs et de lances de feu sur les monstres, qui durent reculer sur le versant. Saisissant l’occasion au vol, les fantassins se replièrent un peu pour un court moment de récupération.

Son marteau tenu le long de sa jambe, Perrin fit avancer Marcheur jusqu’au bord du haut plateau et sonda la pente qui donnait sur le sud. En bas, les hommes de Damodred s’en sortaient… encore plus mal qu’il l’avait prévu. Comme un bélier géant, les Trollocs avaient quasiment séparé en deux la formation des Fils. Surgissant de partout, ils forçaient le pauvre Galad à se battre sur trois fronts, le dos coincé contre la colline. Dans cette pagaille, les cavaliers étaient depuis longtemps coupés des fantassins.

Gallenne se porta à la hauteur de son chef :

— Les Trollocs continuent d’arriver. J’estime qu’il y en a environ cinquante mille. Les Asha’man n’ont repéré qu’une seule personne en train de canaliser, et elle n’a toujours pas renoncé.

— Le chef caché des monstres ne veut pas encore engager toutes ses forces non conventionnelles, supposa Perrin. Pas tant que nous tenons la position élevée. Il laisse les Trollocs faire autant de dégâts que possible et attend de voir s’ils réussissent à nous submerger. Si ça arrive, il mobilisera d’autres personnes capables de canaliser.

Gallenne approuva du chef.

— Les Fils de Damodred sont dans de sales draps…

— Oui, approuva Gallenne. Tu nous as postés à l’endroit idéal pour les aider, mais ce soutien ne leur suffit pas.

— Nous allons descendre…, annonça Perrin. (Il tendit un bras.) Les Trollocs encerclent les Capes Blanches et les acculent à la colline. Si nous attaquons en masse, nous surprendrons les créatures et nous désenclaverons les Fils. Après, ils pourront grimper jusqu’ici.

Gallenne plissa le front.

— Excuse-moi de demander, seigneur Perrin, mais que penses-tu devoir à ces hommes ? Si nous étions venus pour les attaquer, j’aurais jugé ça attristant, bien que parfaitement logique. Mais pourquoi les aider ?

— Parce que c’est la bonne chose à faire…

— C’est discutable, insista Gallenne. Combattre les Trollocs et les Blafards est profitable, puisque tous ceux qui tombent ne participeront pas à l’Ultime Bataille. En outre, nos hommes s’entraînent et apprennent à maîtriser leur peur. Mais cette pente raide est très accidentée. Si tu veux rejoindre Damodred, ça risque de réduire à néant notre avantage.