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— Tai’shar Malkier ! cria un homme sur le passage de la « caravane ».

Le cri se répéta des dizaines de fois quand les hommes virent le hadori de Lan.

Par bonheur, personne ne parut le reconnaître. Sans doute pensaient-ils qu’il venait attendre le roi, comme eux.

L’Ultime Bataille approche, ai-je le droit de leur interdire de combattre à mes côtés ?

Non, il en avait le devoir ! Donc, il allait passer sans que nul le remarque. Le regard rivé devant lui, la main sur le pommeau de son épée, il pinça les lèvres. Mais chaque « Tai’shar Malkier ! » l’incitait à se redresser fièrement. Ces appels lui donnaient de la force, l’encourageant à continuer.

Les portes qui séparaient les deux citadelles étaient ouvertes, mais des soldats contrôlaient les voyageurs qui les franchissaient. Lan tira sur les rênes de Mandarb. Derrière lui, ses compagnons s’arrêtèrent. Les soldats avaient-ils ordre de l’appréhender ? C’était possible, mais à part avancer, que pouvait-il faire ? Contourner la passe prendrait des semaines.

La caravane attendit son tour, puis avança vers le poste de garde.

— Objet du voyage ? demanda un officier aux cheveux tressés.

— Gagner Fal Moran, répondit Lan. À cause de l’Ultime Bataille.

— Vous n’allez pas attendre votre roi avec les autres ?

— Je n’ai pas de roi, lâcha Lan.

Le militaire hocha la tête tout en se massant le menton. Puis il fit signe à ses hommes d’inspecter la cargaison des chariots.

— Il faudra payer des taxes…

— J’ai l’intention de donner tout ça à l’armée du Shienar, pour la soutenir lors de l’Ultime Bataille. J’ai dit « donner », pas vendre.

Le militaire arqua un sourcil.

— Je le jure sur mon honneur.

Lan chercha le regard du soldat.

— Pas de taxes, dans ce cas. Tai’shar Malkier ! mon ami.

— Tai’shar Arafel ! répliqua Lan avant de talonner sa monture.

Il détestait avancer entre les deux citadelles, avec le sentiment qu’un millier d’archers le prendraient pour cible. Si les forces de l’Arafel devaient se replier jusque-là, les Trollocs ne passeraient pas facilement, c’était sûr. Au fil des siècles, ils avaient essayé, mais les défenseurs avaient toujours tenu, comme à l’époque de Yakobin le Vaillant.

Du coup, Lan retint son souffle presque jusqu’à ce qu’il soit arrivé de l’autre côté. Là, il soupira de soulagement puis lança Mandarb en direction du nord.

— Al’Lan Mandragoran ! lança une voix qui semblait assez distante.

Lan se pétrifia. Ces mots venaient d’en haut ! Se retournant, il leva la tête et scruta la citadelle de gauche. À une fenêtre, une tête se tendait dans le vide.

— La Lumière soit louée, c’est toi !

La tête disparut à l’intérieur.

Lan fut tenté de galoper comme un fou. Mais s’il le faisait, le fâcheux rameuterait sûrement du monde.

Il n’eut pas longtemps à attendre, car une silhouette sortit de la forteresse au pas de course.

Lan reconnut sans peine l’adolescent qui fonçait vers lui. En veste rouge et riche manteau bleu, c’était Kaisel Noramaga, le petit-fils de la reine du Kandor.

— Seigneur Mandragoran, dit-il en approchant, tu es venu ! Quand j’ai appris que la Grue Dorée reprenait son envol…

— Elle ne reprend rien du tout, prince Kaisel. Mon plan était de chevaucher seul.

— Bien entendu. J’aimerais chevaucher seul avec toi. C’est possible ?

— Ce ne serait pas très avisé, Majesté ! Ta grand-mère est dans le Sud et je suppose que ton père règne sur le Kandor. Que fais-tu ici ?

— Le prince Kendral m’a invité. Et mon père m’a laissé partir. Tous les deux, nous voulons t’accompagner.

— Kendral aussi ? (Le petit-fils du roi de l’Arafel ?) Votre place est auprès de vos compatriotes !

— Nos ancêtres ont prêté serment. Celui de protéger et de défendre. Seigneur Mandragoran, cette promesse est plus forte que le sang. Plus puissante que la volonté ou le choix. Ta femme nous a dit de t’attendre ici. Elle nous a prévenus que tu tenterais de passer sans nous saluer.

— Comment m’as-tu identifié ? demanda Lan, sa colère contenue de justesse.

— Le cheval, répondit Kaisel. Tu te déguiserais peut-être, a-t-elle dit, mais pas question d’abandonner ta monture.

Que la Lumière brûle cette femme !

Dans la forteresse, un cri se répercutait. Lan s’était fait rouler dans la farine.

Maudite soit Nynaeve ! Et bénie soit-elle, par la même occasion…

Via le lien, il tenta de lui expédier un mélange d’agacement et d’amour.

Ensuite, avec un grand soupir, il capitula :

— La Grue Dorée vole vers l’Ultime Bataille. Toutes les femmes et tous les hommes qui le désirent seront les bienvenus pour y participer.

Les yeux fermés, Lan écouta le cri gagner en intensité. Il y eut des vivats, puis un rugissement collectif d’allégresse.

43

Un peu d’infusion…

— Et ces Asha’man prétendent être libérés de la souillure ? demanda Galad.

Avec Perrin, il traversait le champ de bataille jonché de cadavres.

— Exact, oui. Et je suis enclin à les croire. Pourquoi mentiraient-ils ?

Galad arqua un sourcil.

— Parce qu’ils sont fous ?

Perrin approuva du chef.

Aybara était un homme intéressant. Beaucoup d’autres répondaient agressivement quand on leur livrait le fond de sa pensée. Avec « Yeux-Jaunes », il n’avait pas besoin de se censurer. Face à un interlocuteur honnête, il était d’une totale ouverture d’esprit. S’il s’agissait d’un Suppôt ou d’une Créature des Ténèbres, il ne devait pas y en avoir beaucoup comme lui.

À l’est, l’horizon s’illuminait. La nuit était-elle déjà finie ?

Parmi les cadavres, il y avait surtout des Trollocs, ce qui expliquait l’odeur de poils ou de crins brûlés – écœurante quand elle se mêlait à celles du sang et de la boue.

Galad se sentait épuisé. Logique, puisqu’il avait autorisé une Aes Sedai à le guérir.

« Une fois tes réserves engagées, il n’y a aucune raison de garder en arrière tes éclaireurs », aimait à dire Gareth Bryne. S’il était prêt à laisser les Aes Sedai sauver ses hommes, pourquoi ne pas accepter leurs services pour lui-même ? Naguère, cette démarche l’aurait profondément perturbé…

— C’est possible, oui, dit Perrin. Il se peut que les Asha’man soient fous et que la souillure existe toujours. Mais ces hommes ont été loyaux, donc ils me semblent dignes de confiance, du moins jusqu’à preuve du contraire. Tes gars et toi, vous devez peut-être bien vos vies à Grady et à Neald.

— Et je les en remercie, dit Galad en enjambant la carcasse d’un Trolloc au museau d’ours. Mais très peu de mes Fils en diraient autant. Aybara, ils ont des doutes sur ton intervention…

— Ils croient toujours que c’est un coup monté ?

— Peut-être… Si tu n’es pas le Suppôt le plus intelligent que le monde ait jamais porté, tu dis la vérité. Mais quand même, voler au secours des Fils après la façon dont ils t’ont traité ? Si c’est vrai, tu es un homme d’honneur. En nous laissant mourir, tu te serais facilité la vie.