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— Je garde un œil sur lui, assura Faile, vaguement amusée.

— Berelain passe beaucoup de temps avec les Fils, annonça Perrin. On dirait qu’elle en pince pour Damodred. En tout cas, elle me fiche une paix royale.

— Vraiment ?

— Oui. Il y a eu aussi la proclamation niant toute relation entre elle et moi. Et bizarrement, les gens semblent y croire. Je craignais qu’ils la prennent pour un acte désespéré.

Faile eut un sourire satisfait.

Perrin lui posa une main sur l’épaule.

— Je ne sais pas ce que tu as fait, mais bravo !

— Tu connais la différence entre un épervier et un faucon ?

— La taille, surtout. Et la forme des ailes. En plein vol, un faucon ressemble plus à une flèche.

— Le faucon, dit Faile, est un meilleur prédateur. Il tue avec son bec et peut voler très vite. Plus lent, l’épervier est aussi très fort. Lui, il préfère les proies qui se déplacent sur le sol. Et il tue avec ses serres, après une attaque en piqué.

— Je vois, fit Perrin. Donc, si les deux voient un lapin, c’est l’épervier qui l’aura en premier ?

— Exactement. (Faile sourit.) L’épervier est meilleur pour attraper un lapin. Mais le faucon, lui, peut prendre l’épervier pour cible…

» Tu as envoyé ton message à Elayne ?

Les femmes… Décidément, Perrin ne les comprendrait jamais. Pour une fois, ça lui parut une excellente chose.

— C’est fait, oui. Avec un peu de chance, nous la verrons bientôt.

— Dans le camp, on parie beaucoup sur la personne qui t’accompagnera.

— Pourquoi ? Ce sera toi, bien entendu. Qui saurait mieux comment se comporter avec Elayne ? Cela dit, avoir Alliandre avec nous pourrait aider.

— Et Berelain ?

— Elle restera au camp, pour tout superviser. Elle viendra la fois suivante.

Le sourire de Faile s’élargit.

— Nous devrions… (Elle s’interrompit, le front plissé.) Eh bien, on dirait que la dernière feuille est tombée…

— Pardon ? demanda Perrin.

Tournant la tête, il vit que Faile regardait l’étrange trio qui approchait. La vieille Lini et, derrière elle, Morgase et Tallanvor, qui se regardaient comme un couple venant de fêter son premier Bel Tine en commun.

— Je croyais qu’elle ne l’aimait pas, dit Perrin. Et que de toute façon, elle ne l’épouserait jamais.

— Les esprits changent bien plus vite que les cœurs, mon mari, dit Faile.

Dans son odeur, Perrin sentit encore un peu de colère, mais très contenue. Si elle n’avait pas encore pardonné à Morgase, elle ne lui en voulait plus autant.

— Perrin Aybara, dit l’ancienne reine, dans ce camp, à l’exception de mon beau-fils, tu es ce que nous avons de plus proche d’un seigneur. Comme il serait inconvenant qu’un fils préside au mariage de sa mère, j’imagine que tu feras l’affaire. Cet homme m’a demandé ma main. Tu veux bien te charger de la cérémonie ?

— Tu as une façon cavalière de requérir mon aide, Morgase…

La reine foudroya Perrin du regard. Faile fit de même, la colère dominant soudain dans son odeur.

Perrin soupira de lassitude. Même quand elles étaient à couteaux tirés, les femmes se rabibochaient toujours pour fondre sur un pauvre type qui disait la mauvaise chose – et qu’importe si c’était la vérité.

Cela dit, Morgase descendit très vite de ses grands chevaux.

— Désolée. Je ne voulais pas porter atteinte à ton autorité.

— Aucun problème… Tu as de bonnes raisons de la mettre en doute…

— Non, dit Morgase en se redressant de toute sa hauteur.

Par la Lumière, elle pouvait toujours passer pour une reine, quand ça l’arrangeait. Comment Perrin avait-il pu ne rien voir ?

— Tu es un seigneur, Perrin Aybara, tes actes le prouvent. Le territoire de Deux-Rivières a de la chance de t’avoir – et Andor aussi, en supposant que tu lui resteras loyal.

— J’en ai la ferme intention…

— Alors, si tu veux bien faire ça pour moi (Morgase regarda tendrement Tallanvor), j’interviendrai en ta faveur auprès d’Elayne. Des arrangements sont possibles et un vrai titre pourrait t’être décerné.

— Nous acceptons ta proposition de parler pour notre bien, dit Faile avant que Perrin ait eu le temps de répondre. Mais nous déciderons avec la reine quel titre doit nous être décerné… ou non.

Perrin dévisagea sa femme. Songeait-elle toujours à faire de Deux-Rivières un royaume indépendant ? Ils n’en avaient jamais parlé ouvertement, mais elle l’avait encouragé à utiliser l’étendard de Manetheren. Eh bien, ils allaient devoir réfléchir à tout ça…

Du coin de l’œil, Perrin vit que Galad Damodred approchait en compagnie de Berelain – qui ne le quittait plus guère, ces derniers temps.

Morgase avait envoyé un message à son fils adoptif, qui sortit quelque chose de sa poche. Une lettre, semblait-il, avec un sceau rouge. Où l’avait-il eue ? Il semblait troublé, même si son expression s’éclaira dès qu’il vit sa mère. Au courant pour le mariage, il ne semblait pas outre mesure surpris.

Il salua Perrin, enlaça sa mère puis gratifia Tallanvor d’un regard un rien austère mais cordial.

— Morgase, quel genre de cérémonie veux-tu ? demanda Perrin. Je connais seulement celle de Deux-Rivières.

— De simples vœux prêtés devant toi devraient suffire. Je suis assez vieille pour m’être lassée de la pompe.

— Eh bien, ça me va…, fit Perrin.

Galad s’écarta. Ensuite, les deux promis se prirent les mains.

— Martyn Tallanvor, dit Morgase, de toi, j’ai reçu bien plus que ce que je méritais. Et longtemps avant de m’en être même aperçue. Devant le manteau d’hermine d’une reine, clamais-tu, l’amour d’un soldat n’est rien. Moi, je dis que la valeur d’un homme ne se mesure pas à son titre, mais à son âme.

» J’ai pu apprécier ton courage, ta loyauté, ta ferveur et ton amour. En toi, j’ai senti battre le cœur d’un prince. Celui d’un homme capable de me rester fidèle tandis que cent autres me trahissaient. Je jure que je t’aime, et devant la Lumière, je promets de ne jamais t’abandonner. Prête à te chérir pour toujours, je te prends pour époux.

Berelain sortit un mouchoir et se tamponna le coin des yeux. Aux mariages, entre autres, les femmes adoraient pleurer. Encore que… Perrin aussi avait les yeux embués. L’irritation due au soleil, sans doute.

— Morgase Trakand, dit Tallanvor, je suis tombé amoureux de toi en voyant comment tu traitais les gens, quand tu portais la couronne. En toi, j’ai trouvé une femme dotée du sens du devoir, certes, mais aussi animée par une passion vibrante. Même quand tu n’aurais pas su me distinguer d’un autre garde, tu faisais montre à mon égard de gentillesse et de respect. Et il en allait de même avec tous tes sujets.

» Je t’aime pour ta bonté, ton intelligence, ta force mentale et ta volonté. Un Rejeté n’a pas pu te briser, car tu as su fuir alors qu’il croyait te contrôler. Pareillement, le plus terrible des tyrans n’a pas eu raison de toi pendant qu’il te tenait à sa merci. Les Shaido aussi ont échoué… Après ces épreuves, une autre que toi serait pleine de haine. Mais tu n’as cessé de devenir une femme de plus en plus admirable, aimable et respectable. Je jure que je t’aime. Et devant la Lumière, je promets de ne jamais au grand jamais t’abandonner. Prêt à te chérir pour toujours, je te prends pour épouse. Je le jure, Morgase, alors que j’ai encore du mal à croire à ce qui m’arrive.

Comme si Perrin n’était pas là, les deux époux restèrent comme pétrifiés, les yeux dans les yeux.

Le jeune seigneur se racla la gorge :

— Eh bien, vous voilà mari et femme.

Devait-il donner quelques conseils aux nouveaux époux ? Mais comment conseiller Morgase Trakand, une reine dont les enfants avaient son âge ?

— Vous pouvez vous retirer…, fit-il.