Выбрать главу

Près de lui, Faile sentait l’amusement, certes, mais aussi l’insatisfaction. Lini grogna pour saluer la prestation de Perrin, puis elle poussa Morgase et Tallanvor loin de lui. Galad le salua et Berelain se fendit d’une révérence.

Les deux jeunes gens s’éloignèrent, la Première Dame lâchant une remarque sur la soudaineté de cette union.

— Tu vas devoir t’améliorer, mon époux, railla Faile.

— Ils voulaient quelque chose de simple, non ?

— Tout le monde dit ça. Mais même en faisant court, on peut avoir une aura d’autorité. Nous en reparlerons. La prochaine fois, tu t’en sortiras mieux.

La prochaine fois ? Alors que Faile s’éloignait, Perrin secoua la tête.

— Où vas-tu ? lui demanda-t-il.

— Voir Bavin. Afin de réquisitionner quelques barils de bière.

— Pour quoi faire ?

— Fêter ça ! répondit Faile par-dessus son épaule. La cérémonie, on peut la boucler en vitesse. La fête, pas question. (Elle lorgna le ciel.) Surtout à des moments pareils…

Perrin regarda sa femme s’enfoncer dans le camp tentaculaire. Des soldats, des fermiers, des artisans, des Promises, des Capes Blanches, des réfugiés… Malgré les pertes et les départs, près de soixante-dix mille personnes. Comment s’était-il retrouvé à la tête d’une telle force ? Avant de quitter Deux-Rivières, il n’avait jamais vu plus de mille quidams au même endroit.

Le plus grand groupe, c’était les anciens mercenaires et les réfugiés qui s’étaient entraînés sous les ordres de Tam et Dannil. La Garde du Loup, s’étaient-ils baptisés – quoi que ça soit censé vouloir dire.

Perrin se mit en route pour inspecter les charrettes, mais un petit objet le frappa à l’arrière de la tête.

Il se retourna, les sangs glacés, et sonda la forêt. Sur la droite, elle était à demi morte. Sur la gauche, les arbres se délitaient. Mais il n’y avait personne en vue.

Ai-je présumé de mes forces ? se demanda-t-il en se massant la nuque. En suis-je au point d’imaginer… ?

Le phénomène venait de se reproduire. Se retournant très vite, il vit quelque chose tomber sur l’herbe. Perplexe, il se baissa et ramassa l’objet. Un gland… Un nouveau projectile toucha le jeune homme – au front, cette fois. Les « tirs » venaient de la forêt.

Perrin s’enfonça entre les arbres. Un des gosses du camp, peut-être ? Droit devant lui, Perrin repéra un chêne assez gros pour que quelqu’un se cache derrière. Il approcha, puis hésita. Et si c’était un piège ? Une main sur son marteau, il repartit. Le chêne étant contre le vent, il ne captait aucune odeur de…

Une main jaillit soudain de derrière l’arbre, tenant un sac marron.

— J’ai attrapé un putois, dit une voix familière. On le libère sur la place du village ?

Perrin se pétrifia… puis éclata de rire. Contournant le chêne, il découvrit un type en veste rouge à col montant brodée de fil d’or et en pantalon marron.

Assis sur les racines apparentes de l’arbre, le sac gigotant près de ses chevilles, Mat mâchouillait un morceau de viande séchée. Un chapeau noir à larges bords sur la tête, il avait posé contre le tronc une étrange lance noire au fer géant. Mais d’où sortait-il des vêtements si chics ? Par le passé, ne s’était-il pas plaint que Rand parade dans de telles tenues ?

— Mat ? fit Perrin, presque trop surpris pour parler. Que fais-tu ici ?

— J’attrape des putois… (Mat secoua le sac.) C’est très difficile, tu sais, surtout quand on a peu de temps.

Le sac bougea de nouveau et un grognement étouffé en monta. À l’odeur, Perrin constata qu’il y avait bien une créature vivante dedans.

— Tu en as pris un pour de bon ?

— La nostalgie, mon vieux…

Perrin n’aurait su dire s’il devait sermonner le jeune flambeur ou rire de lui. Un dilemme fréquent lorsque Mat traînait dans les environs. Coup de chance, aucune couleur ne tourbillonnait dans la tête de Perrin. Sans doute parce que les deux amis étaient face à face. Sinon, ça aurait pu être… troublant. Mais Perrin trouvait qu’il y avait quelque chose de… juste dans toute cette scène.

Mat posa le sac, se leva et tendit une main à Perrin – qui la prit, mais attira le jeune flambeur entre ses bras.

— Par la lumière, mon gars ! On dirait qu’on ne s’est plus vus depuis une éternité.

— Une vie entière, oui… Peut-être deux… J’ai perdu le compte. Quoi qu’il en soit, la nouvelle de ton arrivée court partout à Caemlyn. Je me suis dit que le seul moyen de te souhaiter la bienvenue, c’était de franchir ce portail et de te trouver avant quiconque d’autre.

Mat prit sa lance et la posa sur son épaule, le fer derrière lui.

— Qu’as-tu fait et où étais-tu ? demanda Perrin. Thom est avec toi ? Et Nynaeve ?

— Ça en fait des questions… Ton camp, il est sûr ?

— Aussi sûr que n’importe quel autre.

— Donc, pas assez sûr, lâcha Mat. Perrin, nous avons à nos trousses des gens très dangereux. Je suis venu t’inciter à la plus extrême prudence. Des tueurs te tomberont dessus, et tu devras être prêt. Il faut qu’on se raconte tout. Mais pas ici.

— Où, dans ce cas ?

— Rendez-vous dans une auberge appelée La Foule Joyeuse, à Caemlyn. Oh, j’allais oublier ! Si ça ne te gêne pas, j’aimerais emprunter un de tes types en veste noire. J’ai besoin d’un portail.

— Pour aller où ?

— Je t’expliquerai, mais plus tard… (Mat inclina son chapeau puis se tourna pour courir vers le portail toujours ouvert qui donnait sur Caemlyn.) Je suis sérieux, dit-il par-dessus son épaule. Sois très prudent.

Sur ces mots, Mat passa en trombe devant une poignée de réfugiés et fonça vers le portail. Comment avait-il pu en sortir sans se faire remarquer par Grady ?

Perrin secoua la tête en signe d’impuissance, puis il se pencha, ouvrit le sac et libéra le pauvre putois.

45

Une réunion

Elayne se réveilla dans son lit, l’esprit embrumé.

— Egwene ? dit-elle. Que s’est-il passé ?

Les ultimes lambeaux du rêve fondaient comme du miel dans une infusion bien chaude. Mais le message envoyé par Egwene restait très net dans son esprit.

« Le serpent est tombé. Ton frère est revenu au moment précis où il le fallait. »

Elayne s’assit dans son lit et soupira de soulagement. Toute la nuit, elle s’était acharnée à canaliser assez pour que son ter’angreal onirique fonctionne. Sans aucun résultat. Apprenant que Birgitte avait barré le chemin à Gawyn alors qu’elle bouillait de rage de ne pas pouvoir honorer son rendez-vous avec Egwene, la jeune reine avait pâli.

Cela dit, Mesaana était vaincue – une excellente chose. Et Gawyn, qu’était-il devenu ? Avec un peu de chance, Egwene et lui auraient résolu leurs problèmes.

La lumière du jour filtrait des tentures. Elayne s’adossa au mur et savoura la douce chaleur qui se déversait via son lien avec Rand. Quelle délicieuse sensation ! À l’instant où elle l’avait éprouvée, la couverture nuageuse, au-dessus du royaume, s’était volatilisée.

Une semaine s’était écoulée depuis la démonstration d’Aludra avec ses dragons. Convaincue, Elayne avait mobilisé tous les fondeurs de cloches du pays pour qu’ils se lancent à fond dans la fabrication des armes.

Ces derniers jours, on entendait des sons étranges monter autour de Caemlyn, sans doute parce que des Bras Rouges s’entraînaient avec les dragons dans les collines environnantes. Jusque-là, Elayne disposait de très peu d’armes pour les exercices. Afin de s’entraîner, les différentes équipes devaient s’organiser par rotations. Prudente, Elayne avait fait entreposer les autres dragons dans un bâtiment très sûr, au cœur de Caemlyn.