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— Tu as renoncé au trône, c’est ça ?

Morgase acquiesça.

— Que la Lumière soit louée ! s’écria Dyelin. N’y vois aucune offense, Morgase. Mais un instant, j’ai imaginé une guerre entre deux Trakand.

— Nous n’en serions pas arrivées là, dit Elayne.

Presque en même temps, sa mère prononça des mots très semblables. Puis leurs regards se croisèrent et Elayne s’autorisa à sourire.

— Nous aurions trouvé un arrangement… raisonnable. Cela dit, je me demande quand même ce qui a bien pu se passer.

— Les Capes Blanches me détenaient, expliqua Morgase. Le vieux Pedron Niall était sous bien des aspects un gentilhomme, mais pas son successeur. Et pas question que je le laisse m’utiliser pour nuire à Andor !

— Maudits Fils de la Lumière ! marmonna Elayne entre ses dents.

Donc, ces sales types disaient la vérité quand ils prétendaient détenir la reine d’Andor.

Galad regarda sa sœur puis arqua un sourcil. Posant le siège qu’il était allé chercher, il ouvrit son manteau pour dévoiler son uniforme blanc orné d’un soleil sur la poitrine.

— Oui, j’avais oublié…, grommela Elayne, agacée. Ça me sort toujours de l’esprit. Et c’est une bénédiction.

— Les Fils connaissent bien des réponses, ma sœur, dit Galad en s’asseyant.

Qu’il pouvait être pompeux ! Le revoir était un plaisir, mais il n’avait pas changé d’un iota. Un vrai casse-pieds.

— Je refuse de polémiquer, dit Elayne. Combien de Capes Blanches as-tu avec toi ?

— Tous les Fils m’ont accompagné en Andor. C’est normal, puisque je suis leur seigneur général.

Elayne sursauta, puis elle jeta un coup d’œil à Morgase, qui confirma d’un hochement de tête.

— On dirait que j’ai des choses à rattraper, fit la jeune reine.

Prenant ces mots pour une invitation – depuis toujours, il était très littéral –, Galad commença à expliquer comment il était arrivé à ce poste. Friand de détails, il prit son temps. S’ennuyant un peu, Elayne regarda plusieurs fois sa mère, dont les traits restèrent de marbre.

Quand il en eut terminé, Galad voulut en savoir plus sur la guerre de succession. Avec lui, les conversations étaient souvent ainsi : un dialogue protocolaire, sans rien d’intime. Jadis, Elayne en était hors d’elle. Là, après avoir découvert qu’il lui avait manqué – une authentique surprise ! –, elle prenait un certain plaisir à ces échanges d’informations.

Au bout d’un moment, la conversation cessa. Il restait des sujets importants, mais Elayne brûlait d’impatience de s’entretenir avec Morgase.

— Galad, dit-elle, nous avons encore des milliers de choses à nous dire. Que penserais-tu d’un dîner, pas trop tard ce soir ? En attendant, tu pourrais aller te détendre un peu dans tes anciens quartiers.

Le jeune homme hocha la tête et se leva.

— Je souscris à ce programme.

— Dyelin, maître Norry… Le retour de ma mère pose certains problèmes… délicats. Il faudra rendre public son renoncement au trône, et ce le plus vite possible. Maître Norry, à vous de rédiger le document. Dyelin, veux-tu bien informer de ce rebondissement mes plus proches alliés ? Je détesterais qu’ils soient pris par surprise.

Dyelin acquiesça, puis elle regarda Morgase. Quand la reine était sous l’influence de Rahvin, la noble dame n’avait pas compté parmi les gens qui en souffraient d’une manière ou d’une autre. Mais elle avait entendu bien des histoires, évidemment…

Avec Galad et Norry, elle se retira promptement.

La porte refermée, Morgase jeta un coup d’œil à Birgitte.

— J’ai confiance en elle comme en une sœur, mère, dit Elayne. Une sœur aînée agaçante au possible – mais une sœur quand même.

Morgase sourit. Puis elle se leva, prit les mains de sa fille, l’aida à se mettre debout et la serra dans ses bras.

— Ma chérie, dit-elle, des larmes aux yeux, regarde ce que tu as réussi ! Devenir reine à la force des poignets !

— Tu m’as bien préparée, mère. (Elle recula d’un pas.) Et tu seras bientôt grand-mère !

Morgase plissa le front et baissa les yeux sur le ventre de sa fille.

— Oui, c’est ce que je me suis dit en te voyant. Qui… ?

— … Est le père ? acheva Elayne en rougissant. C’est Rand. Très peu de gens le savent, et j’aimerais que ça ne change pas.

— Rand al’Thor…, fit Morgase, soudain maussade. C’est…

Elayne prit les mains de sa mère.

— Mère, c’est un homme de bien, et je l’aime. Ce que tu as entendu, ce sont des exagérations ou des rumeurs malfaisantes.

— Mais il… Elayne, c’est un homme capable de canaliser ! Le Dragon Réincarné !

— Oui, mais un homme quand même… (Tout au fond de son esprit, Elayne sentait le nœud d’émotions qui était… Rand.) Simplement un homme, malgré tout ce qui pèse sur ses épaules.

Morgase pinça les lèvres, l’air mal à l’aise.

— Je dois réserver mon jugement… Mais en un sens, je continue à penser que j’aurais dû faire jeter ce garçon en prison à l’instant même où nous l’avons trouvé fouinant dans les jardins. Dès cette époque, je n’aimais pas la façon dont il te regardait.

Elayne sourit et désigna les fauteuils. Morgase s’assit et sa fille, cette fois, prit place à côté d’elle, sans lui lâcher les mains.

Via le lien, elle sentit de l’amusement chez Birgitte, toujours adossée au mur du fond, une jambe pliée pour que la semelle de sa botte repose contre le mur lambrissé.

— Quoi ? lui demanda Elayne.

— Rien du tout… Il est agréable de vous voir agir comme mère et fille – ou au moins, comme deux êtres humains – au lieu de vous regarder en chiens de faïence.

— Elayne est la reine, fit Morgase, très sèchement. Sa vie appartient à ses sujets, et mon retour risquait de perturber la succession.

— Ça reste délicat, mère. Ta réapparition peut rouvrir de vieilles blessures.

— Je devrai m’excuser, peut-être même offrir des réparations. (Elle hésita.) J’avais l’intention de rester à l’écart, ma fille. Il serait peut-être mieux que ceux qui me haïssent me croient morte. Mais…

— Non, coupa Elayne en serrant les mains de sa mère. Tout est pour le mieux. Nous devrons simplement nous y prendre avec tact et compétence.

Morgase eut un grand sourire.

— Je suis fière de toi. À l’évidence, tu seras une grande reine.

Elayne dut se forcer à redescendre sur Terre. En matière de compliments, Morgase n’avait jamais été prodigue.

— Mais avant d’aller plus loin, fit l’ancienne reine d’un ton hésitant, il faut que tu me dises quelque chose… On raconte que Gaebril aurait été…

— Rahvin, dit Elayne. C’est la vérité, mère.

— Je le hais pour ce qu’il a fait. Je le vois encore, à travers moi, planter des piques dans le cœur de mes amis les plus fidèles et les plus chers… Pourtant, une part de moi-même désire encore sa présence. C’est irrationnel !

— Il t’a fait subir une coercition. C’est la seule explication. Nous verrons si quelqu’un, à la Tour Blanche, est capable de t’en débarrasser.

Morgase secoua la tête.

— Quoi que ç’ait été, c’est très léger, désormais, et parfaitement gérable. Et j’ai trouvé quelqu’un d’autre à aimer.

Elayne fronça les sourcils.

— Je t’expliquerai ça plus tard… Pour l’instant, je ne suis pas sûre de comprendre moi-même. D’abord, nous devons décider que faire au sujet de mon retour.

— C’est très facile : le fêter !

— Oui, mais…

— Mais rien du tout ! Tu es revenue parmi nous. La ville et le royaume entier s’en réjouiront. Après, nous te trouverons un poste important.