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— Et si nous lui fournissions des preuves ? avança Jonneth. Si nous lui démontrions que Taim ne vaut rien ?

— Il y a quelque chose d’étrange au sujet de Nensen, rappela Nalaam. Et de Kash. D’où vient-il, pour commencer ? Et pourquoi est-il devenu si puissant en un temps record ? Quand Logain reviendra, si nous avions des informations pour lui ? Ou si nous étions à même de les transmettre directement au seigneur Dragon ?

Les quatre hommes se tournèrent vers Androl. Pourquoi lui, alors qu’il était le plus faible de tous ? Son seul don, c’était d’ouvrir des portails. Voilà pourquoi Coteren l’avait surnommé « petit laquais ». Sa seule aptitude, c’était de transmettre des messages et de faire Voyager des gens.

Mais les autres se tournaient toujours vers lui. Pour une raison inconnue, ils s’en remettaient à son jugement.

— D’accord, dit-il. Voyons ce que nous pouvons trouver. Mettez Evin, Hardlin et Norley dans la confidence, mais n’en parlez à personne, même pas aux autres types de Deux-Rivières. N’éveillez pas la suspicion de Taim ou de ses hommes… Mais si vous trouvez quelque chose, venez me voir. De mon côté, je tenterai de contacter Logain, ou, au moins, de savoir où il est.

Bien que sinistres, les quatre hommes acquiescèrent.

La Lumière nous vienne en aide si nous nous trompons ! pensa Androl en regardant les sbires de Taim. Et qu’elle nous protège si nous avons raison !

47

Une salle d’enseignement

Montée sur Lumière du Jour, Faile s’efforça de ne pas sursauter quand le portail fendit littéralement l’air. De l’autre côté s’ouvrait une prairie brunâtre.

Comme toujours, Gaul et les Promises franchirent le passage en éclaireurs.

— Tu es certain de ne pas vouloir venir ? demanda Perrin à Galad.

Debout à côté du portail, les mains croisées dans le dos, le seigneur général des Fils secoua la tête.

— Certain, dit-il. Mon dîner avec Elayne a suffi à rattraper tout le retard.

— Comme tu voudras…

Perrin se tourna vers Faile et désigna le portail.

La jeune femme talonna Lumière du Jour. Enfin, l’heure était venue de se retrouver face à la reine d’Andor. Pour contrôler sa nervosité, Faile ne ménageait pas ses efforts.

Perrin traversa avec elle. De l’autre côté, Caemlyn semblait très proche, mégalopole semée de tours au sommet desquelles battaient au vent des étendards rouge et blanc. Au centre se dressait le palais.

Caemlyn la Basse, qui s’étendait à l’extérieur des murs, était devenue une ville en soi.

L’escorte de Perrin suivit les deux époux. Une délégation conçue pour impressionner, mais sans paraître hostile.

Alliandre et une centaine de ses gardes… Cent archers de Deux-Rivières, leur arme débandée portée à l’épaule. Cent membres de la Garde du Loup, dont un certain nombre de nobles mineurs du Cairhien, les rayures colorées de leur uniforme improvisées avec des rouleaux de tissu achetés à Pont-Blanc.

À ça, il fallait bien sûr ajouter Gaul et les Promises.

Grady fermait la marche. Il portait une veste noire sortie du lavoir, son insigne de dédié brillant sur le col montant. Une fois passé, il regarda aussitôt vers l’ouest, en direction de la Tour Noire. Plus tôt dans la journée, il avait essayé d’ouvrir un portail, puisque Perrin l’y avait autorisé.

Un échec total qui tracassait le jeune seigneur… Dès le soir, ou au plus tard le lendemain, il entendait mener son enquête.

Gaul et les Promises se mirent en formation autour de Perrin et de Faile. Ensuite, la colonne avança sur la route, Arganda et un détachement de la Garde du Loup la devançant pour annoncer les visiteurs.

La croissance de Caemlyn était encore plus impressionnante que celle de Pont-Blanc. Près de Caemlyn la Basse, plusieurs armées campaient. Sans doute les forces des seigneurs qui avaient soutenu Elayne lors de son combat pour le trône.

Faile remarqua une bizarrerie. Au-dessus de la cité, les nuages s’écartaient pour laisser voir le soleil et le ciel. Ailleurs, la couverture nuageuse était si uniforme que la jeune femme sursauta devant ce spectacle. Des nuages en cercle autour d’une ville, ça ne se voyait pas tous les jours.

Arganda et ses gardes revinrent sur leurs pas.

— Seigneur, noble dame, ces gens vont vous recevoir, annonça l’officier.

Une fois dans les rues, Faile et Perrin chevauchèrent en silence. De cette rencontre, ils en avaient débattu maintes fois, et il n’y avait plus rien à dire.

Avec une grande sagesse, Perrin avait confié à sa femme la partie diplomatique des débats. En ce moment, le monde ne pouvait pas s’offrir le luxe d’une guerre entre Andor et Deux-Rivières.

Une fois les portes franchies, Perrin et ses Aiels redoublèrent d’attention. En silence, Faile subit cet excès habituel de protection. Combien de temps devrait-elle souffrir d’avoir été capturée par les Shaido ? Parfois, il lui semblait que Perrin l’aurait bien fait suivre par dix gardes quand elle rendait visite aux feuillées.

À l’intérieur des murs, les rues grouillaient de monde, comme les marchés et les autres bâtiments publics.

À tous les coins de rue, des types beuglaient des horreurs au sujet des temps à venir. Sans doute payés par des marchands, ils incitaient les passants à faire des provisions.

Les hommes de Perrin avaient acheté de la nourriture en ville, mais elle coûtait une fortune. Si ce n’était déjà fait, Elayne devrait bientôt verser des subventions aux citadins. Mais où en étaient les réserves royales ?

Après avoir traversé la Nouvelle Cité, ils entrèrent dans la Cité Intérieure puis gravirent la colline pour gagner le palais.

En uniforme rouge et blanc, les Gardes Royaux saluèrent les visiteurs. Puis ils les laissèrent franchir les portes qui se découpaient dans le mur d’enceinte immaculé du palais.

Une fois à l’intérieur, les visiteurs mirent pied à terre. Perrin et Faile avancèrent aussitôt, cent compagnons sur les talons. Les Promises et Gaul, bien entendu, plus une petite garde d’honneur de chaque délégation. Dans les couloirs déserts du palais, Faile se sentit quand même à l’étroit à cause de cette escorte. Le chemin qu’on leur faisait suivre n’était pas celui qu’elle avait emprunté naguère pour gagner la salle du trône. Pourquoi ce détour ?

Dans le palais, rien ne semblait avoir changé depuis le temps où Rand y régnait. Sinon qu’il n’y avait plus d’Aiels, à part ceux que Perrin y amenait. Les mêmes tapis étroits au centre des couloirs, les mêmes urnes dans les coins et les mêmes miroirs sur les murs, pour donner une illusion de plus grand espace.

Une structure pareille pouvait rester inchangée au fil des siècles, se fichant comme d’une guigne des pieds qui usaient les tapis ou des dos qui se calaient au dossier du trône. En un an, le siège avait été occupé par Morgase, Rahvin, le Dragon Réincarné et enfin Elayne.

Alors qu’ils négociaient la dernière intersection avant la salle du trône, Faile s’attendait presque à trouver le Dragon assis dans son fauteuil d’apparat, son étrange moignon de lance au creux d’un bras et une lueur hallucinée dans les yeux. Mais le trône du Dragon n’était plus là, remplacé par celui du Lion. Durant son « règne », Rand avait préservé et protégé ce siège, comme une fleur qu’il aurait eu l’intention d’offrir à l’élue de son cœur.

En plus jeune, la nouvelle reine était une copie conforme de l’ancienne. Avec un visage un peu moins carré, peut-être. Mais on retrouvait les cheveux blond tirant sur le roux et la même stupéfiante beauté. De bonne taille, la souveraine ne cherchait pas à dissimuler sa grossesse.