Выбрать главу

Bon, sa démonstration avait assez duré, non ?

Il y eut une autre explosion. D’accord… Il faudrait attendre encore un peu.

Dans le salon attenant à la salle du trône, Elayne entendit qu’on murmurait ferme. Toutes les Hautes Chaires encore présentes à Caemlyn avaient été invitées à débattre avec la reine des mesures sanitaires à prendre d’urgence pour les gens qui vivaient à l’extérieur de la ville.

Cette réunion aurait lieu à 5 heures. Mais sur l’invitation, on encourageait les notables à arriver avec deux bonnes heures d’avance.

La formulation du message était en principe limpide. Aujourd’hui, Elayne allait faire quelque chose d’important, et elle avait incité les nobles à venir en avance histoire qu’ils puissent tendre l’oreille en toute légalité.

On leur apportait régulièrement à boire et manger : de petits plateaux de viande et de fruits, histoire qu’ils passent agréablement leur temps. Très probablement, les murmures étaient des spéculations sur ce que la souveraine allait révéler.

Si seulement elle l’avait su !

Sur sa broderie, Dyelin marmonna entre ses dents parce qu’elle avait raté un point.

Après une longue attente, les dragons cessèrent de faire du boucan et Elayne sentit que Birgitte était déjà en route pour le palais.

L’envoyer avec le groupe d’invités était le meilleur moyen de savoir quand celui-ci reviendrait. En ce jour, la chronologie devait être parfaite.

Elayne inspira et expira profondément pour se calmer. Si le lien ne l’abusait pas, Birgitte arpentait déjà les couloirs du palais.

Elayne fit signe au capitaine Guybon. Il était temps de faire venir les prisonnières.

Des gardes arrivèrent quelques minutes plus tard, escortant trois femmes.

L’insupportable Arymilla semblait toujours aussi rondelette, malgré sa captivité. D’âge mûr, elle était jolie – ou aurait pu l’être, si elle n’avait pas porté des haillons. Dans ses grands yeux marron, on lisait de la terreur. Comme si elle pensait qu’Elayne allait la faire exécuter.

Elenia était beaucoup plus digne. Comme aux autres, on lui avait retiré sa superbe robe pour la remplacer par un modèle très fatigué, mais elle s’était débarbouillée et arborait un beau chignon de cheveux blonds.

Elayne n’affamait pas et ne faisait pas malmener ses prisonnières. Si elles étaient ses ennemies, aucune des trois n’avait trahi le royaume d’Andor.

Elenia dévisagea Elayne, son expression toujours aussi froide et calculatrice. Savait-elle où était passée l’armée de son mari ? Ces troupes étaient comme un poignard qui menaçait le dos d’Elayne. À ce jour, aucun éclaireur n’avait pu les repérer. Par la Lumière ! Les problèmes s’accumulaient…

Mince et pâle, Naean Arawn, la troisième captive, avait en principe de merveilleux cheveux noirs, mais ils s’étaient comme ternis pendant son incarcération. Déjà brisée avant qu’Elayne se soit assurée de sa personne, elle se tenait à l’écart des deux autres prisonnières.

Les trois femmes furent poussées jusqu’au pied du trône, puis forcées à s’agenouiller. Dans le couloir, les nobles cairhieniens revenaient de la démonstration martiale en bavardant comme des pies. Ce qu’ils allaient voir, ils penseraient l’avoir surpris par hasard.

— La couronne va statuer sur le sort de Naean Arawn, Elenia Sarand et Arymilla Marne, annonça Elayne à haute voix.

Toutes les conversations cessèrent. Dans la salle, entre les nobles andoriens, et dans le couloir, entre les Cairhieniens.

Des trois femmes, seule Elenia osa lever les yeux. Elayne soutenant son regard, l’insolente s’empourpra puis baissa de nouveau la tête.

Sa broderie oubliée, Dyelin ne perdait pas une miette de la scène.

— La couronne a passé beaucoup de temps à penser à vous, reprit Elayne. Votre guerre ratée contre la maison Trakand fait de vous des réprouvées, et vos héritiers comme vos aïeuls ont repoussé toutes les demandes de rançon. En d’autres termes, vos maisons vous ont abandonnées.

Alors que les paroles d’Elayne se répercutaient dans la salle, les trois femmes se prosternèrent encore plus humblement.

— Ce qui expose la couronne à un dilemme, ajouta Elayne. Vos seules existences sont une offense, sachez-le. Certaines reines du passé vous auraient laissées moisir en prison, mais je trouve que c’est une façon d’éluder le problème. Vous entretenir me coûterait une fortune et inciterait des factieux à tenter de vous libérer.

Dans la salle, on n’entendait plus rien, à part le souffle oppressé des captives.

— Cette couronne n’élude pas les problèmes. En ce jour, les maisons Sarand, Marne et Arawn sont privées de tous leurs titres et de toutes leurs terres, annexées par la couronne en compensation de leurs innombrables crimes.

Elenia poussa un petit cri et leva les yeux. Arymilla se recroquevilla encore plus sur le sol et Naean ne réagit pas. On eût dit qu’elle était tétanisée.

Des murmures montèrent immédiatement du salon. Cette sentence était pire que la peine capitale. Quand on exécutait un noble, il mourait avec tous ses titres. En un sens, c’était un hommage rendu à un adversaire valeureux. Ensuite, le titre et les terres revenaient à l’héritier, et la maison survivait.

Mais ça… Peu de reines auraient osé une telle manœuvre. Si Elayne passait pour un rapace qui volait des terres et de l’argent pour le trône, toutes les maisons s’uniraient contre elle.

Elle devinait la teneur des conversations, dans le petit salon. Son pouvoir vacillait sur ses fondations. Alors qu’ils l’avaient soutenue avant le siège, risquant eux-mêmes d’y laisser leur tête, ses alliés commençaient à se poser des questions.

Mieux valait en finir au plus vite. Sur un geste d’Elayne, les gardes forcèrent les prisonnières à se relever puis les entraînèrent d’un côté de la salle.

Même l’arrogante Elenia semblait sidérée. Par essence, cette sentence équivalait à une exécution. Dès que possible, les trois femmes se suicideraient plutôt que d’affronter leurs maisons.

Birgitte connaissait bien son rôle. Elle entra, précédant le groupe de nobles du Cairhien. Invités pour assister à la démonstration des « nouvelles armes d’Andor contre les Ténèbres », c’étaient des seigneurs et des dames de tous les niveaux. Dans le lot, les plus importants étaient sans nul doute Bertome Saighan et Lorstrum Aesnan.

Même si Elayne n’aimait pas la manie des Cairhieniens de se raser et de se poudrer le front, elle devait reconnaître un certain charme à Bertome. Un coutelas à la ceinture – en présence de la reine, les épées étaient interdites –, il semblait perturbé par la façon dont Elayne traitait les prisonnières. De fait, la même chose aurait pu lui arriver, puisque sa cousine, Colavaere, avait reçu une punition similaire de la part de Rand – sans qu’elle affecte sa maison entière. Pour échapper à la honte, cette femme s’était pendue.

Sa mort avait propulsé Bertome au rang de Haute Chaire. Même s’il se gardait de critiquer Rand en public, les agents d’Elayne étaient unanimes : en privé, c’était un des pires contempteurs du Dragon Réincarné.

Très mince, l’air paisible, Lorstrum Aesnan marchait avec les mains dans le dos et il avait tendance à regarder la pointe de ses chaussures. Comme les autres membres du groupe, il portait des vêtements sombres, à la mode du Cairhien, sa veste arborant des rayures aux couleurs de sa maison. Après que Rand eut disparu du Cairhien, il était passé sur le devant de la scène. En des temps désespérés, les promotions fulgurantes étaient monnaie courante. De plus, ce seigneur ne s’était pas opposé à Rand, même s’il avait refusé de se rallier à lui. Cette position « équilibrée » lui conférait de l’influence, et on murmurait qu’il avait des vues sur le trône.