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Elayne s’assit. Son plan avait fonctionné ! En tout cas, ça semblait bien parti. Après l’inconfort du trône, le fauteuil rembourré lui fit un bien fou.

Dyelin s’assit sur la droite de la reine et Morgase sur sa gauche.

— Ce qui vient d’arriver, dit l’ancienne reine, c’est que ma fille est brillante !

Elayne en sourit de gratitude. Birgitte, elle, plissa le front. Dans le lien, son Aes Sedai sentit de la confusion.

Dans la petite pièce, les trois femmes et la Championne étaient seules. Une heure à attendre pour connaître le résultat de la machination d’Elayne.

— D’accord, d’accord…, maugréa Birgitte. Donc, tu distribues une partie de la terre andorienne à des nobles du Cairhien.

— Un pot-de-vin, lâcha Dyelin, qui semblait moins convaincue que Morgase. Une manœuvre intelligente, mais dangereuse…

— Dangereuse ? s’étrangla Birgitte. Par le sang et les cendres, quelqu’un veut bien expliquer à l’idiote que je suis en quoi la corruption est brillante ou intelligente ? Enfin, ce n’est pas Elayne qui l’a inventée.

— C’était plus qu’un cadeau, dit Morgase.

Spectacle incongru, elle entreprit de faire le service de l’infusion. De sa vie, Elayne n’avait jamais assisté à rien d’approchant.

— L’obstacle majeur qui se dresse entre Elayne et le Trône du Soleil, c’est qu’elle risque de passer pour une conquérante.

— Et alors ? grogna Birgitte.

— Alors, elle tisse des liens entre les deux nations, fit Dyelin en acceptant la tasse de noire de Tremalking que lui tendait Morgase. En offrant des terres à ces nobles, elle montre qu’elle n’a pas l’intention de dépouiller de ses biens l’aristocratie du Cairhien.

— En plus, enchaîna Morgase, elle se fond ainsi dans la masse. Si elle s’était emparée du trône, le Cairhien aurait été à elle, en faisant la seule personne à détenir des richesses dans les deux nations. À présent, elle sera une privilégiée parmi des dizaines.

— Mais c’est dangereux, insista Dyelin. Lorstrum n’est pas entré dans le coup à cause du pot-de-vin.

— Ah bon ? s’étonna Birgitte. Mais…

— Elle a raison, dit Elayne. S’il joue la partie, c’est parce qu’il pense avoir une chance de récupérer les deux trônes.

Un lourd silence suivit ces propos.

— Maudites cendres ! lâcha enfin Birgitte.

— Elayne, fit Dyelin, tu viens de te créer des ennemis qui risquent de te renverser. S’il t’arrivait malheur, Lorstrum ou Bertome pourraient bien tenter de gagner les deux royaumes.

— C’est sur ça que je compte pour les appâter… Pour l’heure, ce sont les nobles les plus influents du Cairhien. Et il en restera ainsi tant que Dobraine ne sera pas revenu de l’endroit où Rand l’a envoyé, où que ce soit. S’ils soutiennent l’idée d’un monarque unique, ils joueront en somme dans notre main.

— Ils feront mine de t’épauler avec l’arrière-pensée de s’approprier les deux trônes, martela Dyelin.

— Mieux vaut choisir ses ennemis que ne pas savoir qui ils sont, dit Elayne. Aujourd’hui, j’ai drastiquement limité la concurrence. Ces gens ont vu les dragons, et ça les a fait baver. Ensuite, je leur ai proposé d’avoir accès à ces armes et de doubler leur fortune. Cerise sur le gâteau, je leur ai donné l’espoir d’être un jour couronnés rois.

— Du coup, ils essaieront de te tuer, récapitula Birgitte.

— Probablement, oui… À moins qu’ils décident de miner à petit feu mon pouvoir. De toute façon, ils attendront au moins dix ans. Frapper maintenant, ce serait courir le risque de diviser de nouveau les nations. Pour l’instant, ils prendront possession de leurs terres et profiteront de leur fortune. Quand ils seront sûrs de ne rien risquer – parce que j’aurai baissé ma garde –, là, ils attaqueront.

» Coup de chance, ils sont deux, ce qui me laisse la possibilité de les monter l’un contre l’autre. En attendant, nous nous sommes fait des alliés solides. Des hommes qui ont intérêt à me voir assise sur le Trône du Soleil. Du coup, ils m’offriront la couronne sur un plateau d’argent.

— Et les prisonnières ? lança Dyelin. Elenia et les deux autres ? Tu veux vraiment leur trouver des terres ?

— Oui, assura Elayne. En réalité, j’ai été très gentille avec elles. Le trône s’acquittera de leurs dettes, puis leur permettra de prendre un nouveau départ au Cairhien. Je serai ravie de voir des Andoriens s’y approprier des terres. Même si elles m’appartiennent déjà, puisque je devrai les sélectionner dans mes propres propriétés au Cairhien.

— Tu finiras entourée d’ennemis, dit Birgitte.

Agacée, elle secoua la tête.

— Comme toutes les reines… Par bonheur, tu es là pour me protéger, pas vrai ?

Elayne sourit, mais elle ne se fit pas d’illusions : sa Championne sentait à quel point elle était tendue.

L’heure à venir semblerait longue. Très longue.

51

Une épreuve

Sur la nuque de Min, tous les petits poils se hérissèrent lorsqu’elle saisit l’épée de cristal. Callandor.

Elle entendait des histoires sur cette arme depuis son enfance. Des récits sur Tear et sur l’épée qui n’en était pas une… Et voilà qu’elle la serrait entre ses doigts.

L’épée était plus légère qu’elle l’aurait cru. Sa surface cristalline reflétant la lumière des lampes, elle semblait briller… trop intensément, sa lumière intérieure changeant même quand Min ne bougeait pas. Lisse et chaud, le cristal paraissait presque vivant.

En face de Min, Rand rivait les yeux sur l’arme. Dans leurs appartements de la Pierre de Tear, les deux jeunes gens étaient en compagnie de Cadsuane, Narishma, Merise, Naeff et deux Promises.

Rand tendit la main et toucha l’arme. Quand Min leva les yeux, une vision apparut au-dessus du Dragon. Callandor, brillante comme à l’accoutumée, serrée par une main noire.

Min sursauta.

— Qu’as-tu vu ? lui demanda Rand.

— Callandor dans un poing qui semblait en onyx.

— Une idée de ce que ça signifie ?

Min secoua la tête.

— Il faut cacher de nouveau cette arme, dit Cadsuane.

Aujourd’hui, elle portait une robe marron et vert – des couleurs « terriennes » mises en valeur par les ornements en or de ses cheveux. Le dos bien droit, les bras croisés, elle lâcha :

— Mon garçon, exhiber cet artefact en ce moment est de la folie.

— Objection notée, dit Rand.

Il prit le sa’angreal à Min et le glissa dans le fourreau accroché derrière son épaule. Sur la hanche, il portait une fois de plus l’antique épée dont le fourreau était orné d’un dragon rouge et or. Plusieurs fois, il avait affirmé que cette arme-là aussi était un symbole. À ses yeux, elle représentait le passé alors que Callandor incarnait en quelque sorte le futur.

— Rand, dit Min en lui prenant le bras. Mes recherches, tu te souviens ? Callandor semble avoir un défaut bien pire que celui que nous avons découvert. Cette vision étaye ce que je t’ai déjà dit. J’ai peur que cette arme soit utilisée contre toi.

— Je pense qu’elle le sera, dit Rand. En ce monde, tout le reste a été utilisé contre moi. Narishma, un portail, s’il te plaît. Nous avons déjà trop fait attendre les Frontaliers.

L’Asha’man hocha la tête, ce qui fit tintinnabuler les clochettes de ses cheveux.

Rand se tourna vers Naeff :

— Toujours aucune nouvelle de la Tour Noire ?

— Non, seigneur.

— Je n’ai pas pu m’y rendre en Voyageant, dit Rand. Ça fait penser à des problèmes encore pires que je le craignais. Utilise le tissage qui peut te dissimuler. Puis ouvre un portail à une journée de cheval de la Tour Noire, traverse-le à cheval, sous déguisement, et vois ce que tu trouveras. Aide ceux qui en ont besoin, si c’est possible, puis déniche Logain et ses partisans. Ensuite, délivre-leur un message de ma part.