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Quand l’assistance fut en place, Elayne inspira de nouveau à fond. Elle avait envisagé un discours, mais Morgase lui avait enseigné que les actes, bien souvent, valaient mieux que les tirades.

Du coup, elle alla s’asseoir sur le trône.

Enfin, elle fit mine, parce que Birgitte la retint par le bras.

Elayne l’interrogea du regard, mais la Championne étudiait déjà le siège.

— Un instant…, dit-elle en se penchant.

Les nobles murmurèrent entre eux et Lorstrum monta sur l’estrade.

— Majesté ?

— Birgitte, fit Elayne, sentant qu’elle s’empourprait, est-ce vraiment nécessaire ?

Ignorant son Aes Sedai, la Championne tripota le coussin posé sur l’assise du siège.

Lumière ! Cette femme avait-elle décidé d’embarrasser Elayne dans toutes les situations possibles et imaginables ? Sans aucun doute, le…

— Je le savais ! s’écria Birgitte en tirant quelque chose du coussin.

Elayne sursauta puis avança, Lorstrum et Bertome à ses côtés. La Championne brandit une petite aiguille.

— Cachée dans le coussin !

Elayne blêmit.

— Le seul endroit où ils étaient sûrs que tu serais, Elayne, souffla Birgitte.

Elle s’agenouilla et chercha d’autres pièges.

Lorstrum avait rougi jusqu’à la racine des cheveux.

— Majesté, je trouverai les coupables, dit-il à voix basse mais menaçante. Et ils goûteront à ma colère.

— S’ils n’ont pas d’abord goûté à la mienne, fit Bertome en étudiant l’aiguille, les yeux plissés.

— Majesté, dit Lorstrum d’un ton normal, pour que tout le monde entende, c’est sans doute une tentative d’assassinat qui visait le Dragon Réincarné. Nul ici ne tenterait de tuer notre bien-aimée sœur andorienne.

— C’est rassurant à entendre, fit Elayne, les yeux rivés sur le noble.

À son expression, chacun dans la salle comprit qu’elle entrait dans le jeu de Lorstrum pour l’aider à sauver la face. Étant le premier soutien de la jeune reine, la honte de cette tentative de meurtre retombait sur lui.

Lui sauver la mise était une chose, mais ce ne serait pas gratuit. Le comprenant, Lorstrum baissa brièvement les yeux. Lumière, qu’est-ce qu’Elayne détestait ce jeu ! Mais elle y jouerait, et elle serait la meilleure.

— Birgitte, je ne risque plus rien ? demanda Elayne.

La Championne se massa le menton.

— Il n’y a qu’une façon de le savoir…

Sur ces mots, elle se laissa lourdement tomber sur le trône.

Plusieurs nobles ne purent retenir un petit cri et Lorstrum vira à l’écarlate.

— Pas très confortable, dit Birgitte. (Elle se pencha sur le côté, puis s’adossa au siège.) J’aurais cru qu’un trône serait plus rembourré. Avec ton postérieur sensible, tu vas souffrir…

— Birgitte ! s’indigna Elayne, de nouveau rouge comme une pivoine. Tu ne peux pas te prélasser sur le Trône du Soleil !

— Ne suis-je pas ta garde du corps ? Le cas échéant, je peux goûter ta nourriture, passer les portes avant toi et m’asseoir sur ce fichu trône, si je pense que ça te protégera. (Elle sourit.) En plus, ajouta-t-elle à voix basse, j’ai toujours voulu savoir comment on se sentait, là-dessus.

Elle se leva, toujours inquiète, mais satisfaite d’elle-même.

Elayne se tourna pour faire face aux nobles du Cairhien.

— Vous avez attendu longtemps cet instant, dit-elle. Certains d’entre vous sont mécontents, mais n’oubliez pas qu’une moitié de mon sang est cairhienienne. Cette alliance renforcera nos deux nations. Je n’exige pas votre confiance, en revanche, j’entends que vous m’obéissiez.

Elle hésita, puis ajouta :

— Souvenez-vous : c’est ainsi que le Dragon Réincarné veut que les choses soient.

Elle vit que l’assistance comprenait. Rand avait déjà conquis cette capitale, même si c’était pour la libérer des Shaido. Ses habitants avaient tout intérêt à ne pas l’inciter à revenir pour répéter l’opération.

Une reine devait se servir des outils à sa disposition… Andor, Elayne s’en était emparée seule. Pour le Cairhien, finalement, elle consentirait à accepter l’aide de Rand.

Elle s’assit. Un geste simple, mais aux énormes implications.

— Rassemblez vos gardes personnels et ceux de vos maisons, dit-elle aux nobles. Avec les forces d’Andor, vous franchirez un portail pour arriver en un lieu appelé le champ de Merrilor. Là, nous rencontrerons le Dragon Réincarné.

Les nobles parurent surpris. Le même jour, elle arrivait, s’appropriait le trône et prenait le commandement de toutes les forces armées ?

Elayne sourit. Agir vite et sans hésiter inciterait ces gens à lui obéir en toutes circonstances. Une façon, en outre, de les préparer à l’Ultime Bataille.

Les seigneurs et les dames commencèrent à murmurer entre eux, mais elle leur intima le silence.

— Je veux aussi que vous dénichiez tous les hommes capables de tenir une épée, et que vous les intégriez à l’armée de la reine. Ils n’auront pas beaucoup de temps pour se former, c’est sûr. Mais lors de l’Ultime Bataille, chaque homme comptera – et chaque femme aussi, avis à celles qui auraient des envies de se battre. Convoquez aussi tous les fondeurs de cloches de la ville. Je leur parlerai dans une heure.

— Mais, fit Bertome, les festivités du couronnement…

— Nous célébrerons ça une fois l’Ultime Bataille remportée – quand les enfants du Cairhien seront en sécurité.

Pour détourner ces gens de leurs machinations, il fallait les occuper en permanence…

— Exécution ! Faites comme si l’Ultime Bataille se tenait devant votre porte pour y frapper dès demain matin.

Ce qui était en gros le cas…

Adossé à un arbre mort, Mat observait son camp. Inspirant et expirant à fond, il savourait le merveilleux sentiment de ne plus être un homme traqué. À force, il avait oublié ce que ça faisait.

Eh bien, c’était encore plus agréable que d’avoir une jolie serveuse sur chaque genou. Enfin, que d’en avoir une seule, sûrement…

Un camp militaire, le soir, était un des lieux les plus confortables du monde, même quand il se trouvait à moitié vide parce que les soldats faisaient la fête à Cairhien. Le soleil étant couché, une bonne partie de ceux qui restaient dormaient. Mais pour les gars qui seraient de service en soirée, le lendemain, il n’y avait aucune raison de se mettre au lit tôt.

Une dizaine de feux crépitaient encore. Autour, des Bras Rouges se racontaient leurs exploits, évoquaient leur femme laissée en arrière ou partageaient des rumeurs venues du bout du monde. Assis sur des souches ou des rochers, ils riaient à la lueur des flammes. De temps en temps, avec une petite branche tordue, ils attisaient les braises, envoyant danser dans les airs un ballet d’étincelles.

Parfois, ces braves types se réchauffaient le cœur en entonnant des chansons comme Venez belles dames ou Des saules abattus à minuit.

Ces héros appartenaient à une dizaine de nations différentes. Mais leur vraie patrie, c’était ce camp.

Mat passa entre eux, chapeau sur la tête et ashandarei à l’épaule. Pour sa gorge, il s’était dégotté un nouveau foulard. Tout le monde savait, au sujet de sa cicatrice, mais ce n’était pas une raison pour l’exhiber comme une des fichues roulottes de Luca.

Son foulard, cette fois, était rouge. En hommage à Tylin et aux autres victimes du gholam. Un moment, il avait été tenté d’opter pour du rose. Un très court moment.