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Un jour de retard sur la date spécifiée par Rand… Mais elle était venue, comme tous les autres.

Des Aiels accompagnaient Darlin, arrivés de Tear. À force de persuasion, Egwene avait réussi à faire se déplacer un gros contingent de l’armée illianienne qui campait dans la partie orientale du « champ ».

Selon certains rapports, les Cairhieniens étaient désormais des sujets d’Elayne. Pour preuve, ils arrivaient en même temps que les Andoriens et une partie importante de la Compagnie de la Main Rouge.

Egwene avait envoyé une sœur proposer au roi Roedran du Murandy de le faire Voyager jusqu’ici. Mais rien ne garantissait qu’il accepterait. Même sans lui, un grand nombre de pays étaient présents, surtout depuis que les étendards du Ghealdan et de Mayene se mêlaient à la tête de loup des forces de Perrin.

Egwene devrait rencontrer les deux dirigeantes et tenter de les gagner à sa cause. Même si elle échouait, ses alliés seraient suffisants pour persuader Rand de renoncer à son plan.

La Lumière veuille que la coalition suffise. Si Rand parvenait à imposer sa façon de voir les choses, Egwene préférait ne pas penser aux conséquences.

Elle descendit vers le futur camp d’Elayne, saluant au passage des sœurs qui lui firent un signe de tête et des Acceptées qui s’inclinèrent. Sans parler des soldats qui lui rendirent son salut et des domestiques qui s’agenouillèrent. Rand allait…

— C’est impossible ! s’écria soudain Gawyn, tétanisé.

— Que t’arrive-t-il ? demanda Egwene.

Sans répondre, le Champion partit soudain au pas de course. Mécontente, Egwene le suivit du regard. Il restait trop impulsif. Quelle mouche l’avait donc piqué ? Sa réaction n’avait rien d’alarmant, elle le sentait à travers le lien. En revanche, il était… désorienté.

Avec toute la célérité que lui autorisait le protocole, Egwene le suivit de loin.

Quand elle le rejoignit, elle le trouva agenouillé devant quelqu’un. Une femme d’âge mûr aux cheveux blond tirant sur le roux. L’inconnue se tenait à côté d’Elayne, toujours perchée sur son cheval et rayonnante comme jamais.

Eh bien, on dirait que c’est vrai…

Egwene avait eu vent de cette rumeur la nuit précédente, attendant confirmation avant d’en parler à Gawyn.

Morgase Trakand était toujours vivante.

Pour l’instant, Egwene décida de rester à l’écart. Si elle approchait, Elayne devrait embrasser sa bague au serpent, et toute la colonne serait tenue de se prosterner. De quoi gâcher la joie de Gawyn.

Alors qu’elle attendait, les nuages commencèrent à s’effilocher. Soudain, ils se déchirèrent, le fer de lance noir de la tempête reculant pour céder la place à un ciel bleu limpide. Les yeux ronds, Elayne se tourna sur sa selle – en direction du camp de Perrin.

Il est donc là, pensa Egwene. Aussitôt, le ciel est redevenu serein. Le calme qui précède la tempête qui détruira tout…

— À toi d’essayer, Emarin, dit Androl.

Avec un petit groupe, il se tenait dans un bosquet, près de la lisière du complexe de la Tour Noire.

Le noble se connecta à la Source et se concentra. Aussitôt, des flux apparurent autour de lui. Pour quelqu’un de si peu entraîné, il était très doué. Pour preuve, il tissa sans peine les flux requis pour ouvrir un portail.

Au lieu de générer un passage, les flux se détissèrent et disparurent. Le front lustré de sueur, Emarin se tourna vers ses compagnons.

— Canaliser ces flux m’a paru plus difficile que d’habitude, confia-t-il.

— Pourquoi ne fonctionnent-ils pas ? demanda Evin.

Le jeune homme avait rougi de colère – comme si le problème avec les portails était une insulte personnelle.

Les bras croisés, Androl secoua la tête. Secoués par le vent, les arbres bruissaient et des feuilles se détachaient de leurs branches. Mordorées, comme si on était en automne… Ce phénomène agaçait Androl. Durant ses voyages il avait passé un certain temps à travailler la terre. De cette expérience, il avait retiré le sens du « bien » et du « mal » très particulier d’un fermier, quand il s’agissait des cycles du climat.

— Essaie aussi, Androl, dit Evin. Avec les portails, tu es le meilleur.

Androl regarda ses trois compagnons – Canler complétant le trio. Ce fermier andorien vieillissant plissait pensivement le front. Mais chez lui, c’était trop fréquent pour avoir un sens précis.

Androl ferma les yeux, se vida de toutes ses émotions et se projeta dans le vide, là où le saidin brillait, symbole de vie et de pouvoir. Il s’y connecta et s’enivra de ce qu’il y puisa.

Rouvrant les yeux, il découvrit un monde plus… vif et vibrant. Des végétaux morts pouvaient-ils avoir l’air maladif et « vibrant » en même temps ? Non, sauf quand le saidin rendait possible l’impossible.

Androl se concentra. Pour lui, ouvrir des portails était plus facile que n’importe quel autre tissage. Pourquoi ? Il aurait été bien incapable de le dire. Pas fichu de briser le plus petit rocher avec le Pouvoir, il réussissait sans peine à tisser un portail assez grand pour laisser passer un chariot. Pour Logain, c’était très impressionnant. Taim, lui, qualifiait la chose d’impossible.

Cette fois, Androl infusa dans son tissage tout le Pouvoir qu’il avait puisé dans la Source. Les portails, il comprenait comment ils fonctionnaient. C’était logique. Parfois, il se demandait si ça n’avait pas un lien avec son amour du voyage – cette passion de découvrir de nouveaux endroits et des arts inconnus.

Les tissages lui obéirent sans qu’il remarque les difficultés dont Emarin avait parlé. Cependant, rien ne se passa et les flux se détissèrent lamentablement. Androl tenta de les en empêcher. Un moment, il crut pouvoir les retenir. Mais ils lui glissèrent entre les doigts et disparurent – sans jamais avoir ouvert de portail.

— Tous les autres tissages que j’ai essayés ont bien répondu, dit Evin. (Pour le prouver, il généra un globe lumineux.) Tous sans exception.

— Donc, seuls les portails sont défaillants, marmonna Canler.

— C’est comme…, hésita Emarin. Eh bien, comme si quelque chose voulait nous retenir à l’intérieur de la Tour Noire.

— Vous devez tenter l’expérience à d’autres endroits, dit Androl. Mais sans que les fidèles du M’Hael vous voient faire. Il faudra dire que vous patrouillez, comme Taim l’a ordonné.

Les trois hommes acquiescèrent et se dirigèrent vers l’est du complexe. Androl sortit du bosquet et constata que Norley l’attendait au bord de la route. Le petit Cairhienien à la taille fine le salua de la main et approcha.

Androl l’accueillit aimablement. Norley lui répondit avec un de ses sourires francs et engageants. Nul ne l’aurait jamais soupçonné d’être capable d’espionner quelqu’un. Une illusion dont Androl avait tiré parti.

— Tu as parlé avec Mezar ? demanda-t-il.

— Bien sûr, répondit Norley. J’ai même déjeuné avec lui.

En passant, Norley salua Mishraile, qui supervisait l’entraînement d’un groupe de Soldats. L’Asha’man blond détourna la tête, dédaigneux.

— Et alors ? demanda Androl, très tendu.

— Ce n’est pas vraiment Mezar, annonça Norley. C’est son visage, certes, mais ce n’est pas lui. Je l’ai vu dans ses yeux. L’ennui, c’est que l’imposteur possède les souvenirs de Mezar et parle comme lui. Mais le sourire, ce n’est pas ça. Pas ça du tout.

— Ça ne peut être que lui, Norley !

— Et pourtant, ce n’est pas lui, je t’en donne ma parole.

— Mais…

— Ce n’est pas lui, un point c’est tout !

Androl inspira à fond. Quand Mezar était revenu, quelques jours plus tôt, annonçant que Logain allait bien et que tout serait très vite arrangé avec Taim, Androl avait espéré qu’il serait enfin possible de sortir de cette mouise. Mais quelque chose chez Mezar lui avait semblé ne pas sonner juste.