Выбрать главу

— Par la Lumière ! s’écria Perrin. C’était un choix, pas vrai ? Tu as opté intentionnellement pour le loup.

Sans Frontières ferma les yeux.

— J’ai toujours pensé que ça risquait de m’arriver, si je ne faisais pas attention…

Le loup, c’est la paix…

— Oui, dit Perrin en posant une main sur la tête de l’animal. Je comprends.

Voilà l’équilibre qu’avait trouvé Sans Frontières, différent de celui d’Elyas. Et de celui de Perrin. Oui, il comprenait. Ça ne signifiait pas que ses pertes de contrôle n’étaient pas dangereuses, mais c’était la dernière pièce du casse-tête dont il avait besoin pour tout saisir. La dernière pièce manquante de lui-même…

Merci, émit-il.

Une image de Jeune Taureau le loup et de Perrin l’homme s’imposa à lui. Campés l’un à côté de l’autre au sommet d’une colline, ils avaient la même odeur.

Cette image, il l’envoya au monde avec toute la puissance dont il disposait. À Sans Frontières, à tous les loups présents et à tous les êtres qui voudraient bien la regarder.

Merci.

— Dovie’andi se tovya sagain, dit Olver en lançant les dés.

Ils roulèrent sur le tapis en toile de la tente. Quand ils se furent immobilisés, le gamin eut un grand sourire. Que des points noirs, pas de triangle ni de ligne ondulée. Un coup très chanceux.

Olver déplaça sa pièce sur le tapis de jeu en tissu que lui avait fabriqué son père. Serpents et renard, sa passion ! Pourtant, voir ce tapis de jeu lui serrait toujours le cœur. Le souvenir de son père, bien entendu… Mais ses lèvres ne tremblaient pas et il n’en parlait à personne. Les guerriers ne pleuraient pas. Un jour, cependant, il trouverait le meurtrier de son père – un maudit Shaido. Alors, l’heure de sa vengeance sonnerait.

C’était ainsi qu’agissait un homme, quand il était un guerrier. Et lorsqu’il en aurait fini avec son Ultime Bataille, Mat l’aiderait sûrement. Il lui devrait bien ça, après le temps qu’il avait passé à délivrer ses messages. Sans parler des informations sur les serpents et les renards qu’il lui avait fournies.

En face du gamin, Talmanes avait pris place sur une chaise. Stoïque, il lisait un livre sans prêter vraiment attention à la partie. À côté de Noal ou de Thom, c’était un joueur médiocre. Mais il n’était pas là pour ça. Son rôle se bornait à veiller sur Olver.

Mat était parti pour la tour de Ghenjei sans l’emmener, et en espérant qu’il ne s’en apercevrait pas. Mais Olver n’était pas un crétin, et on ne la lui faisait pas si facilement.

Était-il furieux ? Pas vraiment… Noal était un bon choix de compagnon, et si l’expédition devait se limiter à trois personnes… Eh bien, au combat, Noal serait meilleur que lui, ça ne faisait aucun doute. Alors, c’était normal qu’il y soit allé.

Mais la prochaine fois, Olver choisirait. Mat aurait intérêt à filer doux, sinon, ce serait lui qui resterait en arrière.

— À toi de jouer, Talmanes.

Le militaire marmonna quelque chose et lança les dés sans lever les yeux de son livre.

Un brave type, vraiment, même s’il était un peu rigide. En vue d’une nuit de beuverie et de séduction de serveuses, Olver ne l’aurait pas choisi pour compagnon. Mais il avait encore le temps, car il n’était pas en âge de boire et de lutiner les serveuses. Pour ça, il devrait attendre encore un an, ou quelque chose comme ça…

Olver déplaça les serpents et les renards, puis il ramassa les dés. Il avait tout prévu…

Dans le monde, il y avait un tas de Shaido. Pour trouver celui qui avait tué ses parents, il devrait y consacrer plusieurs vies. Sauf si les Aelfinn répondaient à ses questions. Il le savait, parce qu’il avait entendu Mat en parler.

Une fois les réponses obtenues, il traquerait le meurtrier. C’était aussi simple que de monter un canasson. Avant, il devrait simplement s’entraîner avec les Bras Rouges, histoire de savoir se battre assez bien pour pouvoir régler son compte au Shaido.

Il lança les dés et obtint un nouveau score maximal. Souriant, il déplaça sa pièce vers le centre du plateau de jeu. Perdu dans ses pensées, il imaginait le jour où il tiendrait sa revanche, comme il convenait que ça arrive.

Poussant sa pièce d’une ligne sur une autre, il se pétrifia.

Elle était précisément au centre du tapis de jeu.

— J’ai gagné ! s’exclama Olver.

Sa pipe au bec, Talmanes daigna lever les yeux de son livre. Tête inclinée, il étudia la partie en cours.

— Que la Lumière me brûle ! marmonna-t-il. On a dû se tromper dans le compte ou…

— Se tromper dans le compte ?

— Je veux dire… Eh bien… On ne peut pas gagner à ce jeu. C’est tout simplement impossible.

Quelle idiotie ! Pourquoi Olver aurait-il joué, s’il ne pouvait pas gagner ?

Il sourit et regarda la position finale. Les serpents et les renards étaient à un lancer de dés d’atteindre sa pièce et de le vaincre. Mais cette fois, il était allé jusqu’au cercle extérieur puis en était revenu. En d’autres termes, il avait gagné !

Une bonne chose, ça… Il commençait à croire que ça n’arriverait jamais.

Olver se leva et se dégourdit les jambes. Talmanes abandonna sa chaise, s’agenouilla près du tapis de jeu et se gratta la tête tandis que de la fumée montait du fourneau de sa pipe.

— J’espère que Mat reviendra bientôt, dit Olver.

— Je suis sûr qu’il sera vite là. Sa mission pour la reine ne devrait pas durer longtemps.

C’était ça, le mensonge qu’ils avaient voulu faire gober à Olver. Mat, Thom et Noal étaient partis en mission secrète pour la reine d’Andor. Eh bien, c’était aussi pour cette raison que Mat devrait lui revaloir ça. Par moments, il était si barbant ! On eût dit qu’Olver, à ses yeux, était incapable de prendre soin de lui-même.

Secouant la tête, le gamin fila vers le côté de la tente, où une pile de documents attendait Mat. En les feuilletant, il remarqua quelque chose d’intéressant. Entre deux feuilles, une sorte de lettre scellée à la cire rouge. Toute froissée, comme si Mat l’avait depuis très longtemps.

Olver la prit et la fit tourner entre ses doigts. Oui, il avait vu Mat triturer cette missive. Mais pourquoi ne l’avait-il pas ouverte ? C’était très impoli, non ?

Setalle travaillait dur pour inculquer les bonnes manières à Olver. La plupart des choses qu’elle disait n’ayant aucun sens, il acquiesçait à tout – tant qu’elle le laissait lui faire un câlin, le reste ne comptait pas. Cela dit, il aurait juré qu’ouvrir les lettres des autres et y répondre était un des fondamentaux de la politesse.

Étudiant encore un peu la lettre, il haussa les épaules et finit par briser le sceau. Officiellement et officieusement, il était le messager personnel de Mat. Débordé, le jeune flambeur oubliait parfois des choses, et c’était à Olver de se substituer à lui.

Depuis la mort de Lopin, Mat avait encore plus besoin qu’on veille sur lui. C’était en partie pour ça qu’Olver restait avec la Compagnie. Sans lui, il se demandait bien ce que Mat aurait fait…

Il déplia la lettre et plissa le front, essayant de la déchiffrer. En lecture, il devenait rudement bon, pour l’essentiel grâce à Setalle. Mais certains mots lui donnaient encore du fil à retordre.

— Talmanes, dit-il, je crois que tu devrais lire ça.

— Quoi donc ? Eh, Olver, qu’est-ce qui t’a pris ? Cette lettre, on n’est pas censés l’ouvrir.

Talmanes se leva, avança et arracha la missive à Olver.

— Mais…

— Le seigneur Mat ne l’a pas ouverte, parce que ça nous aurait englués dans les intrigues et la politique de la Tour Blanche. Du coup, il attend ici depuis des semaines. Regarde ce que tu as fait ! Je me demande si on peut arranger le coup…