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Soudain, quelqu’un sortit de la tente. Un grand type vêtu de blanc aux traits fins et aux courts cheveux noirs. Le genre de mâle que la plupart des femmes auraient qualifié de « beau ». Son odeur était meilleure que celle des autres Fils, qui évoquait parfois la puanteur d’une bête enragée. Leur chef était calme et sain, semblait-il.

Perrin regarda ses compagnons.

— Je n’aime pas ça, Perrin Aybara, dit Edarra en regardant à droite et à gauche. Chez ces Fils, je sens quelque chose de malsain.

Tam désigna un bosquet.

— À travers ces arbres, des archers pourraient nous cribler de flèches.

— Grady, tu es connecté à la Source ?

— Bien entendu.

— Tiens-toi prêt, juste au cas où.

Perrin avança vers les Capes Blanches. Mains dans le dos, leur chef l’étudia attentivement.

— Des yeux jaunes, dit-il. C’était donc vrai.

— Tu es le seigneur général ?

— En personne.

— Que demandes-tu pour relâcher mes gens ?

— Selon mes hommes, ils ont fait un échange comparable avec toi, et tu les as trompés.

— Ils avaient enlevé des innocents, se défendit Perrin. Et ils demandaient ma vie en échange. Alors, j’ai repris mes amis par la force. Ne me pousse pas à faire la même chose ici.

Le seigneur général fronça les sourcils, l’air pensif.

— Je ferai ce qui est juste, Yeux-Jaunes. Le coût n’a aucune importance. Toujours selon mes hommes, tu as tué plusieurs Fils, il n’y a pas si longtemps. Ces crimes sont restés impunis. Depuis, tu as lancé des Trollocs à l’assaut de villages.

— Tes hommes ne sont pas très fiables. Je veux des pourparlers plus protocolaires, où on s’assied pour négocier. Pas une improvisation pareille.

— Je doute qu’il y en ait besoin, répondit le Fils. Je ne suis pas venu négocier. Je voulais te voir de mes yeux, c’est tout. Tu veux libérer tes amis ? Rencontre mon armée sur le champ de bataille. Si tu le fais, je relâcherai tes gens, quelle que soit l’issue du combat. À l’évidence, ce ne sont pas des soldats. Donc, je les laisserai partir.

— Et si je refuse ?

— Je ne donnerai pas cher de leur santé.

Perrin serra les dents.

— Tes forces combattront les miennes avec la Lumière pour témoin, dit le seigneur général. Voilà nos conditions.

Perrin jeta un coup d’œil sur sa droite. Grady croisa son regard et comprit la question muette. Oui, sans difficulté, il pouvait capturer le chef des Capes Blanches.

Pour Perrin, la tentation fut forte. Mais il était là sous la protection de l’ennemi, et il ne violerait pas cette trêve. En conséquence, il se détourna et reprit le chemin du camp avec ses compagnons.

Galad suivit Aybara du regard. Avec ses yeux jaunes, ce type était vraiment perturbant. S’agissait-il d’une Créature des Ténèbres – voire de l’engeance du Démon –, et non d’un Suppôt, comme le prétendait Byar ? C’était grotesque, certes, mais quand on avait sondé ces yeux, pas moyen d’écarter la possibilité.

Près de son chef, Bornhald relâcha sa respiration.

— Je ne peux toujours pas croire que tu aies voulu faire ça. Et s’il avait amené des Aes Sedai ? Contre le Pouvoir de l’Unique, nous aurions été impuissants.

— Ces gens ne m’auraient pas fait de mal, assura Galad. De plus, si Aybara pouvait me faire assassiner ici avec le Pouvoir, il en serait aussi capable dans notre camp. Mais s’il est comme Byar et toi le décrivez, il se soucie beaucoup de son image. Par exemple, il n’a pas lancé directement des Trollocs sur Deux-Rivières. Au contraire, il a fait semblant de défendre le territoire.

Un type pareil agissait toujours avec subtilité. Galad n’avait jamais été en danger.

Il voulait voir Aybara, et il se félicitait de l’avoir fait. Ces yeux… à eux seuls, ils étaient quasiment une condamnation. De plus, à la mention des Fils assassinés, Aybara s’était raidi. À la liste de ses crimes s’ajoutaient une alliance probable avec les Seanchaniens et une collusion avec des hommes capables de canaliser.

Oui, Aybara avait tout d’un type dangereux. Galad n’était pas chaud pour engager ses forces ici, mais la Lumière avait mis Aybara sur son chemin, et il ne pouvait plus reculer. D’ailleurs, mieux valait gagner ici qu’attendre l’Ultime Bataille et trouver Yeux-Jaunes dans le camp d’en face.

En une seconde, la décision fut prise. La bonne décision.

Ils allaient se battre.

— On rentre au camp, dit Galad à ses hommes.

11

Une lettre inattendue

— Ils ne croient pas sérieusement que je vais signer ça ! s’écria Elayne en jetant sur le sol la liasse de feuilles.

— Il est peu probable qu’ils l’espèrent, oui, confirma Dyelin.

Ses cheveux blonds impeccables, son expression sereine, la posture de son corps mince très digne, cette femme était parfaite. Comment pouvait-elle rayonner ainsi alors qu’Elayne avait l’impression d’être une truie qu’on engraissait en vue de l’abattoir ?

Dans le salon de la reine, la cheminée produisait une agréable chaleur. Sur un des buffets, le long d’un mur, du vin attendait dans une carafe, mais bien entendu, Elayne n’y avait pas droit. Que quelqu’un vienne lui proposer du lait de chèvre, pour voir ?

Adossée au mur du fond, sa natte blonde tombant sur son épaule droite, Birgitte aussi en jetait dans sa veste rouge à col blanc et son pantalon bleu ciel. Décidant de se verser une tasse d’infusion, elle sourit devant l’agacement d’Elayne. À travers le lien, la jeune reine le sentit parfaitement.

Les trois femmes étaient seules dans la pièce. Après avoir accepté la proposition des mains du messager d’Ellorien, elle s’était retirée dans son salon pour « l’étudier à tête reposée ». Eh bien, c’était fait. Un tas de bouse, voilà ce qu’on lui proposait.

— C’est une insulte, dit-elle en désignant les feuilles.

— Elayne, demanda Dyelin, un sourcil arqué, tu as l’intention de les garder en prison pour toujours ? Ils ne peuvent pas payer une rançon, pas après les sommes engagées pour financer leur guerre de Succession. Tu dois prendre une décision.

— Qu’ils moisissent dans leurs cellules ! (Elayne croisa les bras.) Ces gens ont levé des armées et assiégé Caemlyn.

— Exact, fit Dyelin. J’étais là, si ma mémoire est bonne…

Elayne jura entre ses dents, puis elle se leva et fit les cent pas. Birgitte la regarda d’un sale œil. En effet, Melfane avait « suggéré » que la reine ne se surmène pas.

Elayne soutint le regard de sa Championne, puis elle continua à marcher. Que la Lumière la brûle ! Et qu’elle carbonise cette fichue sage-femme. Marcher, ce n’était pas se surmener.

Ellorien était un des derniers obstacles au règne de la nouvelle reine. Le plus ennuyeux, cela dit, à part peut-être Jarid Sarand.

Ces derniers mois avaient marqué le début d’une longue série d’épreuves pour Elayne. Comment résisterait-elle à la pression ? Quand était-elle susceptible de céder ? À quel point avait-elle hérité des faiblesses de sa mère ?

Ces gens auraient dû savoir qu’elle ne serait pas facile à intimider. Mais la vérité, hélas, c’était qu’elle se tenait tout en haut d’une pile de tasses en équilibre précaire. Chacun de ces récipients représentait une maison andorienne. Certaines l’avaient soutenue de bon cœur, d’autres avec des arrière-pensées, et d’autres encore de mauvaise grâce. Très peu se révélaient aussi solides qu’elle l’aurait voulu.

— Les nobles prisonniers sont une… ressource, dit Elayne. Ils doivent être considérés ainsi.