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En soupirant, Mat défit la lanière, sur sa nuque, puis sortit de sous sa chemise son précieux médaillon. Dès qu’il l’eut retiré, il se sentit nu comme un ver. Pourtant, il le posa sur le guéridon.

Elayne observa le bijou, les yeux brillant d’avidité.

— Que fais-tu là ?

— C’est un pot-de-vin… Tu l’auras pendant un jour si tu acceptes dès aujourd’hui de mettre en production un prototype de dragon. Je me fiche de ce que tu feras du médaillon. Étudie-le, écris un traité dessus ou porte-le. Mais tu dois jurer de me le rendre demain.

Birgitte émit un long sifflement. Elayne rêvait de mettre la main sur le médaillon depuis qu’elle savait que Mat le portait. Comme toutes les fichues Aes Sedai qu’il avait croisées, il fallait bien le dire.

— J’engagerai la Compagnie pour un minimum d’une année, dit Elayne. Renouvelable par tacite reconduction. Et nous te paierons ce que tu touchais au Murandy.

Comment était-elle au courant de ça ?

— Tu pourras résilier en respectant un mois de préavis. Mais je garderai quatre dragons sur cinq. Et tous les hommes qui souhaiteront intégrer l’armée andorienne devront en avoir la possibilité.

— Je veux un dragon sur quatre, dit Mat. Et un nouveau valet d’intendance.

— Un quoi ?

— Un valet d’intendance. Tu sais, pour s’occuper de mes vêtements et de tout le reste. Tu le choisiras bien mieux que moi.

Elayne étudia la veste de Mat et ses cheveux.

— Tu en auras un, quelle que soit l’issue de nos négociations.

— Un dragon sur quatre ?

— Si je garde le médaillon trois jours.

Mat frissonna. Trois jours, avec le gholam en ville ? Elle voulait sa peau, ou quoi ? Un jour, c’était déjà un pari très risqué. Mais que pouvait-il proposer d’autre ?

— Qu’espères-tu faire avec ce truc ?

— Le copier, Mat. Si j’ai de la chance…

— Sans blague ?

— Je ne le saurai pas avant de l’avoir étudié.

Une image terrifiante passa dans l’esprit de Mat. Toutes les Aes Sedai du monde arborant une copie de son médaillon. Du regard, il consulta Thom, qui semblait aussi surpris que lui par le tour que prenaient les choses.

Mais quelle importance, au fond ? Mat était incapable de canaliser le Pouvoir. Avant ce jour, il avait craint qu’Elayne, si elle étudiait le médaillon, découvre un moyen de l’atteindre avec le saidar lorsqu’il le portait. Mais si elle voulait seulement le copier. Eh bien, il en était soulagé… et intrigué.

— Je dois quand même mentionner quelque chose, dit-il. Le gholam est en ville, et il tue des gens.

Elayne ne broncha pas, mais à sa façon de parler, de plus en plus régalienne, on voyait bien que cette nouvelle la perturbait.

— Dans ce cas, je m’assurerai de te restituer le médaillon en temps et en heure.

— Marché conclu, fit Mat à contrecœur. Trois jours.

— Très bien. Le contrat avec la Compagnie commence à la minute même où nous parlons. Bientôt, j’irai à Cairhien via un portail. En matière de soutien, je suppute que la Compagnie sera supérieure aux Gardes de la Reine.

Donc, c’était ça, le vrai sujet ! Elayne partait à la conquête du Trône du Soleil. Eh bien, pour les Bras Rouges, ce serait une belle mission, du moins jusqu’à ce que Mat ait besoin d’eux. Ça valait mieux que les laisser s’engraisser à ne rien faire ou se bagarrer avec des mercenaires.

— Je suis d’accord avec tout ça, annonça Mat. Mais il y a deux conditions, Elayne. La Compagnie devra être libre de participer à l’Ultime Bataille selon les desiderata de Rand. Et Aludra supervisera les dragons. Si la Compagnie finit par quitter Andor, j’ai l’intuition que notre Illuminatrice voudra rester avec toi.

— Je n’ai aucune objection sur ces deux points.

— C’est ce que je me disais… Mais soyons clairs : jusqu’à son départ, la Compagnie contrôlera les dragons. Et tu ne pourras pas vendre la technologie à des tiers.

— Quelqu’un les copiera tôt ou tard, Mat.

— Des copies ne seront pas aussi performantes que les armes d’Aludra. Je te le garantis !

Elayne dévisagea le jeune flambeur, ses yeux bleus l’évaluant et le jugeant.

— Je préférerais quand même que la Compagnie soit accréditée comme une force officielle du royaume d’Andor.

— Moi, je préférerais avoir un chapeau en or, une tente volante et un cheval qui lâche des bouses en diamant. Mais nous devons tous les deux faire avec ce qui est raisonnable, pas vrai ?

— Il ne serait pas déraisonnable que…

— Nous serions obligés de t’obéir, Elayne, et je refuse. Certaines batailles ne méritent pas qu’on y participe. J’entends décider quand mes hommes doivent ou non risquer leur vie. Point final.

— Je n’aime pas avoir des combattants qui peuvent me quitter n’importe quand.

— Tu sais que je ne les influencerai pas pour le simple plaisir de t’embêter. Je ferai ce qui sera juste quand la question se posera.

— Ce que tu estimeras juste, corrigea Elayne.

— Tout homme devrait avoir la possibilité de se retirer.

— Et bien peu s’en servent à bon escient.

— Quoi qu’il en soit, nous exigeons de l’avoir !

Elayne jeta un coup d’œil discret aux plans et au médaillon posés sur le guéridon.

— Accordé, dit-elle enfin.

— Marché conclu, fit Mat.

Il se leva, cracha dans sa paume et la tendit à Elayne. Un peu hésitante, elle finit par l’imiter, et ils échangèrent une poignée de main.

— Sais-tu que je pourrais te demander de prendre les armes contre Deux-Rivières ? Est-ce pour ça que tu exiges ce droit de retrait ?

Contre Deux-Rivières ? Au nom de la Lumière, pourquoi Elayne voudrait-elle faire ça ?

— Tu n’as pas besoin de combattre mes amis…

— Nous verrons ce que Perrin m’obligera à faire. Mais nous en parlerons plus tard.

Elayne regarda Thom, puis elle glissa une main sous le guéridon et en tira une feuille entourée d’un ruban.

— J’adorerais en savoir plus sur votre voyage, après votre fuite d’Ebou Dar. Voulez-vous dîner avec moi ce soir ?

— Nous en serions ravis, fit le trouvère en se levant. Pas, vrai Mat ?

— J’imagine, oui, à condition que Talmanes vienne aussi. Si je ne te le présente pas, Elayne, il m’arrachera les yeux. Invité à dîner, il dansera de joie jusqu’à l’heure du repas.

Elayne eut un rire cristallin.

— Si ça peut te faire plaisir… Des servantes vous montreront des chambres où vous reposer jusqu’à notre rendez-vous. (Elle tendit la feuille enroulée à Thom.) Si tu es d’accord, ce décret sera proclamé demain.

— De quoi s’agit-il ? demanda le trouvère, méfiant.

— La cour d’Andor a terriblement besoin d’un barde. J’ai pensé que ça t’intéresserait.

Thom hésita un peu.

— C’est un honneur, mais je ne peux pas accepter. Dans les temps à venir, j’ai… eh bien, une mission à accomplir, et je ne peux pas être coincé à la cour.

— Pourquoi, coincé ? Tu seras libre d’aller et venir à ta guise. Mais quand tu séjournes à Caemlyn, je veux qu’on sache qui est Thom Merrilin.

— Je… (Le trouvère prit le document.) Elayne, je vais y réfléchir.

— Très bien… Pour l’heure, j’ai un rendez-vous avec ma sage-femme, mais je vous verrai au dîner. Et j’aurai une question à poser. Dans sa lettre, Mat se présente comme « un homme marié ». Je veux tout savoir à ce sujet. Sans rien édulcorer. (Elle regarda Mat et sourit.) Édulcorer, ça veut dire « cacher des choses ». Au cas où tu ne le saurais pas.