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Saerin de l’Ajah Marron, Yukiri du Gris, Barasine du Rouge, Lelaine du Bleu, Seaine du Blanc et Rubinde du Vert. Point très important, Romanda, du Jaune, avait insisté pour être présente. Et jusque-là, elle ne s’était jamais montrée tendre avec Nynaeve.

Egwene était là aussi. Huit sœurs au lieu de sept – et la Chaire d’Amyrlin, en plus de ça ! Quand Nynaeve chercha son regard, Egwene l’encouragea d’un hochement de tête. À l’inverse de l’épreuve qu’on passait pour devenir une Acceptée, entièrement conduite par le ter’angreal, celle que subirait Nynaeve exigeait que les sœurs s’impliquent activement pour la forcer à montrer sa valeur. Dans le lot, Egwene serait la plus exigeante. Histoire de prouver qu’elle avait bien fait de la nommer.

— Nynaeve al’Meara, tu es entrée ici dans l’ignorance. Comment en sortiras-tu ?

— Avec la connaissance de moi-même, répondit Nynaeve.

— Et pourquoi as-tu été convoquée ici ?

— Pour être mise à l’épreuve.

— Et pourquoi veut-on te mettre à l’épreuve ?…

— Pour que je prouve ma valeur.

Plusieurs sœurs froncèrent les sourcils, y compris Egwene. Ce n’était pas la réponse rituelle. Normalement, Nynaeve aurait dû dire : « Afin que je sache si je suis digne… » Mais, étant déjà une Aes Sedai, elle était par définition digne d’en être une. Son défi, c’était de le démontrer aux autres.

Rosil hésita, mais elle continua en improvisant :

— Prouver ta valeur dans quel but ?

— Avoir le droit de porter le châle qu’on m’a remis.

Il n’y avait pas une once d’arrogance dans ces propos. Là encore, Nynaeve se contentait d’énoncer une vérité – telle qu’elle la voyait, en tout cas. Egwene l’ayant nommée, elle portait déjà le châle. Pourquoi aurait-elle prétendu le contraire ?

L’épreuve devant se dérouler dans une parfaite nudité, Nynaeve commença à retirer ses vêtements. À partir de là, elle serait vêtue d’un manteau de Lumière.

— À présent, écoute mes instructions, dit Rosil. (Elle canalisa le Pouvoir et fit se matérialiser dans les airs une étoile à six branches qui se consuma en une fraction de seconde.) Durant l’épreuve, tu verras ce signe apparaître sur le sol et ailleurs…

Saerin s’unit à la Source et canalisa un flux d’Esprit. Non sans peine, Nynaeve réussit à s’empêcher de se connecter elle aussi au Pouvoir.

Encore un peu de patience, et plus personne ne doutera de moi.

Saerin dirigea son flux d’Esprit sur Nynaeve.

— Souviens-toi de ce dont tu dois te souvenir…, murmura-t-elle.

Ce tissage avait un lien avec la mémoire, comprit Nynaeve. Mais dans quel objectif ? Soudain, l’étoile à six branches apparut sur le sol.

— Lorsque tu verras ce signe, tu te dirigeras immédiatement vers lui d’un pas régulier – sans courir ni traîner les pieds. Lorsque tu l’auras atteint, tu pourras entrer en contact avec la Source Authentique. Le tissage requis devra être réalisé immédiatement et il ne faudra pas t’éloigner du signe avant d’en avoir terminé.

— Souviens-toi de ce dont tu dois te souvenir…, répéta Saerin.

— Quand le tissage sera achevé, dit Rosil, tu verras de nouveau le signe, qui te montrera le chemin à suivre. Toujours d’un pas régulier et sans hésitation…

— Souviens-toi de ce dont tu dois te souvenir.

— Tu réaliseras cent tissages dans l’ordre qui t’a été indiqué et en conservant ton calme.

— Souviens-toi de ce dont tu dois te souvenir, souffla Saerin pour la dernière fois.

Nynaeve sentit le tissage d’Esprit se déverser en elle, un peu comme des flux de guérison. Tandis qu’elle finissait de se déshabiller, les autres sœurs, sauf Rosil, s’agenouillèrent autour du ter’angreal et générèrent des tissages complexes avec les Cinq Pouvoirs. L’anneau brilla beaucoup plus fort, et le jeu de couleurs s’intensifia.

Rosil se racla la gorge. Rouge comme une pivoine, Nynaeve lui tendit ses vêtements, puis elle retira sa bague au serpent, la posa sur les habits et ajouta la chevalière de Lan – qu’elle portait d’habitude autour du cou.

Rosil s’empara des vêtements. Concentrées sur leurs tâches, les autres sœurs ne devaient plus avoir conscience de rien d’autre. Une lumière blanche apparut au centre du ter’angreal, qui commença à tourner lentement sur lui-même.

Nynaeve prit une profonde inspiration et avança. S’immobilisant une fraction de seconde devant le ter’angreal, elle le traversa et…

… Mais où était-elle ? Nynaeve fronça les sourcils. Cet endroit ne ressemblait pas à Champ d’Emond. Alors que les vagues venaient lécher une plage de sable, sur sa gauche, un village de huttes s’étendait le long d’une pente rocheuse, sur sa droite. Dans le lointain, une imposante montagne dominait le paysage.

Une sorte d’île, en déduisit Nynaeve. L’air était humide et la brise se révélait des plus bienveillantes. Entre les huttes, des gens allaient et venaient, se saluant amicalement les uns les autres. Quelques-uns s’immobilisèrent pour étudier la jeune femme. Alors, elle prit conscience qu’elle était nue et rougit jusqu’à la racine des cheveux. Qui lui avait volé ses vêtements ? Si le ou la coupable lui tombait sous la badine, il ou elle risquerait d’avoir du mal à s’asseoir pendant des semaines.

Une robe pendait sur une corde à linge. Se forçant à rester calme, Nynaeve en approcha et la décrocha. Plus tard, elle trouverait sa propriétaire et la dédommagerait. En attendant, elle l’enfila.

Soudain, le sol trembla sous ses pieds. Les vagues jusque-là paisibles commencèrent à s’écraser sur la plage. Surprise, Nynaeve se retint à un des poteaux où était nouée la corde à linge. Dans le lointain, de la fumée et des cendres jaillirent du sommet tronqué de la montagne.

Nynaeve serra plus fort son poteau quand la pente rocheuse se fractura, des rochers la dévalant. Terrorisés, des villageois hurlèrent.

L’ancienne Sage-Dame devait faire quelque chose !

Elle regarda autour d’elle et vit que l’étoile à six branches s’était gravée toute seule dans le sol rocheux. Elle aurait voulu courir vers le signe, mais elle devait marcher à pas lents et prudents.

Garder son calme lui coûta un effort surhumain. À chaque enjambée, son cœur battait un peu plus fort. Par la Lumière ! Elle allait se faire écrabouiller !

De fait, elle atteignit le signe au moment où une pluie de pierres et de rochers s’abattait, écrasant des huttes.

Dominant sa peur, elle généra en un clin d’œil la réponse requise – un tissage d’Air qui forma aussitôt un mur protecteur. À partir de là, les rochers rebondirent contre cette défense, ne risquant plus de la toucher.

Mais il devait y avoir des blessés partout… Quand elle se détourna de l’étoile, décidée à aider les villageois, elle vit le même signe, tissé avec des roseaux, accroché à la porte d’une hutte, non loin de là.

Nynaeve hésita. Elle ne pouvait pas échouer ! Lentement, elle approcha de la hutte, poussa la porte et entra.

Aussitôt, elle se pétrifia. Que faisait-elle dans une grotte obscure et froide ? Et pourquoi portait-elle une robe dont le tissu grossier l’irritait abominablement ?

Elle avait réalisé le premier de ses cent tissages. Ça, elle le savait, mais tout le reste lui échappait. Perplexe, elle avança dans la grotte à la faveur de la chiche lumière qui sourdait de quelques fissures. Puis, loin devant, elle distingua une lueur bien plus vive. La sortie !

Une fois dehors, elle constata qu’elle était au milieu du désert des Aiels. Pour se protéger les yeux du soleil étincelant, elle mit une main en visière.