Выбрать главу

— Navré, répliqua le drone.

— Mmm… Pas grave. (Sma leva une main et l’agita au niveau du rayon de chevet qui contrôlait l’éclairage de la cabine. La lumière baissa. Nouveau bâillement.) Je crois que je vais faire un petit somme. Tu m’enlèves mes bottes ?

D’un mouvement rapide mais plein de précaution, le drone s’exécuta, puis ramassa la veste de Sma et la suspendit dans une spacieuse penderie. Il y entassa ensuite les bagages et, tandis que Sma se retournait dans son lit-champ en battant des paupières, il se coula hors de la pièce.

Une fois la porte refermée, il resta suspendu en l’air à contempler son reflet dans le bois ciré, à l’autre bout de la coursive.

— Ouf ! dit-il. Je l’ai échappé belle !

Puis il alla se promener.

Sma avait embarqué sur le Xénophobe juste après le petit déjeuner, heure du vaisseau. Lorsqu’elle se réveilla, c’était le début de l’après-midi. Elle achevait sa toilette, pendant que le drone triait ses vêtements par type et par couleur avant de les suspendre ou de les plier dans le placard, quand on sonna à sa porte. Sma sortit du coin-salle de bains en short, la bouche pleine de dentifrice. Elle essaya bien d’articuler « Ouverture ! », mais le dentifrice empêchait manifestement les contrôles d’identifier le mot. Aussi se dirigea-t-elle vers la porte et pressa-t-elle elle-même le bouton ouverture-porte.

Ses yeux s’écarquillèrent brusquement ; elle glapit, cracha du dentifrice et fit un bond en arrière tandis qu’un hurlement naissait dans sa gorge.

Une fraction de seconde après que ses yeux se furent écarquillés, juste avant que le signal ordonnant aux muscles de ses jambes d’exécuter un bond en arrière ne parvienne à destination, on crut sentir dans la cabine un déplacement tellement rapide que l’objet en demeura invisible, et qui fut tardivement suivi d’une détonation, puis d’un grésillement.

Là, immobilisés entre elle et la porte se trouvaient les trois missiles-couteaux du drone, suspendus dans les airs à peu près à hauteur de ses yeux, de son sternum et de son bas-ventre ; elle les distinguait à travers une brume : le champ que le drone avait également dressé devant elle. Tout à coup, celui-ci se désactiva.

Les missiles-couteaux virèrent paresseusement dans l’air, puis regagnèrent la coque de Skaffen-Amtiskaw, où ils s’enfoncèrent avec un déclic.

— Ne me refais jamais plus un coup pareil, marmotta la machine en retournant à ses activités.

Sma s’essuya la bouche et regarda fixement le monstre à fourrure brun et jaune qui, malgré ses trois mètres de haut, se tenait, tout ratatiné, sur le seuil de la porte.

— Vaisseau… je veux dire Xény ! Qu’est-ce que vous fabriquez là ?

— Je suis désolé, répondit l’énorme créature d’une voix à peine plus grave que du temps où elle avait encore le gabarit d’un bébé. Je me suis dit que, si vous n’aviez aucune tendresse particulière pour les petits animaux à fourrure, vous préféreriez peut-être la taille au-dessus…

— Ça alors…, fit Sma en secouant la tête. Entrez, lança-t-elle par-dessus son épaule en repartant vers le coin-salle de bains. À moins que vous n’ayez simplement eu l’intention de me montrer combien vous aviez grandi ?

Elle se rinça la bouche.

Xény se faufila par la porte de la cabine, rentra la tête dans les épaules et alla se tenir dans un coin.

— Je suis désolé, Skaffen-Amtiskaw.

— Ce n’est pas grave, répondit l’autre machine.

— Euh, non, madame Sma. En fait, je voulais vous parler de…

Skaffen-Amtiskaw se figea sur place l’espace d’une seconde. Une discussion prolongée, détaillée et quelque peu animée entre le drone et le Mental du vaisseau prit place à cet instant précis, mais Sma n’eut conscience que d’une légère pause dans la phrase de Xény.

— … du bal costumé que nous avons l’intention de donner ce soir en votre honneur, improvisa le vaisseau.

Toujours dans la salle de bains, Sma sourit.

— C’est une charmante idée, vaisseau. Merci beaucoup, Xény. Mais oui, pourquoi pas ?

— Tant mieux ; je m’étais dit qu’il valait quand même mieux vous en parler d’abord. Vous avez déjà des idées de costumes ?

Sma éclata de rire.

— Ouais ! Je vais me déguiser en vous ! Confectionnez-moi donc une de ces tenues que vous portez !

— Ha ! Oui. Bonne idée. En réalité, vous ne seriez sûrement pas la seule à vous travestir ainsi, mais nous allons décréter que chaque déguisement doit être unique. Bon. À plus tard.

Sur ces mots, Xény sortit à pas pesants et la porte se referma derrière lui. Sma émergea de la salle de bains quelque peu surprise par ce départ précipité, mais se contenta de hausser les épaules.

— Voilà une visite brève, mais fertile en incidents, constata-t-elle en fourrageant dans les chaussettes que Skaffen-Amtiskaw venait pourtant de ranger par ordre chromatique. Cette machine est vraiment bizarre.

— Rien d’étonnant à cela, répliqua Skaffen-Amtiskaw. Après tout, c’est un vaisseau stellaire.

— Vous auriez pu (transmit le Mental du vaisseau à Skaffen-Amtiskaw) me dire que vous ne lui aviez pas révélé l’importance de notre destination-cible.

— J’ai l’espoir (répondit le drone) que nos gens sur place trouveront le type que nous cherchons et nous fourniront sa localisation exacte, auquel cas Sma n’aura jamais besoin de savoir qu’un problème s’est posé à un moment donné.

— D’accord, mais pourquoi ne pas avoir fait preuve d’honnêteté envers elle depuis le début ?

— Ha ! Vous ne la connaissez pas !

— Je vois. Dois-je comprendre qu’elle s’emporte facilement ?

— Rien d’étonnant à cela. Après tout, c’est une humaine !

Le vaisseau prépara un festin et ajouta dans les divers mets et breuvages offerts autant de substances artificielles modifiant la chimie cérébrale humaine qu’on pouvait se le permettre sans se sentir obligé d’accrocher une étiquette d’avertissement à chaque saladier, assiette, carafe ou verre. Il instruisit ensuite l’équipage, puis redécora la salle de séjour en installant toute une série de miroirs et de champs inverseurs. (Il fit de son mieux pour créer une ambiance de bringue endiablée, mais avec un total de vingt-deux participants – plus lui-même – l’un des principaux obstacles qu’il rencontra fut de donner une impression d’affluence convenable.)

Sma prit son petit déjeuner, entreprit une visite guidée du vaisseau (encore qu’il n’y eût pas grand-chose à voir, le Xénophobe n’étant pratiquement constitué que de moteurs), et consacra le reste de la journée à réviser ses connaissances sur l’histoire et le profil politique de l’amas de Vœrenhutz.

Le vaisseau fit parvenir à chaque membre de l’équipage un carton d’invitation en bonne et due forme, assorti d’une interdiction formelle de parler boutique. Grâce à cette mesure et aux psychotropes dont les aliments étaient abondamment additionnés, il espérait que personne n’aborderait le sujet délicat de leur destination. Il avait bien envisagé un instant de leur dire que celle-ci posait problème, en leur demandant d’éviter d’en parler, mais il avait pressenti que deux au moins des membres d’équipage considéreraient cela comme une insulte à leur intégrité, et ne manqueraient pas de le faire savoir à la première occasion. C’était dans ces moments-là que le Xénophobe avait tendance à envisager sérieusement de changer de statut, pour passer dans la catégorie des vaisseaux sans équipage ; mais en réalité il savait bien que les humains finiraient par lui manquer s’il se décidait à leur demander de partir. Dans l’ensemble, on s’amusait bien avec eux.