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— Vous allez vite en besogne, roucoule la pompeuse funèbre. Si vous menez vos enquêtes aussi rondement, ça ne m’étonne pas que vous soyez si célèbre.

— Tu voudrais qu’j’les menasse comment mes affaires, av’c une chopine pareille ? demande Elephant Man en forçant sa partenaire à lui ausculter le tiroir du bas.

La Gisèle, oh ! pardon. Elle en croit pas ses doigts ! Craint une hallucination tactile. Ce qu’elle empoigne à M’sieur Bérurier, dites-moi tout, docteur, c’est une troisième jambe, non ? Elle a pris de la Thalidomide en l’attendant, la maman de ce gros sac ! Y a malformance, hypertrophie, une gourance génétique d’envergure. Elle palpe pour tenter de reconnaître le territoire. Merde, ça n’en finit pas ! C’est plus un sexe mais une trompe de mammouth ! On vadrouille dans le secondaire ! C’est une tête de brontosaure, elle se demande, la mère Tanatos (son mari est d’origine grecque).

— Je rêve ! soupire-t-elle.

— Mais non, ma petite poule, c’est du sincère. J’sus pas comme les toréadors qui s’foutent des noix de coco dans l’futal pour faire étinceler l’imagination des señoritas. D’ailleurs, j’te montre les produits d’la ferme, vise en direct, chérie. Regarde de visu et tâte de tâtu !

Il déballe malaisément ce dérapage de la nature.

— Si tu voudrais prend’ un moulage av’c ta bouche, ma gosse, gêne-toi pas.

Gisèle branle le chef (le sien, ce qui est moins fatigant).

— Ce serait impossible, voyons !

— Que tu croives, môme ! Les gerces oublillent qu’é sont extensibles. Vas-y, mignonne, fais jouer tes zigotomatiques. J’sus certain que tu y arriveras. Et y a une chose dont j’voudrais que tu susses : c’est que, en matière d’tendresse, c’qui rentre par le haut peut rentrer par le bas ! C’est la loi de Courvoisier, l’savant.

II dégage l’intrépide chibre rutilant et le propose à l’infortunée croque-mortière.

— Tu voyes, dit-il, Mister Popaul fait déjà un bon bout du chemin ; à toi d’jouer.

La Gisèle se pique au jeu, écarquille des mâchoires, rentre le train d’atterrissage de ses ratiches et fait si bien qu’elle parvient effectivement à engloutir la partie la plus développée du champignon béruréen.

Le Mastar exulte :

— Qu’est-ce j’disais, la mère ? Tas gagné ! Bon, pour notre début j’te demande pas d’m’entr’prend’ au turlut’, ça t’paralys’rait d’Ia clape. J’voulais s’l’ment t’démontrer qu’y faut jamais s’laisser aller au découragement. Maint’nant, si tu m’ferais le grand honneur d’ôter ton slip et d’remonter ta jupe j’te frais le gros défilé d’Ia C.G.T. Raie au mur — Sébastopol. Voilà ! Parfait ! Nickel ! Montre un peu tes contrées inesplorées ? Dedieu, t’as un joufflu d’première ! Ah, tiens, t’es pas blonde ! Franch’ment j’m’en serais pas gaffé. Dis donc, ton coiffeur, c’t’un artiss ! Et tu vas souvent à la teinture, je parie, biscotte t’as les racines impec.

« Tu voyes, un prose pareil, ça donnerait envie de sortir d’tes boîtes à dominos pour en manger. A c’propos, viens t’asseoir sur ce cercueil, ma poule, que je te groume la case-trésor pour préambuler, faciliter l’admission du module lunaire. Voilà, très bien. Qu’est-ce tu dis ? Les poignées te font mal aux ch’villes ? Avance-toi et mets-me-les sur les endosses. Voilà, commako ! T’as tout pigé. Moi j’aime les polkas d’bonne volonté. »

Bérurier interprète alors sa fameuse tyrolienne lubrifiante, répertoriée dans son cahier de décharge. II mélodise Mme Tanatos avec une telle fougue qu’elle ne tarde pas à appeler sa mère, laquelle est décédée d’un accident de la route voici quatre ans et, de ce fait, ne saurait assister au panard de sa fifille, si ce n’est du ciel !

Lorsqu’il estime sa manœuvre suffisante, il prie sa partenaire de s’agenouiller sur le cercueil, ce à quoi elle se résout, bien que ses genoux en prennent un coup !

Telle directeur de la base de lancement guyanaise commandant la mise sur orbite de notre charmante Ariane, Alexandre-Benoît règle les ultimes manœuvres avec minutie.

— Penche-toi plus davantage, môme ! J’te conseille de poser ton front dans l’pli du bras, histoire de bloquer ta positure. Maint’nant tu ouv’ les cannes à bout d’compas. Tu peux pas un peu plus davantage ? T'es souple pourtant ! Force, môme ! Prends sur toi ! Là, c’est mieux. Tu m’remontes ton train d’atterrissage un chouia, qu’on vive en plein not’ idylle. Eh bien, ça m’paraît corrèque. Appréhende pas, surtout, ça t’contraquerait la mollusque. Soye rilaxe, ma poule ! Y peut rien t’arriver qu’un gros pollux dans l’étouffoir et, au fond, c’est qu’tu d’mandes, non ? Attends, j’te repasse la babasse à la menteuse, créer l’climat d’confiance. T’sais que t’es vach’ment agréab’ à minoucher, ma puce ? T’as un p’tit goût charcuterie bavaroise, qu’incite.

« Et à présent, on tente la traversée ! La manière qu’j’t’arrime l’baigneur à deux mains, tu t’sens partante, hein ? ‘magine-toi en aile delta ! Tu planes. C’est ma pomme qui fais le vent ! Non, gigote pas des noix, j’te promets que mon gros Nestor va parviendre à faire coucouche-panier dans ton pétrousquin mignon, chérie. Sans douleur. A la langoureuse ! Une barbe bien savonnée est plus qu’à moitié faite, disait le père Bérurier ; pour l’emplâtrage c’est du kif ! La chaglatte dégrossie aux salivaires est fatalement opérationnelle. Tiens, tu sens comme on s’en va dans le bonheur, ma blonde ? T’es comblée, non ? C’est du morcif de reine que j’te fourvoye dans le train des équipages. Du goumi de C.R.S. ! Un coup de bite pareil, vaut mieux l’prend’ dans le fign’dé que su’ la nuque ! Voilà ! J’t’ai déjà enquillé la moitié d’ la livraison. Laisse qu’j’te barate les meules, et l’reste rentrerera l’arme à la bretelle !

« Ah ! madame dévergonde de la moniche, à présent ! Elle effrène du dargeot ! On fait sa petite salope à haute tension, hein ? Dis, coquine, tu nous mènes droit à la surchauffe. M’embrase pas trop l’panais, j’vas en avoir b’soin c’soir pour ramoner la Bérurière dont au sujet d’laquelle c’est son annif. La vache, ce qu’é démène du dargeot ! Yayaï, t’as pas peur d’couler une bielle, toi ! J’ai déjà le zobard en flammes comme si tu m’l’passererais à la pommade du Tigre ! A c’p’tit jeu, t’es pas gagnante, la mère ! Moi aussi j’y vais d’mon sprinte ! Le cul аbascule, tu pouvais pas mieux tomber ! Tiens, bougresse ! Et ça, c’est pas de la locomotive haute de pied ? Charrrognasse, va ! Si t’aimes l’pilon, déguste ! »

Et le Mahousse, survolté, déclenche ses manœuvres des grandes circonstances. Il pèse si fort, si lourd, que le couvercle du cercueil servant de support à ces transports de suppôt insupportable éclate. (Comme quoi, la qualité des pompes funèbres Gastounet, tu repasseras !) La dame se trouve abaissée d’une quarantaine de centimètres. Mais cette brisure ne désunit pas le couple. Simplement, le Majestueux a lâché l’exquis popotin de Mme Tanatos pour se cramponner aux montants de la bière. Un pompier parisien surentraîné n’aurait pas réussi sa reconversion avec une telle fulgurance. Il continue de limer dans les bris de sarcophage.

Pendant qu’il dévaste le pot de Gisèle, il voit la porte du fond de l’entrepôt s’ouvrir, et trois personnages entrer. Y a un grand con habillé de maigre dans les teintes sombres, avec gilet gris, gants gris, onguent gris. II précède un couple en chagrin : une femme, frisant la cinquantaine et un dadais de bientôt vingt piges qui se trimbale une tarte aux fraises en guise de figure, because l’acné. La dame est rougie de pleurs, le dadais, sinistré par un deuil. Le trio stoppe, interdit, ne réalisant pas, de loin, la nature de l’étrange scène. Bérurier adresse une mimique accueillante par-dessus le cul de Gisèle. Les arrivants s’enhardissent et avancent. Mme Tanatos est au bord du panard et commence à clamer que « Oh la ! Oh lala ! Oui, plus fort ! Fourre-moi tout, salaud ! ». Ce qu’entendant, Béru, avec sa courtoisie habituelle, explique du geste, aux visiteurs que sa partenaire se laisse emporter par la frénésie de ses sens mais qu’elle se comporte avec plus de retenue dans la vie courante.