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Maintenant, ils allaient vers New York. Presque sur le même chemin que celui suivi par Martin. Il était sur la piste d’un réseau russe clandestin opérant à New York. De quoi intéresser la CIA et le FBI. Ce qui ne l’avançait pas à grand-chose : les Américains ne se presseraient pas pour tenter de prendre toutes les ramifications du réseau. Le temps, pour Malko, de se faire tuer dix fois. Il ne pouvait pas éternellement hanter la Bowery. Devant lui, la Corvair avançait sagement. La glace arrière était trop sale pour qu’il puisse voir la conductrice. Et la doubler eût été vraiment tenter le diable.

Si seulement c’était Sabrina !

Ils tournèrent dans le Queen’s Boulevard, et Malko fut obligé de se rapprocher, la circulation étant plus intense.

L’entrée du Queen’s Midtown Tunnel était encombrée comme d’habitude par d’énormes camions arrivant du Long Island Expressway. La Corvair parvint à se faufiler devant une énorme semi-remorque et Malko la perdit de vue avec un petit serrement de cœur. S’il la perdait tout était à recommencer. Mais la file avançait régulièrement. À son tour, il paya ses vingt-cinq cents et s’engagea dans le tunnel à deux voies. Comme la chaussée tournait, il aperçut la Corvair devant le camion qui les séparait.

À la sortie du tunnel, elle tourna à gauche dans la Seconde Avenue, puis tout de suite à gauche encore dans la 36e pour remonter vers le nord en passant devant le building des Nations Unies. Malko était aux aguets. Elle pouvait s’engouffrer dans un garage, où ce ne serait pas facile de la suivre. La pluie tombait toujours à torrents.

La Corvair ralentit et se mit à droite de la Première Avenue. Juste comme le feu passait au rouge, elle tourna à droite dans la 52e Rue. Malko resta coincé derrière un taxi. À New York, on ne tourne pas à droite sur le rouge. Il eut beau klaxonner, le Yellow cab devant lui ne bougea pas d’un millimètre. Enfin, le feu passa au vert et le taxi fit exprès de démarrer lentement, pour bien montrer son mépris.

Malko tourna dans la 52e Rue.

La Corvair était là, garée à cent mètres. Il eut le temps de voir une silhouette féminine courir sous la pluie, escortée par un portier galonné porteur d’une gigantesque ombrelle.

Il s’arrêta en double file, derrière la Corvair, et courut jusqu’à l’entrée du luxueux building.

Celui-ci était un peu en retrait ; séparé de la rue par un jardin.

La conductrice de la Corvair était de dos, enveloppée dans un imperméable de plastique blanc. Il aperçut seulement ses jambes et éprouva un petit choc. C’était idiot, mais il ne connaissait qu’une fille pour en avoir de si parfaites.

Sabrina.

L’immeuble était cossu, sans tape-à-l’œil. De la rue il vit l’inconnue prendre des lettres dans une case et disparaître dans un couloir, à gauche, dans le hall. Pas une fois, elle n’avait été de face ou de profil. Mais il avait repéré la case où elle avait pris son courrier. C’était la seconde en commençant vers la gauche, dans la rangée du bas.

Il remonta dans sa Falcon. La 52e Rue se terminait cent mètres plus loin, en cul-de-sac surplombant East River Drive. Un escalier de pierre joignait les deux niveaux. C’était un quartier chic, à deux pas de Sutton Place. Malko gara la Falcon et revint sur ses pas. Il s’engagea dans la petite allée qui menait au hall d’entrée du 425. Dans ce genre d’immeuble, à New York, on ne vous laisse monter que si l’on vous connaît. Les locataires paient des sommes fabuleuses pour être gardés jour et nuit. Pas de marchands d’aspirateurs ni de mendiants.

Malko alla droit au bureau. Le portier porta la main à sa casquette chamarrée. Il aurait fait trépigner d’envie feu MacArthur. L’allure distinguée de Malko l’incitait à la politesse.

— Monsieur. Vous cherchez quelqu’un ?

— Monsieur Julien Bach ?

L’autre consulta rapidement une liste placée sous le compteur et secoua la tête.

— Je regrette, mais ce monsieur n’habite pas ici.

— Ah ! fit Malko. Alors cela doit être au 423. Je suis désolé.

Le portier le suivit d’un regard méfiant. Il n’aimait pas les inconnus qui venaient demander des renseignements. Malko avait eu le temps de voir ce qu’il voulait. La case de l’inconnue correspondait à l’appartement. 2 B. Il avait aussi vu que l’immeuble comportait un jardin intérieur. Là, les murs étaient hérissés d’échelles d’incendie. Détail qui pouvait servir le cas échéant.

Il remonta dans sa voiture et décida qu’il avait mérité un peu de repos. Il reprendrait sa surveillance le lendemain. Il était presque sûr d’avoir découvert la retraite de Sabrina.

Il fallait maintenant la coincer, la faire avouer. C’était moins facile. Surtout que Sabrina, étant donné la façon magnifique dont elle l’avait roulé, ne devait pas être une enfant de Marie. Mais il était décidé à tout cette fois. Sabrina était le seul mur fragile qui le séparait du cimetière tranquille de son village de Liezen.

CHAPITRE XVI

C’était elle, Sabrina.

Une onde à la fois brûlante et glaciale traversa Malko. En hâte, il fit le tour de la cabine téléphonique pour rester hors du champ de vision de la jeune femme. Il la détaillait à la fois avec un soulagement indescriptible et un peu de nostalgie. Les jambes somptueuses ne se noueraient plus autour des siennes ; sous la blouse de soie, il devinait la poitrine si souvent caressée.

Le visage était toujours ce masque de madone encadré de cheveux auburn, avec la large bouche ouverte sur des dents si belles qu’elles en paraissaient fausses.

Le soleil était revenu et le mini-vison découvrait les jambes parfaites, bien plus haut que le genou. Malko nota avec satisfaction que deux hommes se retournèrent sur son passage. Il n’était pas le seul à être vulnérable.

Elle marchait d’un pas rapide et tourna à droite dans la Première Avenue pour s’arrêter devant la vitrine du fleuriste, pleine d’énormes roses en papier. Puis, elle traversa et reprit la 52e Rue, vers la Seconde Avenue. Les piétons étaient nombreux, et Malko ne risquait pas de se faire remarquer. Sabrina marchait d’un pas vif, sans regarder personne.

Elle passa la Seconde avenue, et changea de trottoir. Malko se demandait où elle allait. Il n’y avait aucune boutique élégante dans ce coin, juste des cafétérias minables et des grossistes.

C’est dans la Troisième Avenue qu’elle allait. Chez Tony. Tony, c’était un vestige du passé, un épicier italien comme on n’en trouve plus que dans le Bronx, défiant les supermarchés, vendant de tout dans un capharnaüm de salamis, de prosciutto, de légumes briqués comme des cuivres.

Seule concession à l’esprit new-yorkais : il restait ouvert jusqu’à une heure du matin et livrait sa marchandise dans de grands sacs de papier marron qui servaient ensuite aux ordures.

Malko traversa l’avenue et observa Sabrina, grâce au reflet de la vitrine d’un petit marchand de cartes de vœux. Il la vit entasser ses emplettes dans un sac gigantesque et bavarder avec Tony comme une vieille amie. Elle habitait donc le quartier depuis longtemps.

Il mourait d’envie de se planter devant Sabrina. Rien que pour voir sa tête.

Malheureusement, il ne pouvait étayer ses accusations d’aucune preuve. C’était sa parole contre la sienne. Sabrina représentait le fil ténu qui le reliait encore à la vie. Si elle se faisait écraser par un autobus, il n’avait plus qu’à aller trouver Ferenczi. Dans son appartement, il trouverait peut-être un indice, une preuve. Les gens sont souvent imprudents, même les professionnels.