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— Da.

Puis il rangea son émetteur-radio. Malko, en dépit du tragique de la situation réprima un sourire. On était en plein New York et des espions russes communiquaient tranquillement par radio, sous le nez du FBI !

Il s’agissait d’un émetteur-récepteur fonctionnant sur soixante-trois mégacycles, avec des batteries rechargeables au nickel-cadium. Portée entre trois cents mètres et cinq kilomètres. Une petite merveille fabriquée dans les laboratoires du K.G.B. Il regarda l’intérieur de la voiture plus attentivement. À ses pieds se trouvait un étrange appareil, qu’il identifia comme un copieur instantané de documents ultramoderne…

Une autre boîte noire était posée à côté, dont il ignorait l’usage. L’innocente Ford verte était un laboratoire ambulant du K.G.B.

Ils passèrent devant les Nations Unies et plongèrent dans Queen’s Midtown Tunnel. Malko fit encore une découverte. Les portières étaient toutes commandées par le conducteur… Une fois dans le tunnel, ils avancèrent au pas. C’était la mauvaise heure pour aller dans le Queen’s. Pavel Andropov semblait nerveux. Plusieurs fois, il se retourna et jeta des coups d’œil anxieux par la glace arrière. Finalement, il tira de sa poche une bouteille de vodka plate, d’un demi-litre et but au goulot.

Puis il posa la bouteille sur la banquette entre lui et le conducteur. Ostensiblement, Janos Ferenczi eut une grimace dégoûtée.

Pendant la traversée du tunnel, il reprit plusieurs fois la bouteille. Mètre par mètre, ils avançaient vers la sortie du tunnel. Après, c’était le Long Island Freeway et Jamaïca Buy. Malko n’était plus pressé. La nervosité du Russe ne lui disait rien qui vaille. Il comprit que, cette fois, il allait mourir.

CHAPITRE XVII

Le sergent Al Moore était d’une humeur de chien. Six hommes étaient malades dans son commissariat et il travaillait douze heures par jour, sans gagner un dollar de plus. Pas d’heures supplémentaires dans la police municipale new-yorkaise.

Alors, il se rattrapait sur le client. Lui qui était plutôt débonnaire, s’offrait un festival de contraventions… L’air défait de ses victimes lui réchauffait un peu le cœur.

Malheureusement, la sortie du Queen’s Midtown Tunnel offrait peu d’occasions de verbaliser. Les malheureux conducteurs qui sortaient à moitié asphyxiés du long boyau, rampant à dix à l’heure auraient attendri même un jeune flic pétant le feu. Aussi, appuyé à la cabine du préposé de la sortie numéro 4, le sergent Al Moore regardait-il défiler les voitures d’un œil bovin, presque sans espoir.

Soudain, son œil s’alluma et il se redressa.

Une Ford verte allait redémarrer après avoir donné ses vingt-cinq cents. Al Moore l’arrêta d’un geste et pencha son visage buriné de vieux motard par la fenêtre encore ouverte.

— Qu’est-ce que c’est que ça ? fit-il de sa voix la plus rogomme.

Son doigt désignait une bouteille posée près du conducteur.

Al Moore mesurait un mètre quatre-vingt-dix. Avec son gros 45 pendu à son ceinturon, son uniforme bleu et son casque couleur bronze, il faisait assez redoutable.

Pavel Andropov bredouilla :

— Ce n’est rien. Je l’ai sortie de ma poche. Elle me gênait…

Al Moore étendit le bras et saisit la bouteille. Son index boudiné montra le niveau :

— Elle vous gênait, hein ? Vous ne savez pas que dans l’État de New York, il est interdit de boire en conduisant ? Allez ! vos papiers tous les deux.

Le chauffeur regarda Pavel Andropov, affolé. Un second flic, plus jeune, s’approchait déjà de la Ford, débonnaire et imposant. Mine de rien, il se plaça devant le capot. Une voiture de patrouille avec quatre policiers à bord était arrêtée à dix mètres. Ils regardaient la scène, paisibles. Simple routine.

— Votre permis, répéta Al Moore, d’un ton un peu plus sec.

Janos Ferenczi dit une phrase à voix basse à Pavel Andropov. Celui-ci sortit lentement un gros portefeuille de sa poche. Malko ne quittait pas le policier des yeux, cherchant à accrocher son regard. Mais pour l’instant, il ne prêtait aucune attention aux passagers de la voiture.

Cela allait se régler par une amende de quinze dollars. Soudain, il eut une inspiration : de sa voix la plus avinée, il cria :

— Tu vas pas montrer ton permis à cet empaffé… non ! Foutons le camp. J’aime pas les flics.

Il crut que les yeux du sergent allaient jaillir hors de leurs orbites. La belle couleur violacée de son visage aurait fait envie à un évêque. Il porta instinctivement la main à la crosse de son 45.

— Ah ! il y a un petit malin ! Allez, ouste, tout le monde dehors…

La tension était insupportable à l’intérieur de la voiture. Les nerfs noués, Malko attendait la réaction de Janos Ferenczi. De seconde en seconde, ses chances augmentaient. Le policier recula d’un pas, dégainant son arme. Voyant la scène, les quatre autres policiers jaillirent de leur voiture et vinrent entourer la Ford verte. Histoire de se dégourdir les jambes.

Malko leur aurait baisé les bottes.

Un d’entre eux tenta d’ouvrir la portière arrière, qui résista. Le sergent Al Moore saisit Pavel Andropov par l’épaule.

— Allez, dehors, vite !

Sans attendre la réponse, il ouvrit la portière et tira le Russe hors de la voiture. Celui-ci se laissa faire. Il n’y avait pas grand-chose à tenter. Les six flics étaient prêts à tirer. Alors, Janos Ferenczi, pâle et secoué de tics, jaillit de la Ford et referma avant que Malko ait pu descendre : s’approchant du sergent Moore, il brandit un passeport diplomatique tchécoslovaque :

— Je suis membre de la délégation de mon pays aux Nations Unies, dit-il dans un anglais parfait. Vous devez nous laisser partir immédiatement.

Le flic, impressionné, salua et prit le document pour l’examiner. Puis, il le rendit à Janos Ferenczi :

— Pour vous, c’est OK, sir. Mais les autres personnes ont-elles également des passeports diplomatiques ?

Seconde de flottement. Malko en profita pour hurler :

— Janos, tu as fini de parler à cet enculé !

C’était quitte ou double. Le Russe assis près de lui avait le temps de l’abattre. Mais cela risquerait de causer de sérieux ennuis. Le sergent, de plus en plus violet, se rua sur la portière et la secoua furieusement.

— Sortez de là, ou je viens vous chercher ; glapit-il.

— Viens donc, eh ! connard, fit Malko, hilare.

C’en était trop. Al Moore rengaina son pistolet, tira de sa ceinture une paire de menottes, et avec la rapidité d’un prestidigitateur, la passa à Pavel Andropov, éberlué. Affolé, le chauffeur s’empressa de débloquer la porte arrière qui s’ouvrit. Maintenant, la voiture était entourée par les six policiers.

Malko ne perdit pas un centième de seconde pour bondir dehors. Dès qu’il eut posé le pied par terre, il courut jusqu’à la voiture de patrouille et plongea sur le siège arrière sous les regards des flics éberlués.

— Arrêtez ces hommes, ce sont des espions russes, cria-t-il.

Son interjection n’eut pas du tout l’effet escompté. Le sergent Moore vint à lui d’un pas lourd et le saisit au collet, le sortant de la voiture :

— Vous avez fini, espèce d’ivrogne ! Ça va barder ! Vos papiers !

Malko avait repris une voix normale. Il sortit de son portefeuille sa carte du Secret Service et la mit sous le nez du policier :