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Comme j’achève l’édifiante lecture, on carillonne à la grille du parc. Je remonte l’allée cavalière de ma cabine et j’ouvre à Béru.

Un gros déjà pimpant dans un futal jean, éclaté aux noix, dont il a renoncé à fermer la braguette Éclair. Il porte un tee-shirt blanc, avec du café au lait par-devant et du cambouis par-derrière, tee-shirt sur lequel le nom du navire est écrit en vastes caractères bleus.

— J’ te réveille ? demande-t-il d’une voix prudente, comme si, dans l’affirmative, il était prêt à retirer sa visite.

— Non, entre.

Il répond à l’invite, dépose son énorme fessier sur l’unique chaise et soupire :

— Je viens au rapport. Figure-toi que mon pote, le mage, m’en a raconté une de première : c’est l’histoire d’un gus qui a chopé la myxomatose parce qu’il avait roulé une galoche à une gonzesse qu’avait un bec de lièvre.

Il rit.

Moi, non !

— Est-ce en relation directe avec ta mission, infâmure ? lui demandé-je.

Sa Majesté me décoche un haussement d’épaules qui me ferait sortir de mes gonds si j’étais porte.

— Tu t’es réveillé du pied gauche, Mec ? Ou t’es en manque d’affection ? Si le cas échéait, rassure-toi, c’est bourré de cheptel sur ce barlu. T’as qu’à puiser dans le lot. Et ici, y’ a pas de vilaines surprises au décarpillage vu que tu peux mater ces dadames en tenue légère autour de la piscine avant de porter ton choix.

— Où en es-tu ? endigué-je.

Il cligne de son bel œil carmin dans lequel naviguent des caillots de sang.

— Ben t’as vu, non ?

— Mais encore ?

— Mais encore quoi ! Ça fait qu’ deux jours que j’ai monté à bord et déjà je tutoie ton mec. T’espérais que j’ l’aurais épousé dans les intervaux ?

— T’as rien remarqué de particulier ?

— Il a une bouille à chier contre et pour lui arracher un sourire faut se la peindre en rouge et se filer une gerbe de roses dans le prose. Sa gonzesse serait p’t’être plus sympa, quoi qu’elle m’a semblé un peu sauvage. J’ai essayé d’y placer ma botte secrète au valseur, en copain, mais elle m’a gentiment rebuffé.

— Ils ont des contacts, à bord ?

— Moi.

— Et tes deux autres potes : le mage et le prof ?

— C’est mécolle soi-même personnellement qui leur a fait la connaissance et les ai branchés ensuite sur les Chlag. Que je te précise qu’hier, pendant l’escale, j’ai profité de ce que Dieumerci et Chlag allaient écouter par politesse la conférence de Gahna sur la Grèce d’oie antique, pour esplorer leur cabine, tout azimut. La petite Yuchi avait descendu à terre visiter la ville. J’étais bonnard. L’opération peigne fin, que même leurs tubes de pâte dentifrice m’a passé par les mains. Rien ! Et toi, la nana, tu l’as coursée, dans Palmerde ?

— Nous avons fait un tour de ville ensemble.

— Vous m’avez pourtant pas donné l’impression de vous connaître quand c’est que je vous ai présentés ?

— Preuve que nous savons jouer la comédie.

— Et qu’est-ce ça a résulté, cette virouze ?

— Trois ou quatre morts par balles, plus une chiée d’autres par bombe. À part ça, c’était idyllique.

— Quoi ?

Un nouveau heurt à ma lourde nous interrompt.

— Ce doit-être Pastaga, dis-je. Va dans la salle de bains, inutile qu’il sache que nous avons partie liée.

Il fait.

Ferme tandis que j’ouvre.

Ma surprise est drôlement machin quand je trouve une dame inconnue dans l’encadrement.

Fort belle au demeurant, bien que plus de la seconde jeunesse. Elle porte une tenue de bain dans les tons orangés, avec impression de fleurettes vertes. Elle est d’un roux arbitraire, cette personne. Mais savant, et son maquillage, dis, tu verrais, ce fondu enchaîné dans le fond de teint, le vert des paupières, les lèvres luisantes, toutes fraîches peintes, émaillées on dirait, tant et tant qu’elles brillent ! La pure splendeur dans l’artifice. Ma visiteuse doit trimbaler son demi-siècle facile, mais avec un tel brio, une élégance si sûre, quoique sophistiquée, que son âge n’a pas la moindre importance.

Je pressens que deux instituts de beauté vivent par elle dans le gay Paris, et que quand elle a la grippe, les P.D.G. des maisons de couture tombent en prières pour implorer sa guérison franche et massive.

Je cligne des yeux, comme devant une exposition d’hyper-réalistes.

— Madame ?

Elle a un infime sourire.

— Monsieur, elle chuchote, m’accorderiez-vous quelques instants ?

— Bien volontiers…

Je m’efface, elle entre. Je lui désigne la chaise. Elle choisit le lit, y prend une posture de cinéma allemand des années 30. Me regarde.

— Ma visite est très incongrue, commence-t-elle.

Elle tapote le bord du lit. Il me faut un petit bout d’instant pour réaliser qu’elle m’invite à m’y asseoir. Je.

— J’occupe la cabine 515, poursuit l’impressionnante personne. Là, j’ai un léger soubresaut dans le cartilage de conjugaison.

Je ne trouve à coasser qu’un pitable et mineux :

— Intéressant.

… qui ferait dégobiller un dandy britannique.

— Imaginez-vous, monsieur, que des passagers dont l’éducation laissait beaucoup à désirer, ont percé un trou entre le 513 et le 515.

Elle rit, son rouge à lèvres fait un bruit de sexe surexcité.

— À moins que ce ne fût entre le 515 et le 513, ajoute-t-elle.

Je ris aussi, non que je trouve son dialogue aussi percutant que celui de mon pote Audiard, mais enfin, quand t’es poli, t’es poli et tous les Bérurier de la création n’y changeront rien.

— Si bien, enchaîne ma visiteuse que, presque involontairement, j’ai eu, cette nuit, l’occasion d’admirer votre comportement chez mon aimable voisine. Certes, j’aurais pu m’abstenir de coller mon œil à ce trou, mais vous m’aviez réveillée, et j’étais pratiquement en état de légitime défense, n’est-ce pas ?

Son regard langoure. Et alors je crois piger la raison de sa venue. Madame est une gourmande, bien connaisseuse, qui a entrepris cette croisière manière de se draguer des julots possédant leur B.A.P.

Elle attend.

Moi aussi.

Je te veux pas parler de charme discret qui se tisse, nous entortillant dans les fils arachnéens du naninanère chose, tu penses ! On est au-dessus de ces mômeries conventionnelles. Toujours est-il que même s’il s’établissait entre nous, le charme mouilleur en question, il serait brutalement rompu par tu sais quoi ?

Béru.

J’ignore ce qui arrive à Cécoinsse-pâte, mais il nous distribue des bruits qu’ont rien de poétique, depuis la salle de bains. Une salve qui te rappellerait l’exécution du maréchal Ney, le pauvre. S’ensuit dès lors une espèce de méchante cataracte, indice éloquent d’un intestin généreux qui se gausse des laxatifs les mieux efficaces, ayant sa propre démarche.

La dame en rut sourcille.

— Vous avez des voisins bien bruyants, dit-elle.

Comme pour lui donner raison, le Gros nous interprète « Raid sur Tokyo », avec la participation de l’escadrille suicide. C’est un feu roulant, marqué d’explosions sourdes, de brèves accalmies et de recrudescences infernales.