Il rit :
— Je ne vous présente pas…
Je salue la douce enfant dont le regard brasille en m’apercevant. On s’en serre cinq (chacun), très sport, façon copains-copains.
Le téléphone clapoutaille.
— Allô ? que demande le Pacha.
Il écoute.
— Bon, j’arrive !
— Le radio, me dit-il… Vous voulez bien m’attendre ici ?
Et il sort.
La Martine (et non pas Lamartine) se lève précipitamment en disant :
— Faisons vite !
— Faire quoi ? je m’étonne.
Je t’ai dit qu’elle portait un short blanc ?
Non ? Ben elle en porte un.
Pas pour longtemps. Un coup de fermeture éclair : craaaaaaaac.
Un simple bouton. Le short lui tombe sur les pinceaux. En dessous, elle a un slip si mignon que tu le lui rachèterais à prix d’or pour t’en faire une pochette. Dans les tons bis, et tout menu, mousseux, en fausse dentelle.
Alors, tu sais quoi ?
Ah, non, je te jure, on va finir par se faire censurer. Le ministre de l’Intérieur serait pas aussi bienveillant avec ma pomme, recta, mes potes libraires allaient devoir me vendre en catiminette dans leurs gogues, avec obligation d’actionner la chasse et de m’emballer dans du faf à train. Mais brèfle, oui, bon, passons l’outre. Comportons comme si ta bite était tabou, et ton bout où t’habite (faut me permettre ces petites vidanges de sécurité, elles me mettent le cœur en fête). Alors, oui, très bien, je te dis tout très parfaitement, sans rien omettre, vérité véritas ! La môme, dont les desseins se dessinent nettement, tu penses peut-être qu’elle envoie son slip à dame, comme le short ? Eh ben t’as perdu, Saucisse ! Foin de tout cela. Ce qu’elle fait, elle m’approche, me décapsule Popof, lequel, héroïque malgré son surmenage, est solide comme la garde de fer du regretté Führer. D’ailleurs il est casqué tout pareil que ces beaux guerriers à têtes d’aigle et de nœud, Popof. La nuque bien protégée, si tu vois ce que je veux dire ? Altier faut voir comme. Un garde-à-vous impressionnant. Que pas un muscle de son beau visage à la Massu ne bouge. Du braque ès-qualité. Magnifique. Net. On en mangerait. On en mange. Juste pour dire de l’onctuer un brin. Qu’il fasse son plongeon sans bavure.
Elle me le chouchoute avec amour, Martine. Délicatesse. Admiration, là, je le dis. Admiration très vive. C’est pas dans ses écoles qu’elle a dégauchi de la membrane de cette comportance.
Certes, tu trouves du chibre de belle tenue en Faculté. Mais qu’a pas encore eu le temps de s’aguerrir, tu comprends ? S’il mature pas convenablement, le braque connaît pas son plein épanouissement. Même les plus doués, les mieux proportionnés, les plus impétueux, sans l’expérience, sans des kilomètres de va et vient, ils conservent un peu de cette indécision, de cette fragilité qui ne conduit pas aux beaux exploits. À preuve, les biquettes sont pas dingues. Quand elles veulent vraiment y aller à la reluisance bien splendide, c’est vers les messieurs à carat qu’elles se tournent. Un zobanche, camarade, doit avoir arpenté moult frifris pour s’endurcir, parvenir au point d’apothéose. Il a dû se faire jouer des chiées et des chiées de solos. Visiter des troupeaux de joufflus, connaître des merluches de tous âges, toutes tailles. Faut qu’il aye vécu son vis, quoi ! Fait sa place, non pas au soleil, mais dans les ténèbres les plus suaves. Qu’il sache se contrôler. Que son changement de vitesse soit parfaitement rodé, son embrayage moelleux. Tout ça, tu penses que la fifille au commandant a eu l’occasion d’y méditer, depuis le dernier minuit, que je lui ai rivé ses sarcasmes dans l’ogne.
Alors, elle part en fougue.
Mon idée, cette gonzesse, c’est qu’elle pratique l’équitation. Je m’en gaffe à son manège. La manière amazonesque qu’elle m’enfourche. Voltige. Lui faut pas dix secondes, pour tirer l’entre deux de son gentil slip sur le côté, se dégager la crinière, et poum, s’installer commodément autour de moi. Et alors, tu repasseras pour le trot anglais ! Véry fabulous ! À dada, youp, youp, youp, youp ! Promenade dans la forêt viennoise, tralilala lala lala… Cette idée d’avoir conservé sa culotte ! Bon, pas mauvaise à priori. L’invention est toujours dans le détail. C’est le gadget amusant, quoi. Le petit truc qui se rajoute au grand et te compucte la gamberge juste à l’endroit où les pensées tournent en vaseline. Au début, je suis d’accord. D’autant qu’elle fait tout le boulot, Ninette. Youp, youp ! Tu la verrais, le buste en avant. Sa joue, contre la mienne, devient brûlante. Son souffle s’accélère. Mais mézigue, il se met à me faire chauffer la durite, le slipinge à miss Fille à papacha. Surtout à cette allure. Tu veux parier qu’elle va me le tronçonner ? J’attends pas de sentir le brûlé pour intervenir. D’une détente, je la soulève. D’une main brutale je lui fais sauter la fâcheuse bande d’étoffe. À présent, elle peut reprendre le cours de ses hardiesses, Martine. Piquer de mes deux, au galop. Fantasia échevelée. Poum ! Poum ! Dedieu, cette virtuosité. Ce rythme endiablé. Triple galop, parole !
Elle m’happe dans un tourbillon. Je me sens comme un morceau de lettre d’amour dans une cuvette de chiotte au moment qu’on actionne la chasse pour faire disparaître au pays des étrons les « … qui t’adore à en mourir ». Je tourneboule, tournoie. Quitte ma chaise en demeurant accroupi. Danse russe. Battez des mains, tout le monde. Encouragez bien fort le San-A. Na nana nana nana nanèèère… Tovarich ! Nitchevo ! Vodka ! Je tourne. La baise en toupie ! Merci Tatan, merci Toton ! Qu’est-ce qui me prend, ces amours giratoires, dis donc ? La première fois. À toute vibure. Valse folle. Et ces mouvements conjugués, mon gamin ! Elle a noué ses jambes dans mon dos. Moi je lui cramponne les miches. Je la ramène à moi, la force centrifuge ayant tendance, comme toujours, cette vache, à l’en éloigner. Nous avons donc deux mouvement opposés, l’un constitué par une loi physique, l’autre par un rut qui ne l’est pas moins ; et qui deviennent complémentaires. Je tourne. La cabine tourne. Jamais, aux championnats du monde de patinage, personne n’a réussi un tel exploit. La cabine est une roue en folie. Les meubles me passent devant la vue. Hallucinants. Les gravures marines fixées aux cloisons. Voiliers. Brick-goélette. Ça tourne, défile, revient, s’emballe. Rapproche. Éloigne. Je vais tomber. Me rattrape. Embarde, récupère. Tourne plus fort. Elle crie, la Martine. Prend son fade, son Lac ! Moi, dans ma ronde effrénée, je distingue la porte qui s’ouvre. Un jeune marin, maillot rayé, pompon… Sidéré. Il regarde. Tarde à comprendre. Je tourne : marin, plus de marin, re-marin, romarin, plus de marin… Marin… Il a relourdé. Il abaisse le trapon de son futal de débarquement. Dégaine sa camarade zézette et se met à lui faire le ménage, façon ouistiti. Rapidos. À l’emportée… Marin, plus de marin. Valse, valse ! La folie tourneuse, je lui ramone le derviche pour des millénaires à Martine. J’en crèverai de fatigue. Après ma seringuée, me coucherai en rond sur le tapis. Pour dormir, récupérer. Je voudrais devenir ensuite de ça un escargot en hibernation. M’obstruer le mollusque pendant des mois. Cent pieds sous terre.
Et le petit mataf qui se dépollue la coquillette aussi vite que moi je tourne, embarqué par mon mouvement démentiel. Il s’écope les aumônières en force. L’énergie farouche. Surpuissant. Ça urge. Martine repart au panard. Une gonzesse, la plupart du temps, si tu la poursuit après la première envolée, elle remet le couvert à fréquence de plus en plus rapprochée. Si bien qu’elle mayonnaise en morse. Elle fait du pointillisme glandulaire. Moi j’y vais brusquement, dans une mourance extraordinaire. Cet impact ! Elle en a un instant d’effroi, la gosse. Tellement elle est violente ma déflagration. L’appel d’air, dis donc, manque la renverser. Les cannes fauchées, je ploie sous l’extase, la charge, la décharge.