La Paméla est à l’autre bout de la laisse. Elle lui cause comme à un clébart. « Oh, n’est gentil, Médor. Gentil, gentil, ne fait son gros pissou. Donne ta papatte à ta maîtresse. Donne !
Comme il tend pas assez vite sa patte droite, elle lui torgnole le museau. Alors il obéit. Docilité absolue. La joie animalière. Celle de la soumission.
— Entrez, entrez, grand fou. Déshabillez-vous vite, nous allons boire le champagne.
Elle porte toujours sa combinaison de cuir luisante, style « Coustaud et le mérou ». Mais tu sais quoi ? Elle s’ouvre de l’entre-jambe très complètement. Sa marotte à la mère. Et puis elle a ouvert ses vasistas à loloches. T’imaginerais qu’à la place des seins, y a des espèces de petits trappons dans la combinoche, et que ces trappons s’abaissent. Tant si bien que tu lui vois son encore fort convenable paire de duettistes, nez à la fenêtre. Tu dirais un Magritte, dans le genre.
— Vous êtes venu seul ? elle inquiète.
— Oui, oui, seul.
— Qu’à cela ne tienne ! Allez vous préparer avec notre jeune amie que vous connaissez déjà.
Elle me désigne la pièce voisine, là que s’échappe la musique à rubans. Offenbach… Tsoin tsoin, tsoin tsoin…
Quelle jeune amie que je connais déjà ? T’as une idée, tézigue ?
Je me grouille d’aller renoucher dans la grotte de la Visitation. Tiens, il s’agit de Corinne. Ma somptueuse rouquine qui bute les vieux corninches du bord au lieu des soucoupes d’argile.
Elle est allongée sur le lit du Bragelonne, dans une petite robette imprimée. Elle paraît camée. Son regard est tout dilaté, tout fixe.
— Vous vous connaissiez donc ? demandé-je à Paméla, par-dessus mon épaule.
— Du tout. Mais j’ai su ce qui est arrivé à cette petite et je suis allée la consoler, me doutant de ce qu’elle devait souffrir. C’est tellement effroyable de causer la mort d’un homme.
— Ouâ, ouâ ! aboie l’ex-mari.
— Il veut son susucre, le Médor. Son gros susucre ? Alors il faut marcher sur les pattes de derrière. Debout ! Hop ! Allons, debout ! Debout ! Mieux que ça ! Hop ! Mieux que ça, j’ai dit ! Voilàààààà…
Et le vicomte se cogne un susucre bien mérité.
Bon, moi, je vais te dire. Je ne suis pas venu ici pour une partie de jambons, mais seulement pour essayer de savoir de quelle manière la mère Paméla a appris que j’étais l’éminent, le fameux, le célèbre (tiens, je te laisse un blanc, rajoute ce que tu juges bon) commissaire Santantonio.
Voilà que me tracasse, me trucusse, me trémulse, m’emboulave. Je veux savoir.
Je reviens au salon Empire.
D’un pas de grenadier.
La court-circuitée du slip est à point pour attaquer la séance. Elle attache son chienchien au radiateur.
— Pas bouge, elle lui gazouille, pas bouge, sage, la maîtresse va faire des polissonneries.
— Ouâ, ouâ ! que répond le trésor, en remuant la queue de tellement qu’il est joyce de cette perspective, la brave bête. Vous savez tous, les cadors, combien ils sont attachés à leurs maîtres, et comme ils sont frétillants de ce qui leur arrive de bon. Ce toutou ne manque pas à la tradition. Un animal pure race, tu parles !
Il en gémit de plaisir. Tire la langue, bave, fait la locomotive.
Paméla m’approche. Si une sirène savait marcher sur sa queue, je pense qu’elle ne se déplacerait pas autrement. En attendant, c’est sur la mienne qu’elle marche.
Délibérément.
Moi, tu sais mon amour de l’adverbe, cet instrument indispensable à mon industrie ? Si je te dis qu’elle marche délibérément c’est bien que.
Bon, je tenais à te dire, juste pour dire.
— On va vivre un moment que je sais déjà inoubliable, m’assure la très aimable personne.
Et poum, elle met une jambe sur le dossier d’un fauteuil.
Ben mon vieux, t’as beau passer ta vie à bord à calçouiller tout venant, une vision pareille, ça t’empêtre la canalisation d’aduction sporatique du frémissant. Un homme aussi porté sur ce que tu sais que moi, impossible, je mets au défi quiconque ou son frère, de résister.
Ma chair est plus faible que la celle à certains autres dont je me demande ce qu’ils peuvent avoir dans les pipes-lines pour résister. La combinaison luisante, tu comprends. Façon peau de cétacé. Avec ses orifices diaboliques. Et puis le goulu de la bonne femme. Une vorace dont pour retrouver la pareille, tu pourras toujours mettre des annonces dans le Figaro ! Enfin, tout, quoi, j’ sais pas te dire mieux. C’est un ensemble. Une chose est réussie ou ratée. Tu constates. C’est oui, ou c’est non. L’explication t’en as quoi à branligoter, dis, Guenille ? Elle, c’est une souveraine régnante de l’amour. La prêtresse du rut, Paméla. Quelqu’un dont tu peux pas résister, impossible. Sauf si tu nougates du frivolet trois pièces. Mais si t’as pas le diabète, faut que tu montes en ligne, Gars. Pas de réformés.
En tout cas, je peux t’assurer une chose : si je me tire saint et sauf de cette galère, je devrai aller me mettre au vert un bout de temps. Laitages, promenades oxygénantes, chasteté !
Tu peux comprendre tout seul, qu’à brosser à cette cadence, un garçon, même exceptionnel, comme tout le monde assure que c’est mon cas, se file la nervouze en écheveau, un rythme pareil.
Bon, allez, ma nouvelle tournée.
Poum !
Y’ a Médor qui saute de gauche et droite en jappant. Content.
— Ouâ, ouâ !
Un vrai bonheur pour ce brave cador. Si dévoué… Tu lui mets l’anse d’un panier dans la gueule, il s’en va chercher ton lait et tes croissants tout seul, le chéri.
Paméla, elle me flanque dans les grandes conditions. J’ai de l’affriolance jusqu’à l’extrémité de chaque poil. Et puis, quand je suis tendu, à point, extrait, tiré, vibrant, intense, tout chaud, tout bouillant, elle me repousse doucement.
— Je vais te faire connaître le bonheur suprême, elle m’annonce.
Ohé, du bateau ! Fascination… Tu seras toujours, mon amant… Plon plon, plon plon…
Elle décarpille. Ce qui m’étonne.
— Tu vas voir, tu vas voir, frémit cette gonzesse unique.
Sa combinaison s’ôte comme une peau. Bruit de succion. Ventouse. Les marais Pontins. Schlouhhhouggh. À moi la malaria ! Bing ! Quand elle l’arrache en plein, ça fait le bouchon de champ’ qui canonne la suspension. Teeuoug !
Bon, à poil, c’est moins réussi. Moi, les corps, totalement nus, je suis pas fana. Ils sont tellement imparfaits, les pauvres. Biscornus, protubérants, torves, noueux, pendants, adipeux, bourrelés. Tellement peu vraiment conformes, dis, t’es d’accord ? Qu’une gonzesse qui s’ose à poil intégral devant toi, illico, ses imperfections t’agressent. Tu retapisses d’emblée ses genoux chouïa cagneux, ou bien son torse trop bref, ses cuisses maigrichonnes entre lesquelles tu peux placer ta main entière, sans que ça touche ; et encore sa laiterie en perte de vitesse. Ses hanches manière contrebasse. Ses poils pas frisés, ou trop rares ou fournis échevelés. Sa couleur vraie, intime. Son grenu de peau. Tant et tant de détails débandants. Qui t’effraient. Qui te donnent envie de sauter une chevrette à condition qu’elle soit pure race.
Jeune et nerveuse.
Mais enfin, on ne peut pas chipoter sur les détails. Et puis, hein ?
Pour l’usage qu’on en fait.
Quand elle est nue, elle va retirer d’une penderie une autre combinaison. Plus fruste que celle qui gît au plancher. Mais immense, lourde.
— Aide-moi, bel étalon, aide, aide !
La v’là qui développe le bidule. Je me rends compte que cet outil pourrait convenir à des frères (ou sœurs) siamois. Il s’agit d’une combinaison double dans laquelle on peut pénétrer à deux, face à face, tu piges ? Pas commode de s’y loger. Faut qu’un commence, et puis il tient écarté pour l’autre. Elle m’explique qu’une fois bouclarès là-dedans, c’est un plaisir nectar que de s’expédier au septième ciel sans escale. La chaleur des deux corps. La pression moulante du caoutchouc. Terriblissime, la sensation. Je me prête à l’expérience en garçon qui ne rechigne jamais à payer de sa personne pour une noble cause. Faut voir, essayer, comprendre. Le corps humain, si tu lui exploites pas toutes ses ressources, tu laisses roupiller un capital, non ? Une fois que t’es clamsé, que la viandasse périclite et que les astèques tiennent en toi leur grand séminaire, t’as le bonjour pour te tirer parti de ce gentil domaine emballé dans j’ sais plus au juste quelle superficie moyenne de peau.