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Donc, j’insinue dans la combine avec Paméla.

Elle escrime pour bitougner la fermeture, qu’on soye bien chez nous dans ce gigantesque préservatif.

— Tu vas voir, tu vas voir, elle promet.

Tremblante de désir impatient, la brave dame.

Son cador aboie de plus en plus fort. Qu’est-ce qu’ils ont, les hommes, à se vouloir clébard ?

Moi, tandis qu’elle cigogne les brides adhésives, système allemand, heil les chleus ! Je profite de notre super intimité pour lui poser la question motivant ma présence en ces lieux de perdition, de stupre et de turpitudes :

— Savez-vous qui je suis, Paméla ?

— Oui : vous êtes le commissaire San-Antonio.

— Et qui donc vous l’a appris ? Je ne me rappelle pas m’être présenté à vous en ces termes.

— Cachotier, elle glousse. Attendez, je n’ai plus qu’une bride à fixer, et nous pourrons commencer. Ah ! je sens que votre ventre devient brûlant, Antonio. Et vous demeurez sans défaillance dans le même état de vigueur suprême. Oh, mon Dieu, le beau, le noble mâle. Quel homme ! Et dire que le hasard vous a conduit à moi. Et que nous voici, l’un contre l’autre, ne formant plus qu’un même corps. Unis dans une étreinte ensorcelante qui nous entraîne irrésistiblement vers des…

Merde, elle va pas me faire de la littérature, en supplément de programme, cette morue ! Je peux pas souder les gonzesses en pâmade qui te délirent des considérations enamorantes sur ce que t’es en train (si je puis dire) de leur bricoler. Le comment que c’est bon, l’à quel point c’est unique, l’incroyable extase qu’elles te doivent. Le tout ponctué de ton prénom interprété à la scie musicale. Je les boxerais, ces carnes, ces voraces. Leur filerais un crochet au menton, sec, pour leur fermer le clapet. Les réduire à la décence. Moi, sitôt qu’on sort de la stricte onomatopée sensorielle, je suis plus client. J’ai envie de reprendre mes burnes et de filer au cinoche.

Alors là, craignant que ses grandes tirades proustiennes me débranchent le bigornuche à moelle, je l’interromps d’un péremptoire :

— Qui vous a appris ma véritable identité, Paméla ?

Elle me bricole, en râlouillant, le pédigree au travers de l’enveloppe caoutchoutée, se l’assujettit dans la case Trésor.

M’oblige à consolider mon centre de gravité d’un coup de hanche diabolique.

— Je ne sais plus… Quelqu’un… répond-elle. Ah, si… La petite…

— Quelle petite ?

— Là à côté, la pauvrette qui a provoqué ce si fâcheux accident.

Elle peut plus cohérer, Papame. Le vertige la réduit à l’état de lampe à souder. Elle surchauffe du joyau. Poum ! En route. On bascule. On se roule. C’est vrai que le caoutchouc qui nous moule, nous presse, nous comprime, nous opprime, ajoute à l’intensité de…

À un moment, me v’là dos au sol, mémère marnant comme une grande. La cueillette de l’asperge dans les steppes de l’Oural !

Médor aboie comme si j’étais une roulotte de romanichel. Il saute, il frétille, il tire sur sa laisse, s’étrangle de son collier.

Paméla, elle, fait un turbin monstre. Elle est obligé de s’arquer pour s’éloigner de moi de quelques centimètres, mais la force élastique de l’enveloppe, jointe à celle encore plus forte du désir, la ramène à moi. C’est de l’amour ardu, de l’amour tendu, tu comprends ? Qui nécessite un effort très violent, et ça rend les choses hallucinantes.

Je vois s’approcher une ombre.

Celle de Miss Corinne.

Elle nous contemple fixement. Fascinée qu’on dirait par nos étranges ébats. Un très confus sourire se dessine sur sa bouche sensuelle. La mère Paméloche qui me fait la grimpette et m’escalade en danseuse ne s’aperçoit pas de sa présence. Elle continue son œuvre fornicatoire. Ali, allô, à deux sur un chameau…

La Corinne se détache de notre contemplation.

Elle examine le salon Empire, avec les yeux de détresse qu’on peut avoir dans un tel affrontement.

Ce qu’elle remarque, je vais te dire. Entre la gravure qui représente le prince Murat, et la celle comme quoi Joseph fut nommé roi d’Espagne, en remerciement d’être le frère aîné de Napoléon, se trouvent deux sabres de cavalerie placés en « X ». Tu peux pas savoir comme c’est décoratif, des armes, sur un mur. Comme ça fait intime. Bon goût et tout. Parfaite éducation. Gens d’esprit, quoi. La culture ! Et c’est tellement moins cher qu’un Delvaux, un Wunderlich ou qu’un dessin de Sempé !

Je passe.

Et pourtant j’ai des atouts.

La Corinne étend le bras vers les deux sabres. En décroche un. Tu me suis ?

Elle fait miroiter la lame courbe dans la lumière du hublot.

Après quoi, elle s’approche de notre étreinte, Paméla et à moi. Nous enjambe pour se tenir au-dessus de nous, debout à califourchon, tu comprends ?

C’est essentiel, pour ta compréhension, que tu comprennes bien, sinon tu comprendras rien à ce qui va suivre.

Moi qu’ai déjà tout pigé, je hurle :

— Non ! Non !

Paméla se méprend, elle croit que je veux repousser le moment du fade.

— Si, si ! elle riposte en pesant plus violemment sur moi, ensemble, chéri ! Ensemble !

Tu parles d’un ensemble, parfait !

Corinne a mis la pointe du sabre au-dessus du dos de ma partenaire. Elle vise entre les omoplates, très calmement.

Et puis « vraoum ».

Plonge de tout son poids sur le pommeau du sabre.

Ce qu’éprouve l’étonnant Sanantonio à cet instant, y’a que sa plume pour te le décrire. L’instant suprême de ma vie sexuelle. Lucrèce Borgia, Attila, le vampire de Düsseldorf, docteur Petiot et Mister Hyde réunis, conjugués, résumés en un seul geste. La dame Paméla a une intense crispation. Elle se cabre, se cambre, fière sicambre. Exhale un cri, un souffle. Un flot de sang. L’horrible c’est cette impitoyable lame qui continue de plonger en elle, de la traverser pour m’atteindre. Dérapant sur des os, résistant à des tissus plus fermes, retrouvant son cheminement rectiligne pour continuer de s’enfoncer irrésistiblement.

J’essaie de me dégager. Mais dis : dans ce carcan de caoutchouc, avec cette dame défunte sur toi, cerné par les deux jambesbi en campées de l’athlétique demoiselle, et puis surtout la vilaine pesée du sabre qu’enfonce, qu’enfonce mon gamin. Tant et tellement que je devine sa pointe avec la peau de mon buste. Ça y est, c’est pour moi. La lame m’arrive à bon port. Me pénètre. Je la sens trancher ma bidoche. J’ai une folle contraction du buste. Le bout du sabre pèse sur une côtelette santantoniaise. Elle plie. Ne rompt pas. Curieux comme j’ai une notion autopsienne des choses, de la réalité assassine. Un peu comme si je suivais ça sur un écran de radioscopie. La pointe me trifouille les chairs pour trouver sa voie. Elle est gênée par le corps de Paméla qu’elle transperce et qui la bloque. Corinne appuie de plus moche. Si ma côte pète, je suis naze. Si la lame dérape du mauvais côté, probablement idem. Un soubresaut supplémentaire me sauve. Il est infime. Suffisant pourtant. La lame poursuit sa route, mais à l’extérieur de ma cage thoracique, tranchant ma chair dans la région de l’aisselle.