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— Qu’est-ce que c’est que la Krahina ? interrogea Malko.

Devant les explications embrouillées du Croate, David Bruce prit le relais.

— Une histoire de fou ! fit-il. Plusieurs bourgades serbes en Croatie, sous la pression de Belgrade, ont proclamé leur « indépendance ». Ils se sont emparés du pouvoir, maltraitent les habitants croates et interdisent aux Croates ou aux étrangers de franchir les limites de leur village. Us vous tirent dessus et vous rançonnent. Il y a déjà eu plusieurs incidents graves. Ce qui est ennuyeux, c’est que ces villages avec Knin au centre contrôlent la route de la Dalmatie où vont tous les touristes. Aujourd’hui, il n’y a plus personne et c’est la ruine.

— Ils sont armés ?

— Il y a des Tchekniks, des extrémistes serbes. Ils se sont livrés déjà à pas mal d’atrocités.

— Mais que fait le gouvernement croate ?

— Rien, avoua le policier. Nous n’avons pas de moyens militaires suffisants, à part la Garde nationale, et l’armée yougoslave veille sur ces villages. Ils nous interdisent de rétablir l’ordre. Les officiers sont serbes pour la plupart et ont pris le parti des Krahinais… Rien qu’en Croatie, il y a encore 50 000 hommes de l’armée avec des T. 55 et des T. 72. Nous n’avons rien à leur opposer…

Malko réfléchissait. Ce n’étaient pas les quelques dizaines de M. 16 qui allaient retourner la situation. Le policier continua.

— Surtout, le gouvernement de Franjo Tudman ne veut pas faire le jeu des extrémistes. La police et la Milicja ont reçu pour consigne de ne pas répondre aux provocations. Sinon, les Serbes brandiraient à nouveau le spectre des Oustachis et ce serait très mauvais pour notre image de marque.

On y était. Le complot anti-croate prenait forme. La CIA avait raison : des éléments pro-communistes tentaient d’étouffer la sécession croate. Sous couleur d’ultra-nationalisme…

* * *

Mladen Lazorov allumait une cigarette à l’autre. Malko avait pris place dans sa BMW après avoir déposé sa voiture devant L’Esplanade. À l’arrière, se trouvait une carabine Kalach, chargeur engagé, même pas dissimulée. Tous les miliciens savaient que ce type de BMW grise appartenait au Service. Ils étaient arrivés là où Malko avait déposé la mystérieuse blonde. En compagnie du policier, ils commencèrent un fastidieux porte-à-porte.

* * *

Malko finissait même par comprendre le serbo-croate ! À force d’entendre les mêmes phrases, indéfiniment répétées. Ils avaient passé au peigne fin tous les immeubles de cet ilot en pleins champs. Résultat nul. Personne ne semblait connaître la blonde. Découragé, Mladen Lazorov se tourna vers Malko.

— Elle vous a amené ici uniquement pour l’attentat. Elle habite ailleurs.

— Vous n’avez personne qui y ressemble dans vos fichiers ?

— Il n’y a pas de vrai fichier, avoua laconiquement le Croate. Nous sommes une douzaine de gens sûrs et on travaille vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Les types de l’UDBA sont partis avec leurs fichiers. Revenons à Zagreb, il faut tout reprendre à zéro.

— L’homme que vous avez abattu ? demanda Malko tandis qu’ils roulaient sur l’autoroute de Ljubljana. On n’a rien trouvé sur lui ?

— Babic ? Il était fiché comme extrémiste de droite. Il faisait même partie du mouvement pour la Grande Croatie, mais c’est tout. Nous avons perquisitionné chez lui, sans succès. Pas un numéro de téléphone, rien.

— Son appartement est surveillé ?

— Il y a les scellés dessus, mais nous n’avons pas assez de gens pour cela. De toute façon, il habitait dans une tour de Novi Zagreb, il ne connaissait même pas ses voisins.

Ils étaient arrivés à l’entrée de Zagreb. Le Croate prit la direction de L’Esplanade et s’arrêta sur la rampe.

Malko éprouvait un sentiment de frustration épouvantable. Cela semblait impossible que dans une ville aussi petite que Zagreb on ne puisse trouver la piste de ses adversaires.

Mladen Lazorov qui semblait découragé lui aussi demanda brusquement :

— Il y avait autre chose que des armes dans le Volvo ?

— Des magnétoscopes et des téléviseurs Akai et Samsung. Et quelques caisses de Johnnie Walker. Pourquoi ?

— Tout a été volé. Cela va réapparaître. Si on pouvait avoir des éléments précis sur ce chargement, cela serait utile.

— Je vais m’en occuper, promit Malko.

Le hall rococo de L’Esplanade était désert, à part une créature en pantalon flottant de soie orange. La clef n’était pas là, donc Swesda Damicilovic ne s’était pas sauvée. Quand il poussa la porte de la chambre, il la trouva en effet. Vautrée sur le canapé, la jupe retroussée jusqu’aux hanches, en face d’un homme rondelet assis sur une chaise. Une bonne tête avec des dents écartées, les cheveux gris et une cravate. Il se leva devant Malko et lui tendit la main, ayant visiblement beaucoup de mal à détacher les yeux des cuisses de Swesda généreusement exposées.

— Jozo Kozari, annonça-t-il d’une voix douce. Mr. Bruce m’a demandé de vous contacter.

Le franciscain agent de la CIA !

Il se rassit avec un sourire patelin, se replongeant dans la contemplation des jambes de Swesda Damicilovic, ses mains grassouillettes croisées sur son ventre, plongé dans une méditation intérieure qui ne devait pas être complètement éthérée.

Malko prit place en face de lui, furieux d’avoir à parler en présence de Swesda, mais la jeune femme ne manifestait aucun désir de quitter la pièce. Apparemment fascinée par le franciscain. Celui-ci leva sur Malko un regard faussement endormi où flottait une lueur aiguë.

— Mr. Bruce m’a dit que vous vous intéressiez à nos amis de la Grande Croatie. Ce sont des gens très sympathiques, très motivés, soutenus par l’Histoire, n’est-ce pas ? Au douzième siècle, la Croatie était un état puissant et riche. Elle pourrait le redevenir.

Suffoqué par cette analyse sommaire, Malko ne put s’empêcher de demander :

— Vous y croyez, vous ? Il faudrait demander leur avis aux Serbes, aux Bosniens, aux Macédoniens.

Le franciscain eut un geste onctueux signifiant que tout cela n’était que détail.

— Un référendum, peut-être, suggéra-t-il de sa voix douce.

Avec la peine de mort pour ceux qui diraient « non »…

Laissant le contact de la CIA à ses utopies, Malko entra dans le vif du sujet. Essayant de ne pas en dire trop. Swesda ignorait encore la mort probable de Gunther, le chauffeur du Volvo, et l’attaque dont Malko avait fait l’objet.

— Parmi ces Croates nationalistes, demanda-t-il, avez-vous entendu parler d’un certain Benkovac ?

Jozo Kozari prit l’air concentré avant de laisser tomber :

— Benkovac… Oui, Miroslav Benkovac. Je le connais, je l’ai confessé à plusieurs reprises. Un très gentil garçon, très pieux. Pourquoi me parlez-vous de lui ?

— Nous pensons qu’il est assez représentatif de ce groupe, plaida Malko. Est-il possible de le rencontrer ?

Le franciscain frotta l’une contre l’autre les paumes de ses petites mains.

— Je ne suis pas certain qu’il soit toujours à Zagreb. Mais je confesse régulièrement quelqu’un qui le connaît très bien. Une jeune femme à qui il est arrivé une histoire terrible. Attirée dans un guet-apens par des Tchekniks, elle a été traitée d’une façon abominable…

Il s’arrêta et Swesda sauta à pieds joints dans la conversation.