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— Je vais aller porter ces documents à Mladen Lazorov. Nous ne pouvons rien négliger.

— Et le bon père Jozo Kozari ?

— Je dois le revoir aujourd’hui, dit Malko, mais maintenant que cette Sonia est alertée…

— Faites tout ce que vous pouvez, supplia le chef de station. Nous sommes vis-à-vis du gouvernement croate dans une position très très délicate. Pour ne pas dire plus…

Malko se retrouva dans la fournaise de Zagreb. Swesda avait préféré demeurer à l’hôtel où, hélas, il n’y avait pas de piscine. En tout cas, pouf la seconde fois, elle s’était révélée d’une grande utilité.

* * *

La place du ministère de la Défense, au cœur de la vieille ville, ressemblait à un décor d’opérette des années trente, avec les deux gardes chamarrés de rouge gardant l’entrée de la résidence du Premier ministre croate. Partout des oriflammes à damiers blancs et rouges. Le parking, en face de l’immeuble massif du ministère de la Défense, était bondé de BMW et de Mercedes. L’État était pauvre, mais savait ménager ses serviteurs. Un jeune homme en blazer bleu et cravate aux couleurs nationales conduisit Malko à travers un dédale de couloirs solennels, qui lui rappelèrent le château de Liezen, jusqu’à un petit bureau du quatrième étage donnant sur une cour intérieure.

Mladen Lazorov était en train de jouer à un jeu électronique sur le clavier d’un ordinateur, son beau visage plissé par la concentration…

— Quelle bonne surprise ! s’exclama-t-il, en remettant sa veste.

— Vous ne travaillez pas ? s’étonna Malko.

— Je n’ai rien à faire aujourd’hui, je suis de permanence. Vous avez pu vous reposer ?

— Pas vraiment ! dit Malko.

Lorsqu’il fit au policier croate le récit de son expédition au Best, celui-ci se rembrunit.

— Vous auriez dû me prévenir, je serais allé avec vous ! Ils auraient pu vous tuer. Mais comment aviez-vous eu cette piste ?

— Vous connaissez Jozo Kozari ? demanda Malko.

Le policier sourit.

— Qui ne le connaît pas ! Vous savez, l’Église catholique a toujours joué un grand rôle en Croatie, comme en Pologne. Le père Kozari est un homme érudit, très proche des milieux d’extrême droite, des descendants moraux des Oustachis. Mais il ne prône pas la violence. Il a toujours été respecté, même du temps du régime titiste qui l’autorisait à se rendre fréquemment à des conférences à l’étranger. Il va peut-être nous aider dans cette affaire…

— On verra, fit Malko, sans trop d’illusions.

Depuis son arrivée à Zagreb, il n’avait guère progressé et les catastrophes s’accumulaient. Maintenant, il lui restait à tuer le temps jusqu’à la fin de l’après-midi, où il retrouverait Jozo Kozari à la cathédrale. Au moment où il allait partir, Mladen Lazorov qui avait commencé à examiner le manifeste du Volvo, le rappela.

— Tout ce que contenait ce camion est du matériel très recherché dans notre pays. Comme il y en a une quantité importante, les seuls qui puissent l’écouler rapidement, c’est la Mafia albanaise. C’est eux qu’il faut contacter pour essayer de remonter la piste.

— La Mafia albanaise n’a quand même pas pignon sur rue, objecta Malko.

Le policier eut un sourire ironique.

— Non, mais je sais où les trouver. Soit dans le secteur de Remuza, à l’ouest de la ville, soit au marché aux puces de Jakusevec. Justement, il se tient demain matin. Je viendrai vous chercher à l’hôtel vers huit heures ...

Il raccompagna Malko le long des couloirs déserts du ministère de la Défense et Malko se retrouva sur la place inondée de soleil, redescendant à pied vers l’endroit où il avait garé sa voiture, passant sous le porche où se dressait jadis l’entrée de la vieille ville, transformée en chapelle en plein air, aux murs recouverts d’ex-voto. Un quarteron de vieilles femmes étaient abîmées en prières, agenouillées sur des bancs de bois. La Croatie n’était pas la fille aînée de l’Église, mais ça n’en était pas loin…

* * *

Le père Jozo Kozari méditait dans son confessionnal en attendant ses habitués lorsque des grincements lui indiquèrent que quelqu’un désireux de se confesser venait de s’installer dans le box de gauche. Il fit alors coulisser le panneau de bois, découvrant le quadrillage à travers lequel il devina une tête.

— Je suis à vous, murmura-t-il.

— C’est moi, Jozo, fit la voix qu’il haïssait.

Brutalement, il eut l’impression de se trouver en face du diable et faillit refermer le volet, tout en sachant que ça ne servirait à rien. Muet, il attendit la suite, recroquevillé dans la pénombre.

— Que voulez-vous ? demanda-t-il.

— Tu as été très imprudent, Jozo, fit la voix. Cela aurait pu avoir des conséquences graves. Pour toi aussi. Je suis venu te dire de faire attention désormais. Tu as des fréquentations dangereuses en ce moment. Pourquoi ne restes-tu pas dans ton couvent, à étudier et à lire ?

Jozo Kozari avala sa salive.

— Tu as un rendez-vous ici, n’est-ce pas ? continua l’interlocuteur du franciscain.

— Oui, admit le franciscain dans un souffle.

En réalité, il avait deux rendez-vous, mais il ne savait celui auquel son interlocuteur faisait allusion.

— Désormais, continua la voix avec un ton inflexible, tu me tiendras au courant de tout. Je te téléphonerai tous les jours.

— Oui.

Il se haïssait. La voix enchaîna :

— À bientôt, Jozo. Si tu vois Sonia, dis-lui de te fuir.

De nouveau, les planches craquèrent. Le confessionnal était vide. Jozo Kozari s’appuya au vieux bois et ferma les yeux, invoquant le Seigneur. Il ne craignait pas l’enfer, sachant déjà de quoi il était fait.

* * *

Malko était installé depuis une heure à la terrasse d’un café situé dans Kaptol, juste en face de la cathédrale, lorsqu’il vit une femme émerger des escaliers menant au marché. Ses cheveux blonds étaient noués en queue de cheval, elle était vêtue du même jeans que la veille avec un haut plus décent et se dirigeait à pas pressés vers la cathédrale.

Sonia se rendait au rendez-vous fixé par le père Jozo Kozari. Les transmissions fonctionnaient bien. Cette fois, il n’allait pas la laisser échapper.

Il allait lui rendre la monnaie de sa pièce.

Chapitre XII

Jozo Kozari sursauta, entendant de nouveau les planches du confessionnal craquer. La visite précédente l’avait traumatisé et il n’arrivait pas à retrouver son calme intérieur. Il se força à faire coulisser le panneau de bois et tout de suite distingua une tache claire : de l’autre côté, il y avait une femme blonde.

— Jozo ! fit à voix basse Sonia, tu me cherches ? Que se passe-t-il ?

Le franciscain respira profondément. Il était sur un volcan. Si l’homme de la CIA arrivait pendant que Sonia se trouvait là, il en porterait la responsabilité. Mais il y avait des choses qu’il ne pouvait pas avouer, même à Sonia. Il s’efforça donc d’adopter un ton léger pour répondre :

— Non, je ne te cherche pas, j’avais seulement demandé de tes nouvelles. Il y a longtemps que je ne t’ai pas vue. Tu viens te confesser ?

— Oui, répondit Sonia avec une hésitation imperceptible.

Jozo Kozari se mit à l’écouter, regrettant aussitôt sa proposition. D’une oreille, il guettait son murmure, de l’autre, il surveillait les bruits de l’extérieur. Chaque seconde passée dans ce confessionnal avec Sonia accroissait les risques d’une catastrophe.