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« Mon fils se tait. Nous attendons sa réponse à Nicodème. Enfin : Tous, vous voulez accélérer le temps. Passe encore pour une mère impatiente qui oublie sa place. Mais, toi, le pharisien, ne sais-tu pas Qui décide ? Votre impatience vous fait esclave du monde. Pourtant, je vous le dis : dans le monde, vous n’aurez que détresse.

« Nicodème est consterné par ce qu’il entend. Même les disciples espéraient d’autres paroles. Je dis à Mariamne : Mon fils me condamne en public. Ai-je commis une faute ? Ai-je commis une faute irréparable ? Qu’elle s’en souvienne, car c’est la première fois que j’y songe.

« Nicodème s’en retourne comme il est venu. Toute la nuit, Jérusalem retient son souffle. Des milliers attendent le signe de mon fils.

« Il n’y en a pas. Le ciel demeure couvert.

« A l’aube, une cohorte romaine, son tribun et la garde du Temple viennent à Béthanie. Yechoua va entre leurs mains comme un agneau va au couteau. Ils le conduisent à Caïphe, qui le donne à Pilatus le Romain. Dans les rues de Jérusalem, la colère gronde. Cette fois, contre Yechoua. On entend : Où nous a-t-il entraînés, celui-ci ? Il annonce qu’il va remonter le Temple en trois jours, il n’est même pas capable de faire tomber Caïphe de son siège ! Notre sang est dans les rues, et pour quelle issue ?

« Claudia la Romaine, celle qui suit l’enseignement de Mariamne depuis Cana, accourt en pleurant. Elle dit : Pilatus est mon époux. Il n’est pas mauvais. Je vais lui demander la clémence pour ton fils Yechoua. Il ne doit pas mourir, il ne doit pas aller sur la croix. Je lui réponds : N’oublie pas Barabbas. Il est dans […][3]

« […] foule : Lui ! Lui ! Il s’est battu pour nous. L’autre nous a […] sentence de Pilatus doit à l’influence vicieuse d’Hanne sur […]

« […] genoux devant moi : Quelle honte d’avoir été choisi par le peuple à la place de ton fils. À quoi bon cette libération ? Cette vie que l’on me rend, maintenant, que vais-je en faire ? J’aurais préféré mille fois mourir.

« C’est la première fois que je vois des larmes dans les yeux de Barabbas. Sa tête blanche pèse entre mes mains, ses pleurs mouillent mes paumes. Je le relève. Je suis déchirée par ses mots. Je le serre contre moi. Je dis : Moi, je suis heureuse que tu vives, Barabbas. Je suis heureuse que le peuple t’ait désigné à la clémence de Pilatus. Je ne veux pas te perdre en plus de perdre mon fils. Tu sais comme je le sais que nos vies […]

« […] garde de ne pas consentir à ce qu’on lui fasse du mal. Moi, Claudia, cette nuit j’ai eu un songe effrayant. Le feu du ciel ruisselait sur nous après son supplice. Tous te l’ont assuré : Yechoua de Nazareth est un homme de bien. Si la foule a choisi Barabbas, cela ne veut pas dire que la mort de Yechoua n’engendrera pas une nouvelle révolte. Alors mon époux me répond : Tu parles ainsi de ce Nazaréen parce que tu es devenue sa disciple. Moi, Pilatus, gouverneur de Judée, j’écoute ce que me dit le grand prêtre Caïphe. Lui, il connaît le bien et le mal des Juifs.

« À ces mots, chacun soupire. Les disciples protestent et gémissent. Claudia la Romaine dit encore : La vérité, c’est que Pilatus mon époux a peur de César. S’il se montre magnanime, à Rome on dira qu’il est un gouverneur à la main faible et malhabile.

« Après ces paroles, nous savons qu’il n’y aura pas de grâce. Chacun va dans ses larmes et sa tristesse. Mariamne ma sœur de cœur me demande : Pourquoi tes yeux demeurent-ils secs ? Tout le monde pleure, sauf toi.

« Qu’elle se souvienne de ma réponse. Je lui dis : Les larmes, on les verse lorsque tout est achevé. Pour ce qui est de Yechoua mon fils, rien n’est achevé. Et moi, je suis peut-être bien la raison de ses tourments d’aujourd’hui. Mon cœur me dit : Lacère ton visage et demande pardon au Seigneur. Ton fils va mourir à cause de toi. Yechoua t’a dit : Mon temps n’est pas encore venu. Toi, tu es passée outre. À Cana, je l’ai contraint à nous faire signe. Je l’ai contraint à montrer la face du Tout-Puissant en lui. L’eau de Cana devenue vin de Yhwh. J’ai eu l’orgueil de l’impatience. Voilà l’épée qui transperce maintenant mon âme et me fait voir ma faute.

« À Mariamne, je dis : Il n’est pas de nuit et d’heure du jour sans que je prie le Seigneur Dieu de me châtier pour avoir voulu accélérer le temps. J’ai voulu la délivrance ici et maintenant. Je suis comme le peuple, je veux la lumière, l’amour des hommes, et je n’en peux plus du ciel fermé. Mais qu’apportera la mort de Yechoua ? Sa parole n’a pas encore changé la face du monde. Rome est toujours dans Jérusalem. Le vice est dans le Temple, il règne sur le trône d’Israël. Rien n’est encore accompli. Pourtant, ce Yechoua, ne l’ai-je pas enfanté pour qu’adviennent la lumière des jours à venir et la libération du peuple d’Israël ?

« Que Mariamne s’en souvienne, ce sont mes paroles : Je ferai ce que doit faire une mère pour empêcher son fils de mourir dans le supplice de la croix. N’ai-je pas empêché Hérode d’y faire périr mon père Joachim ? Je le ferai encore. Dieu peut me punir. Pilatus peut me punir. J’ai commis une faute, je suis prête pour le châtiment. Que l’on me crucifie à la place de mon fils. Que l’on cloue mes mains et mes pieds.

« Mariamne répond : Cela ne sera jamais. Tu ne pourras pas remplacer Yechoua dans le supplice. Ici, les femmes n’ont aucun droit, pas même celui de mourir sur la croix.

« Je sais qu’elle a raison. Je vais vers Joseph d’Arimathie : Qui peut me venir en aide ? Cette fois, je ne veux rien demander à Barrabas. Les disciples de Yechoua le montrent du doigt. Il cache sa honte d’avoir été libéré à la place de mon fils. Il souffre tant qu’il n’a plus assez de raison pour que je m’appuie sur lui. Joseph me répond : L’aide, c’est moi qui vais te l’apporter. Celui qui saura sauver ton fils, c’est moi. Dieu fera le jugement. Si la volonté de tuer ton fils sur la croix appartient au Tout-Puissant, Yechoua mourra. Si elle n’appartient qu’à Pilatus, alors Yechoua vivra.

« On se réunit en tout petit nombre. Joseph d’Arimathie désigne ceux qui peuvent être utiles sans trahir : Nicodème, le pharisien du sanhédrin, Claudia la Romaine, les disciples esséniens accourus de Beth Zabdaï à sa demande […][4]

« […] dressée, ainsi que Claudia la Romaine l’a annoncé. A la gauche de sa croix, l’homme au supplice est Gestas de Jéricho. Une pancarte dit qu’il a tué. A la droite, l’homme est plus vieux de beaucoup. Son nom est Demas. Il est de Galilée. Dessous, sa famille le pleure en criant qu’il n’est pas un larron mais un aubergiste qui répand le bien autour de lui.

« Sur la croix de Yechoua, il est écrit sur une planche : Yechoua, roi des Juifs. En hébreu, en araméen, en grec et en langue de Rome : toutes les langues d’Israël. Les Romains savent que le peuple de Jérusalem a nommé ainsi Yechoua devant le Temple. Ils désirent humilier tous ceux qui ont cru en lui.