Выбрать главу

Quand elle reprit ses esprits, il était étendu contre elle, nu, et il achevait de la déshabiller. Voyant s’ouvrir ses yeux, il se mit à rire :

— Pardonnez-moi mais je ne pouvais plus attendre. Jamais je n’ai désiré une femme comme je vous désirais…

— Et… maintenant ? murmura-t-elle en essayant de se relever.

— Plus encore qu’auparavant mais nous allons, à présent, nous donner du temps. Je peux être tendre… vous savez ?

Il entreprit aussitôt de le lui démontrer et Marie, éblouie, découvrit qu’elle ne savait rien de l’amour, ou si peu parce que avant ce merveilleux amant qui savait si bien jouer de son corps, son cœur, lui, n’était pas engagé.

L’aube était proche quand il la quitta avec l’intention de sortir discrètement de l’hôtel pour revenir un moment plus tard en homme qui éprouve le besoin dune promenade. Cependant Marie resterait dans le pavillon jusque dans la matinée comme si elle y avait cherché refuge contre le vacarme de la fête…

Avant de s’éloigner, Henry l’avait étreinte une dernière fois :

— Comment allons-nous faire dans les jours à venir ? Passe pour cette nuit mais nous ne pouvons plus utiliser ce pavillon… et la faim que j’ai de vous n’est pas près d’être assouvie…

D’une voix ensommeillée elle promit d’y penser. Elle se sentait à la fois lasse à mourir… et merveilleusement bien, comblée au-delà de ses espérances et, pour l’instant, elle ne souhaitait que dormir. Avec un petit rire, Holland la reposa au milieu des coussins en désordre, la rhabilla sommairement en évitant le contact direct de ce corps ravissant dont il éprouvait déjà tant de peine à se séparer…

Ce fut Elen qui découvrit Marie endormie dans sa retraite après l’avoir cherchée partout. Un instant elle contempla le joli spectacle qu’elle offrait avec une fureur grandissante. Les marques sur la peau délicate n’étaient que trop explicites ainsi que les lèvres gonflées et l’expression de béatitude du visage aux yeux clos. Un instant elle fut tentée d’aller chercher Chevreuse, mais elle réussit à se dominer. Si elle dénonçait sa maîtresse elle ferait sans doute les premiers frais de la colère du Duc. On la chasserait et elle ne saurait plus rien des faits et gestes d’une femme qu’elle détestait à présent d’une jalousie dévorante…

Au lieu de cela, elle la secoua en répétant qu’il fallait se hâter, l’aida à remettre sa robe, fourrant les jupons sous le lit de repos dans l’intention de revenir les récupérer plus tard, puis courut prendre une cape pour cacher les traces révélatrices du décolleté, la chaussa et l’entraîna en la portant presque à travers les jardins. Marie se laissait faire comme une petite fille, se contentant de sourire aux anges quand Elen lui parlait. Grâce à Dieu l’hôtel était livré au grand ménage obligatoire après une fête de cette importance, et comme la suivante choisit d’emprunter l’escalier dérobé menant directement à l’appartement de la Duchesse, elles ne rencontrèrent personne. Arrivée dans la chambre de Marie, elle entendit celle-ci lui dire :

— Pourquoi m’as-tu réveillée ? J’ai tellement sommeil…

— Je vous mets au lit. Vous pourrez y dormir toute la journée et même toute la nuit ! C’est la meilleure solution et je dirai que vous êtes souffrante… Apres tout vous pouvez fort bien avoir trop bu, vous aussi !

— C’est cela !… Très bonne idée !… Bonne nuit…

Marie se rendormait déjà. Elen ferma les courtines, ordonna à la chambrière Anna qui accourait de ne pas réveiller sa maîtresse et, incapable de se contenir plus longtemps, voulut aller jusqu’à l’église voisine dans l’espoir d’y trouver l’apaisement de l’autre soir mais, en sortant de l’hôtel de Chevreuse par la porte de service, elle se heurta si violemment à Holland qui rentrait après s’être promené un moment le long de la Seine, qu’elle tomba sur un genou. Il la releva, naturellement :

— Eh bien, où courez-vous si vite ?

— Je ne pense pas que cela vous regarde… Mylord Holland !

Il eut un bref sourire qui montra, en éclair, la blancheur de ses dents… qu’elle jugea irrésistible :

— Vous me jetez mon nom à la figure comme une insulte ! Je croyais que nous étions amis ?

— Je le croyais aussi. Cependant, depuis votre arrivée, vous semblez m’ignorer et en votre présence j’ai l’impression d’être devenue transparente. Cette attitude ne ressemble guère à de l’amitié…

— Allons, ma chère, soyez raisonnable ! Si j’avais dit que nous nous connaissions, il eût fallu fournir des explications, dire dans quelles circonstances nous nous sommes rencontrés… et ce n’eût été bon ni pour l’un ni pour l’autre. A présent ce sera plus facile… surtout si vous me permettez de vous accompagner un instant.

— Je n’en vois ni la raison ni l’agrément !

— Moi si, fit-il avec beaucoup de douceur. J’aimerais développer cette sympathie… non, je n’aime pas ce terme et pas davantage celui d’amitié dont nous venons de nous servir. Disons cette attirance que vous m’avez inspirée dès notre rencontre.

Il cherchait à prendre sa main. Elle recula, furieuse de sentir qu’à nouveau le charme de cet homme opérait sur elle, et trouva dans la colère une sorte de refuge.

— Pourquoi ne pas dire l’amour pendant que vous y êtes ?… L’amour alors que vous avez cette nuit souillé la maison de votre hôte en couchant avec sa femme ! Et vous osez maintenant…

— Oui, j’ose ! Ne confondez pas les élans du cœur avec ceux du corps, et votre maîtresse n’est pas de ces vertus rigides que l’on ne peut approcher. J’en suis heureux parce qu’elle est merveilleusement belle et qu’elle m’inspire un violent désir ! Vous, c’est autre chose.

— Et votre épouse c’est encore autre chose, j’imagine ? lança Elen, tremblante de rage. Vous êtes marié, si je ne me trompe ?

— En effet ! admit-il paisiblement. Depuis six ans et j’ai trois enfants. Lady Isabel, ma femme, est une grande dame, aussi noble que belle mais elle ne saurait me contraindre à une fidélité dont elle sait fort bien que je ne suis pas capable. Et la passion, essentiellement charnelle, que m’inspire Mme de Chevreuse, n’a rien à voir avec ce qui m’attire vers vous… Elen !

— Je vous défends de m’appeler Elen… Vous n’êtes qu’un monstre et je vous hais ! Vous n’imaginez pas comme je vous hais…

— Comme vous voudriez bien me haïr ! rectifia-t-il en riant. Mais je saurai vous faire changer d’avis…

Incapable d’en entendre davantage, elle se précipita à Saint-Thomas où elle s’engouffra. Il n’y avait pas d’office à cette heure et la fraîche et calme pénombre l’apaisa. Ainsi que l’autre soir, elle alla s’agenouiller devant l’autel de la Vierge et s’y abîma dans une prière dont personne cette fois ne vint la distraire. Elle pria éperdument pour être délivrée du sortilège dont elle était captive, pour que l’image de Henry Holland s’éloigne de son esprit en espérant seulement qu’il ne lui faudrait pas aller jusqu’à l’exorcisme, car un homme capable de tenir des propos aussi pervers ne pouvait être que le Diable en personne…

Pourtant, en rentrant à l’hôtel de Chevreuse, elle ne put s’empêcher de lever la tête en direction des fenêtres de l’appartement qu’il partageait avec Lord Carlisle…

En arrivant au Louvre le lendemain, Marie fut rejointe dans l’escalier de la Reine par Louise de Conti qui l’embrassa avec effusion avant de prendre son bras pour achever l’ascension.

— Quelle belle fête vous nous avez offerte, ma chère ! s’écria-t-elle. J’en ai rarement vu de mieux réussie… à tous égards !

La princesse avait baissé considérablement la voix sur les derniers mots et comme Marie tournait vers elle un regard interrogateur, elle ajouta contre son oreille :