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— Celle que nous nous sommes donnée dans les jardins était encore plus réussie qu’à l’intérieur. Vous êtes de mon avis, je pense ? Allons ne faites pas cette tête, je suis votre amie et je vous l’ai prouvé. Lord Holland fait-il convenablement l’amour ?

— Louise ! Mais comment savez-vous ?

— C’est simple : je vous ai vus entrer tous deux dans le pavillon dont la porte était si hermétiquement fermée ! Et ne me demandez pas comment je sais qu’elle était close, c’est parce que nous n’avons pas pu entrer, John Carlisle et moi. Nous avons dû nous réfugier sous une tonnelle de chèvrefeuille.

— Vous et…

Le rire de Louise qui était un de ses charmes s’égrena en cascade, incroyablement joyeux :

— Pourquoi non ? C’est un friand morceau et nous nous convenons ! Aussi avons-nous l’intention de réitérer prochainement des jeux aussi délicieux.

— Quelle chance vous avez ! soupira Marie. Vous êtes libre de votre personne et vous pouvez le recevoir chez vous ! Ce qui m’est impossible…

— Donc j’avais raison. Il fait bien l’amour et vous êtes à lui ?

— Plus que vous ne sauriez dire ! murmura la jeune femme. Nous brûlons l’un et l’autre de nous rejoindre… et je ne peux pas vous demander asile comme au temps où votre frère était mon amant…

— Croyez que je le regrette, mais il m’est impossible de faire ça à Claude. En revanche je peux vous donner une adresse sûre. Une de mes anciennes femmes de chambre m’a quittée pour épouser un aubergiste assez fortuné. Elle est veuve à présent mais elle a repris l’auberge qu’elle mène avec autant de bonne grâce que de jugement. Et elle n’a rien à me refuser… Allez chez Eglantine Corbier. Sa maison de La Vigne en Fleur est sise rue des Nonnains-d’Yerres près de l’hôtel de l’archevêque de Sens, dans un endroit tranquille. Elle a deux entrées dont l’une sur un petit jardin à demi couvert par une treille magnifique… La maison est propre, le vin est bon et vous y serez fort bien à l’écart de la salle où nombre d’ivrognes se donnent rendez-vous. Leurs clameurs et leurs chansons peuvent même être utiles pour étouffer les gémissements au plus fort du plaisir ! Allez-y ! je vais faire prévenir Eglantine…

Pour seule réponse, Marie se haussa sur la pointe des pieds et embrassa sa belle-sœur…

Deux jours plus tard, sous les habits d’une camériste, Marie rejoignait son amant dans une chambre aux murs blanchis à la chaux, carrelée de rouge, dont l’unique fenêtre donnait sur de la verdure et où les attendait un large lit de bois ciré aux draps fleurant bon la lessive.

C’est là qu’un soir, alors qu’encore haletants, tous deux buvant du vin frais pour éviter de se laisser aller au sommeil, Henry dit à Marie :

— Savez-vous qu’il y a à Londres un homme qui rêve, à en devenir fou, de faire connaître à votre reine des moments semblables à ce que nous vivons ensemble ?

— Comme vous le dites : c’est un fou.

— Pourquoi ? Parce qu’elle est l’épouse d’un roi qui n’a pas l’air de la toucher souvent ?…

— Non, mais parce qu’en Espagne on élève les infantes dans un corset de fer et qu’on leur apprend que l’amour est péché mortel. Cela dit, l’idée m’était venue, il n’y a pas si longtemps, d’essayer de lui donner Montmorency. Ce qui a causé un drame. Alors qu’est-ce qu’un malheureux Anglais peut espérer ?…

Henry éclata de rire.

— Un malheureux Anglais ? Savez-vous seulement de qui vous parlez ? Vous souvenez-vous de Buckingham ?

— Ah, c’est lui ?

— Oui, c’est lui, à présent duc et sans doute l’homme le plus riche et le plus puissant d’Angleterre ! Le plus beau aussi !

— Vraiment ? Moi je vous préfère…

— C’est du moins ce que tout le monde dit et vous n’êtes pas tout le monde. Georges a plus de pouvoir que le roi Jacques parce qu’il règne d’abord sur le roi Jacques. Toutes les grâces passent par lui, toutes les condamnations aussi je pense. Et voilà celui qui donnerait tout pour être aimé de votre Reine…

— C’est beaucoup, mais croyez-vous que ce soit suffisant pour une reine de France et a fortiori pour une infante qui, aux yeux des Espagnols, représente beaucoup plus. Pourtant…

Laissant sa phrase en suspens, Marie s’étira puis, se levant, alla jusqu’à la fenêtre où sa silhouette gracieuse se dessina en ombre chinoise. Holland, lui, n’avait pas bougé : étendu sur le lit dévasté, il la regardait :

— Pourtant ? reprit-il.

La jeune femme ne répondit pas. Elle réfléchissait. Soudain, elle se retourna, les yeux pétillants de malice et, sautant sur le lit, se blottit dans les bras de son amant :

— L’idée me vient que ce pourrait être amusant de nouer une intrigue d’amour entre ces deux-là ? Vous avez raison : il a ce qu’il faut pour plaire, ce Buckingham ! Même à moi !

— Sans doute… mais je vous prie de ne pas oublier que vous m’appartenez et que je n’aime pas partager ! gronda-t-il, l’œil devenu cruel. J’entends à l’exception de nos époux respectifs… et encore ! Moi je m’en tire en engrossant ma femme régulièrement mais que faites-vous du Duc ?

Marie éclata de rire et lui posa un baiser sur le bout du nez :

— Pas grand-chose ! Depuis quelque temps j’éprouve le soir une grande lassitude… mais revenons à notre affaire !

— Parce que c’est notre affaire à présent ?

— A qui d’autre ? Dès demain je commencerai à glisser le plus souvent possible votre amoureux dans mes entretiens avec la Reine. Peu à peu, je suis presque certaine de parvenir à lui donner du goût pour lui et quand il viendra… car il viendra, j’espère ?

— Si le mariage se conclut, aucune force humaine ne l’empêchera de mener en personne l’ambassade qui viendra prendre possession de la princesse.

— Et nous ferons en sorte qu’un amour si fidèle trouve sa récompense ! Oh oui… faire connaître à cette pauvre petite les brûlures de la passion, la faire tomber dans les bras du beau George… quelle joie ce serait pour moi ! Et quelle revanche !

— Contre qui ?

— Le Roi, évidemment ! Ne vous ai-je jamais dit que je le hais ? Ajouter des cornes aux lys de sa couronne m’enchanterait !…

Sa voix devenait si dure que Henry fronça le sourcil et prit le menton de Marie pour l’obliger à le regarder ;

— Soyez prudente ! Louis n’est pas un petit sire dont on peut se moquer impunément et je serais navré que si jolie tête soit livrée au bourreau !

— Vous m’aimez donc ? Pourtant vous ne me l’avez jamais dit !

— Je vous le prouve. N’est-ce pas mieux ? Le mot aimer n’a guère de sens pour moi…

— Peut-être…

Elle aurait tant voulu, pourtant, entendre au moins une fois ce mot vide de sens…

CHAPITRE VI

OÙ BUCKINGHAM PERD LA TÊTE…

En se levant sur Paris, le soleil du 8 mai 1625 se préparait à illuminer le premier des quatre jours de gloire absolue de Claude de Chevreuse. A savoir : les fiançailles de la princesse Henriette-Marie avec le roi Charles Ier d’Angleterre. Or, le roi Charles, c’était pour cette période le bienheureux Chevreuse, chargé par lui de le représenter et d’épouser « par procuration » la plus jeune fille du défunt Henri IV. Et jamais le Duc ne s’était senti aussi fier qu’en contemplant dans un miroir que tenaient deux valets sa propre personne, revêtue d’un superbe costume de satin noir à bandes blanches scintillantes de diamants avec des aiguillettes de pierres précieuses. Jamais il ne s’était trouvé aussi à son avantage !