Выбрать главу

Perplexe, Marie le regarda sortir avec un vague pincement au cœur. Parce que cette nuit qui commençait serait la huitième depuis leur retour de Londres où il ne la rejoindrait pas. Qu’adviendrait-il de leur mariage s’il n’avait plus envie d’elle ?

Le fidèle Bautru – Guillaume, comte de Serrant – partit pour le royaume britannique dès le lendemain. Reçu immédiatement par le roi Charles, il lui expliqua que l’on rendait les Chevreuse responsables de ce qui se passait en Angleterre autour de la reine Henriette-Marie et chez les catholiques à nouveau persécutés. Si les choses ne s’arrangeaient pas, la Duchesse pourrait être exilée. Peu après il remettait à Buckingham une lettre où Marie le suppliait de venir en France afin de rétablir lui-même l’ancienne entente.

C’est ce que le bouillant amoureux d’Anne d’Autriche espérait : il pria Charles Ier d’annoncer sa prochaine arrivée à Paris et convoqua son tailleur pour lui préparer de nouvelles tenues propres à émerveiller la Cour, la Ville… et la Reine.

La réponse de Paris fut aussi brutale qu’inattendue : pour avoir causé un scandale en manquant au respect dû à la personne royale, le duc de Buckingham n’était plus persona grata en France. Si le roi d’Angleterre voulait envoyer des ambassadeurs, il devait en choisir d’autres.

Fou de rage, le favori voulut lever une armée, des navires pour fondre, après avoir réveillé les rancunes protestantes, sur un pays aussi inamical, mais cette fois, il trouva en face de lui une volonté ferme qu’il ne connaissait pas encore, celle de Charles Ier. Pas question de déclarer une guerre qui serait désastreuse ! On allait d’abord envoyer les chargés de mission demandés.

Le Roi fit choix de Lord Holland et de Dudley Carleton, Lord Dorchester, qui avait été ambassadeur aux Pays-Bas. C’était un intellectuel courtois, déjà d’un certain âge et que Charles appréciait parce que au temps où il était en poste à La Haye il envoyait quantité de beaux livres au jeune prince qu’il était. En résumé, tout le contraire de Holland et un adversaire plus digne de l’intelligence et de la froide logique de Richelieu… Il fallait au moins ça ! Furieux d’être évincé, soufflant le feu par les naseaux, Buckingham ne rêvait que d’une bonne déclaration de guerre mais Charles Ier, lui, ne l’entendait pas ainsi et affirmait sa résolution : il souhaitait une entente politique plus encore que familiale. Dans ce but il avait ordonné que cesse – momentanément ! – le soutien discret aux protestants de France toujours plus ou moins sous pression. Certes les Rochelais surveillés par M. de Toiras depuis les remparts du fort Saint-Louis se tenaient à peu près tranquilles mais l’incorrigible Rohan gardait toujours les Cévennes et le Haut-Languedoc en dépit du traité de Montpellier.

Aussi, le langage que les nouveaux ambassadeurs venaient faire entendre s’écartait-il quelque peu des clauses du mariage. En gros, les Anglais offraient d’inciter les huguenots à se soumettre entièrement en échange d’une aide contre l’Espagne devenue l’ennemie depuis que le Palatinat, tenu par le beau-frère de Charles Ier, l’Electeur Frédéric V, était occupé par les troupes du duc d’Olivares…

Du côté des dames, si Marie fut déçue de ne pouvoir ramener son ami Buckingham aux pieds de la Reine – et peut-être celle-ci le fut-elle encore plus ! –, le retour de Holland l’enchanta. Enfin, elle allait retrouver son amant ! Il y avait des mois – cela remontait aux jours précédant la naissance d’Anne-Marie ! – qu’il ne l’avait touchée et elle éprouvait une cruelle frustration que ne pouvaient apaiser les étreintes, distraites parfois, d’un époux chez qui l’habitude commençait à se faire sentir.

L’hôtel de la rue Saint-Thomas-du-Louvre continuant à être la demeure la plus agréable de Paris, les Anglais y vinrent automatiquement et l’accueil du duc Claude fut égal à lui-même : courtois et d’une grande générosité. Ayant eu une petite aventure avec Lady Carlisle, Claude était assez satisfait de ne pas voir revenir le mari, et l’accueil qu’il réserva à Dudley Carleton s’en ressentit même si Holland eut droit à une légère froideur dont Marie, toute à l’attente de ce qui allait venir, ne s’aperçut même pas.

Naturellement, une brillante réception inaugura le séjour des nobles étrangers. Marie avait suggéré qu’il en soit ainsi, comptant sur l’agitation normale d’une fête pour se ménager un moment avec Holland et, pendant le souper où il était son voisin, elle lui chuchota :

— Le pavillon du jardin… A deux heures !

Pour seule réponse, il hocha la tête avec un sourire, cependant que sa main venait sous la table se poser sur la cuisse de la jeune femme que ce contact, même atténué par l’épaisseur du satin et des jupons, fit tressaillir. Par ce geste, il reprenait possession d’elle… Afin de cacher son émoi elle saisit son verre de vin et l’avala d’un trait ! Ce qui le fit rire :

— Prenez garde, madame, ce vin est capiteux ! Il pourrait vous enivrer…

— Buvez-en aussi alors ! De la sorte nous serons à l’unisson.

— Ne l’avons-nous pas toujours été ? Puis plus bas : Est-ce prudent ce soir ?

— Pourquoi pas ? Dans une heure Claude sera ivre… il l’est déjà plus qu’à moitié…

En effet, Chevreuse ne cessait de porter des toasts à ses invités, à l’entente des deux pays réunis ce soir autour de sa table, à la santé de leurs souverains respectifs. Marie, comme un chat qui guette sa proie, suivait les progrès d’une ébriété que partageait d’ailleurs une bonne partie des convives. Et, quand enfin on se leva de table, les valets, habitués, n’eurent plus qu’à transporter dans leur carrosse ceux qui ne tenaient plus debout. On ramena le Duc à son appartement…

Quelques secondes après deux heures, Marie, nue sous une pelisse de velours doublée de renard noir, courait à travers le jardin. La nuit était froide mais il ne gelait pas et son impatience en était à si haut point qu’elle avait presque trop chaud… A sa grande surprise, elle trouva Henry devant la porte du pavillon.

— Il est fermé, constata-t-il. Et cette fois, je n’ai pas la clef !

— Fermé ? Qui a pu le faire ? J’avais donné ordre que l’on fît du feu…

D’un geste il désigna la fenêtre derrière laquelle aucune lumière ne se montrait :

— Pas de feu ! Pas de clef ! Que faisons-nous ?

Elle se serra contre lui.

— Qu’en avons-nous besoin ? Une tonnelle suffira. L’amour tient chaud !

Devinant qu’elle ne portait rien sous ses fourrures, il ouvrit le manteau pour glisser ses bras autour d’elle…

— C’est vrai que vous êtes chaude comme une caille… et si douce, mais ne me demandez pas de me déshabiller dans ce froid. Et ma peau veut épouser chaque pouce de la vôtre ! Un gros rhume n’a jamais rien ajouté aux jeux de l’amour !

— Alors, venez !

— Où voulez-vous aller ?

— Chez moi… chez vous ! Peu importe.

— Non !

Soudain si dure, la voix de Holland fit reculer la jeune femme comme s’il l’avait frappée :

— De quelle façon vous le dites ?… Quand je viens à vous…

Il crut qu’elle allait se mettre à pleurer et la ramena contre lui :

— Chut ! Ecoutez-moi ! Il faut regarder les choses en face : nous aimer cette nuit serait de la dernière imprudence.

— Mais pourquoi ?

— L’idée ne vous vient pas que l’on pourrait nous tendre un piège ? Cette clef que nous n’avons ni l’un ni l’autre, il faut forcément que quelqu’un l’ait prise !

— Qui voulez-vous que ce soit ?

— Est-ce que je sais, moi ? Votre époux ?