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— Pourquoi vous cachez-vous ? s’entendit-il demander.

— Nous construisons Mars. Comme vous. Nous sommes de votre côté.

— Alors, vous devriez m’aider, non ? Et qu’est-ce que vous pensez de l’ascenseur spatial ?

— On s’en fiche, dit le jeune Asiatique. Ça n’est pas ça qui compte. Ce sont les gens.

— Mais, avec l’ascenseur, ils arriveront encore plus nombreux.

— Alors, dit l’homme aux dreadlocks, ralentissez le flux migratoire, et on ne pourra même pas le construire.

Suivit un autre silence, ponctué par les sinistres commentaires du vent. Comment ça ? Ils ne pourraient pas construire l’ascenseur ? Ils pensaient que c’étaient des gens qui allaient édifier l’ascenseur ? Ou bien pensaient-ils à l’argent ?

— Je vais voir, dit John.

Le gamin se retourna et John leva la main.

— Je ferai ce que je pourrai. C’est tout ce que je peux dire pour l’instant. Si je vous promettais des résultats, je serais un menteur. Je sais ce que vous pensez. Je vais faire tout mon possible. (Il réfléchit encore, l’esprit de plus en plus vague.) Vous devriez vous montrer à découvert et nous aider. Nous avons besoin d’aide.

— À chacun son rôle. Maintenant, nous allons repartir. Nous vous suivrons à la trace pour savoir ce que vous faites.

— Dites à Hiroko que je veux lui parler.

Les cinq hommes le dévisagèrent, le plus jeune avec une expression de colère.

L’homme aux dreadlocks eut un sourire fugace.

— Si je la vois, je le lui dirai.

L’un des hommes restés accroupis brandit une masse d’un bleu diaphane – une éponge d’aréogel, à peine visible dans l’éclairage de nuit. Il la serra. Oui, c’était une drogue ! John plongea et le prit par surprise, lui serra la gorge, puis s’effondra, paralysé.

Quand il revint à lui, ils avaient disparu. Il avait mal à la tête et se laissa retomber sur le lit pour sombrer dans un sommeil agité. Il retrouva Frank en rêve, et lui parla de cette visite.

— Tu es idiot, lui dit Frank. Tu ne comprends pas.

Il se réveilla au matin. Des tourbillons d’ambre brun défilaient devant le pare-brise. Depuis un mois, les vents semblaient se calmer. Des formes apparaissaient brièvement entre les nuages de poussière pour retourner au chaos, comme des hallucinations. La tempête provoquait cette impression d’altération sensorielle, et augmentait encore la claustrophobie. Il avala une tablette d’omeg, enfila sa tenue d’extérieur et sortit. Il chercha les traces de ses visiteurs, tout en respirant le talc. Il les trouva. Mais elles atteignaient une plaque rocheuse, un peu plus loin, et devenaient invisibles. Comment l’avaient-ils retrouvé en pleine tempête, et de nuit ?

Et s’ils l’avaient suivi…

De retour à bord, il interrogea les satellites. Les radars et les détecteurs IR ne repéraient que son patrouilleur. Même des marcheurs auraient été visibles en IR, donc ils avaient sans doute un refuge à proximité. Il était facile de se cacher dans ces montagnes. Il appela la carte d’Hiroko et traça un cercle grossier autour du point où il se trouvait, l’étendant vers le nord et le sud. Il y avait maintenant plusieurs cercles comme celui-ci sur la carte d’Hiroko, mais aucun n’avait été exploré à fond par les équipes de terrain, et ils ne le seraient probablement jamais. Ils étaient situés dans des régions trop chaotiques, des terres ravagées de la taille du Wyoming ou du Texas.

— Ce monde est vaste, marmonna John.

Il explora l’intérieur du patrouilleur. Puis se souvint alors de la dernière chose qu’il avait faite. Il examina ses ongles. Oui, des fragments de peau y adhéraient encore. Il prit une soucoupe à échantillon dans le petit autoclave et gratta soigneusement. À bord du patrouilleur, une identification de génome était hors de question, mais n’importe quel labo pourrait identifier le jeune type qu’il avait attaqué, si son génome était enregistré quelque part. Sinon, il n’aurait aucune information à en tirer. Ursula et Vlad pourraient peut-être l’identifier par parentage.

Il localisa la route des transpondeurs dans l’après-midi et rallia Hellas tard le lendemain. Sax donnait une conférence sur le nouveau lac, mais il s’avéra que c’était plutôt une conférence sur la culture en lumière artificielle. Le lendemain matin, John l’emmena pour une promenade dans les tunnels clairs qui reliaient les bâtiments. Le soleil était une vague lanterne safran entre les nuages de brume jaunâtre.

— Je crois que j’ai rencontré le Coyote, dit John.

— Tu es sûr ? Est-ce qu’il t’a dit où se cache Hiroko ?

— Non.

Sax haussa les épaules. Il semblait avoir l’esprit ailleurs : il devait prononcer une autre allocution le soir. John décida donc d’attendre et il écouta le discours de Sax avec tous les résidents de la station du lac. Sax leur assura que l’atmosphère, les conditions de surface et les microbactéries du permafrost avaient un taux d’accroissement proche de leurs maxima théoriques – 2 % pour être précis – et qu’ils devraient aborder les problèmes de culture extérieure dans les prochaines décennies. Personne ou presque n’applaudit : ils étaient tous sous l’effet des problèmes affreux engendrés par la grande tempête qu’ils attribuaient à une erreur de calcul de Sax. L’isolation du sol était toujours à 25 % de la normale, comme le remarqua perfidement l’un des auditeurs, et la tempête ne montrait pas le moindre signe d’accalmie. Les températures avaient chuté, mais la colère montait. La plupart des nouveaux arrivants n’avaient jusque-là bénéficié que de quelques mètres de visibilité, et les cas de catatonie se multipliaient.

Sax balaya tout cela d’un haussement d’épaules.

— C’est la dernière des tempêtes globales. Elle sera enregistrée dans l’histoire des âges héroïques. Profitez-en.

Sa tirade ne lui fit marquer aucun point. Mais il ne parut pas le comprendre.

Quelques jours plus tard, Ann et Simon rallièrent la station avec leur fils, Peter, qui avait maintenant trois ans. Selon eux, s’ils avaient bien calculé, c’était le trente-troisième enfant né sur Mars. Les colonies qui s’étaient établies après les cent premiers s’étaient montrées particulièrement prolifiques. Pendant que Simon et Ann apprenaient les nouvelles et échangeaient les derniers récits de la grande tempête, John se mit à jouer avec le petit garçon. Il se disait qu’Ann devait être reconnaissante à la tempête du rude coup qu’elle avait porté au processus de terraforming. C’était comme une réaction allergique à l’échelle planétaire. Les températures chutaient en dessous des normes inférieures, les expérimentateurs inconscients se bagarraient avec leurs engins englués dans la poussière… Mais non, elle ne semblait pas s’en amuser. Elle était irritée, comme d’habitude.

— Une équipe d’hydroscopie a effectué un forage dans une cheminée volcanique de Daedalia. Ils ont trouvé un échantillon qui contenait des micro-organismes unicellulaires très différents des cyanobactéries que vous avez semées dans le nord. La cheminée était profondément enfermée dans la couche rocheuse, à l’écart de tous les sites d’ensemencement biotiques. Ils ont envoyé des échantillons à Acheron, Vlad les a étudiés, et il a déclaré que ça semblait être une variété mutante des premiers ensemencements, et qu’ils auraient été injectés dans la roche par forage. (Ann tapota du doigt la poitrine de John.) Il a dit qu’ils étaient probablement terriens ! Probablement terriens !

— Oui, ça se pourrait, dit John.