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— Est-il possible de savoir quand ils auront vraiment terminé ? demanda Maya, en pensant à toutes les demandes qui submergeaient son bureau.

Diana haussa les épaules.

— Il ne leur a pas fallu longtemps pour tout sonder.

— Mais le sol du bassin lui-même ? En l’inondant, est-ce que nous n’allons pas nous couper de tous les moyens de découvrir d’autres aquifères souterrains ?…

— Non.

Elle expliqua à Maya qu’il n’y avait pratiquement aucune trace d’eau dans le sous-sol du bassin. Il avait subi un effet de dessiccation après l’impact initial, et il consistait surtout en une couche de sédiment éolien de mille mètres environ, supportée par un lit dur de roche bréchiforme qui s’était formée sous les pressions aussi brèves que formidables de l’impact. Ces mêmes pressions qui avaient provoqué les fractures profondes de la bordure, fractures qui avaient permis le dégagement anormalement massif de gaz de l’intérieur de Mars. Les gaz s’étaient infiltrés vers la surface avant de refroidir, et l’eau qu’ils contenaient avait formé des aquifères quand elle ne s’était pas déversée dans de nombreuses zones de permafrost à haute saturation.

— Ça, c’était un impact ! commenta Maya.

— Oui, énorme.

Diana ajouta qu’en règle générale les impacteurs avaient à peu près le dixième de la taille des cratères ou des bassins qu’ils formaient. Donc, le planétésimal d’impact, dans le cas d’Hellas, était sans doute un corps d’environ deux cents kilomètres de diamètre, qui avait percuté une région hautement cratérisée. Les traces témoins semblaient indiquer qu’il s’agissait d’un astéroïde ordinaire composé surtout de chondrite carbonacée, avec des quantités importantes d’eau et de fer. Sa vitesse, à l’instant de l’impact, avait dû être de soixante-douze mille kilomètres par heure. Il avait percuté le sol sous un angle légèrement oriental, ce qui expliquait les régions ravagées, à l’est d’Hellas, de même que les hauts plissements concentriques et réguliers d’Hellespontus Montes, à l’ouest.

Diana expliqua une autre méthode empirique qui éveilla chez Maya une association d’idées avec l’histoire humaine : plus l’impacteur était important, moins il en survivait à l’impact. Ainsi, celui d’Hellas s’était vaporisé jusqu’à la moindre miette dans le choc cataclysmique – mais il y avait sous le cratère de Gledhill un petit bolide gravifique dans lequel certains aréologues avaient reconnu, presque à coup sûr, les restes du planétésimal. Et même s’il représentait un dix-millième de l’astéroïde, ils prétendaient qu’ils en tireraient des ressources inépuisables en fer et en nickel si on se donnait la peine de commencer les forages.

— Est-ce que c’est faisable ? demanda Maya.

— Pas réellement. Exploiter les astéroïdes coûte moins cher.

Ce qu’ils faisaient déjà, se dit Maya, avec amertume. C’était ce que signifiaient les sentences d’emprisonnement sous le régime de l’Autorité transitoire : des années dans la ceinture des astéroïdes, à piloter les vaisseaux-miniers et les robots à rayon d’action strictement limité. Efficace, disait l’Autorité transitoire. Tous ces bagnes étaient à la fois lointains et hautement productifs.

Mais Diana, elle, pensait toujours à la naissance formidable du bassin. L’impact avait eu lieu trois milliards et demi d’années auparavant, alors que la lithosphère de la planète était plus mince, et l’intérieur plus chaud. Il était difficile d’imaginer les énergies libérées sous le choc initial : le total de l’énergie produite par l’humanité ne pouvait leur être comparé. L’activité volcanique résultante avait donc été considérable. Les anciens volcans, autour d’Hellas, étaient nombreux, et ils étaient apparus juste après l’impact, y compris Australis Tholus au sud-ouest, Amphitrites Patera au sud, et Hadriaca Patera et Tyrrhena Patera au nord-est. À proximité de toutes ces régions volcaniques, on avait trouvé des aquifères. Remplis durant les milliards d’années qui avaient suivi l’impact par les dégazements associés à l’action volcanique.

Deux de ces aquifères avaient éclaté en surface dans les âges anciens. Ils avaient laissé sur la pente orientale du bassin deux vallées d’érosion sinueuses : Harmakhis Vallis, qui se formait sur le versant plissé d’Hadriaca Patera, et plus loin vers le sud, deux vallées accouplées que l’on appelait le système de Dao-Reull, qui s’étendait sur un bon millier de kilomètres. Les aquifères, en haut de ces vallées, s’étaient remplis au fil des éons depuis leur éclatement. À présent, des équipes de construction importantes avaient mis sous tente Harmakhis et travaillaient sur Dao-Reull. L’eau des aquifères était captée et dirigée vers les longs canyons fermés, pour resurgir sur le plancher du bassin. Maya était très intéressée par ces apports de surface habitable aussi immenses que nouveaux, et Diana, qui les connaissait bien, allait l’emmener rendre visite à certains de ses amis d’Harmakhis.

Durant cette première journée, le train glissa tout au long de la bordure nord d’Hellas et la mer de glace ne quitta pas le panorama. Elles passèrent une petite ville à flanc de colline appelée Sébastopol, dont les murs de pierre étaient d’un jaune florentin dans le soleil d’après-midi, avant d’atteindre Hell’s Gate, en bas d’Harmakhis Vallis. La fin de l’après-midi s’avançait quand elles descendirent et quittèrent la gare, pour découvrir une nouvelle ville sous tente, immense, sous un pont suspendu tout aussi immense. La piste du train le franchissait, au-dessus de la bouche du canyon, avant de continuer. Et les tours qui la supportaient étaient à dix kilomètres de distance l’une de l’autre. Du bord du canyon, près du pont, où se trouvait la gare, elles purent contempler le débouché sur le plancher du bassin, sous une treille de nuages pimpants, ocellés par le soleil déclinant. En se retournant, elles découvrirent le monde étroit et abrupt du canyon lui-même. Elles s’engagèrent dans l’escalier tourmenté d’une ruelle qui descendait vers la ville. La tente n’était qu’une brume d’un rouge particulier déployée sur le ciel du crépuscule approchant : une couche de particules s’était accumulée sur le tissu.

— Demain, déclara Diana, nous remonterons par la route de la corniche, et nous aurons une vue générale. Ensuite, nous redescendrons vers le plancher, et comme ça, vous pourrez découvrir à quoi ça ressemble.

Elles durent descendre plus de sept cents marches avant de rejoindre le centre d’Hell’s Gate, où elles dînèrent. Ensuite, elles gagnèrent les bureaux de Deep Waters, situés dans la muraille, immédiatement sous le pont. Elles passèrent la nuit dans les chambres qui leur avaient été réservées. Le lendemain matin, elles se rendirent dans un garage proche de la piste et empruntèrent un des petits patrouilleurs de la compagnie.

Diana prit le volant. Elles roulèrent vers le nord-est, en suivant le haut du canyon sur une route parallèle à l’énorme base de béton de la tente. Même si le tissu était diaphane, quasi invisible, les dimensions de la tente avaient représenté un poids énorme pour l’ancrage. La maçonnerie leur cachait la vue vers le bas du canyon et, dès qu’elles atteignirent le premier belvédère, Maya put enfin le découvrir. Diana gara le patrouilleur sur un petit parking situé sur les fondations, elles mirent leurs casques et escaladèrent des marches en bois qui semblaient se perdre dans le ciel, même si, en y regardant de plus près, on découvrait la poutre d’aérogel qui soutenait l’escalier, ainsi que les couches de tissu de la tente qui se déployaient plus loin encore, vers d’autres poutres qu’elles ne pouvaient apercevoir. Tout en haut, une petite plate-forme à balustrade leur offrit une perspective de plusieurs kilomètres, en amont comme en aval.