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— Plus de deux cents kilomètres heure, grogna Maya.

Dans le temps, ils avaient connu des vents bien plus forts, mais avec cette atmosphère plus dense, les vitesses étaient trompeuses : les brises soufflaient parfois plus durement que les anciennes rafales inconsistantes.

Il était clair qu’ils allaient pénétrer dans le complexe cette nuit. Ils n’avaient plus qu’à attendre les salves de signaux codés de Coyote. Ils restèrent côte à côte, immobiles, à la fois tendus et reposés, se massant parfois pour passer le temps et relaxer leurs muscles. Michel s’émerveillait devant la grâce féline du corps de Maya, à la fois souple et fort, qui n’avait guère changé et rien perdu de sa beauté.

Enfin, le crépuscule vint ternir l’atmosphère brumeuse et le nuage monumental qui s’était érigé à l’est et couvrait maintenant la paroi de la falaise. Ils se levèrent, firent leur toilette et prirent un repas léger avant de s’installer dans les sièges du patrouilleur. Le soleil de quartz basculait sous l’horizon et ils étaient de nouveau tendus quand les dernières lueurs du jour s’estompèrent.

3

Dans l’obscurité, le vent n’était plus qu’un bruit, accompagné des tremblements irréguliers du patrouilleur sur ses amortisseurs de chocs durs. Les bourrasques déferlaient sur le véhicule avec une telle force qu’il restait parfois collé au sol pendant plusieurs secondes, les ressorts luttant pour le soulever, comme un animal tentant d’échapper au courant d’une rivière. Dès que le vent faiblissait, il sautait violemment.

— Est-ce que nous allons pouvoir avancer dans ce vent ? demanda Maya.

— Hum, fit Michel.

Il s’était déjà trouvé dans des tempêtes très dures, mais dans la nuit, il était impossible de savoir si celle-ci était pire qu’une autre. Elle en avait tout l’air : l’anémomètre du patrouilleur indiquait des bourrasques de deux cent trente kilomètres par heure. Mais, à l’abri précaire de leur petite mesa, ils n’avaient aucune certitude que cela représentait un maximum.

Il se pencha sur les analyseurs minéralogiques et il ne fut pas surpris de découvrir qu’ils étaient en fait en plein cœur d’une tourmente de sable.

— On va se rapprocher, décida Maya. Comme ça, nous irons plus vite, et nous pourrons retrouver plus facilement le patrouilleur.

— Bonne idée.

Ils démarrèrent. Le vent, hors de l’abri de la mesa, était féroce. Les secousses devinrent tellement intenses qu’ils craignirent un moment de basculer. Ce qui serait certainement arrivé s’ils avaient pris le vent par le travers. Mais ils se trouvaient au vent et roulaient déjà à quinze à l’heure alors qu’ils n’auraient pas dû dépasser les dix, et le moteur mugissait sous l’effort de freinage.

— Ça souffle un peu trop fort, non ? fit Maya.

— Je ne pense pas que Coyote arrive vraiment à contrôler ça.

— Guérilla climatologique, grinça Maya. Ce type est un espion, j’en suis persuadée.

— Je ne le pense pas.

Les caméras ne leur révélaient qu’un torrent obscur, sans étoiles. L’IA du patrouilleur avançait à la mémoire et, sur l’écran, la carte montrait qu’ils étaient à moins de deux kilomètres de la tente la plus au sud de la berge extérieure.

— On ferait peut-être aussi bien de terminer à pied, suggéra Michel.

— Mais comment retrouverons-nous le patrouilleur ?

— On va emporter un fil d’Ariane.

Ils enfilèrent leurs tenues et passèrent dans le sas. La porte extérieure coulissa et l’air fut aussitôt aspiré dans la tempête. Le vent s’engouffra par le seuil et les happa.

Ils sortirent et reçurent de grands coups dans le dos. Michel vacilla et tomba à quatre pattes. Il vit Maya auprès de lui, dans la même position. Il tendit alors la main vers le sas et s’empara du rouleau de filin tout en saisissant la main de Maya. Il boucla le rouleau sur son avant-bras. L’expérience leur avait appris qu’ils pouvaient se redresser s’ils restaient pliés, le casque à hauteur de la taille, les mains levées pour se rétablir en cas de chute. Ils progressaient lentement, en trébuchant et en tombant parfois sous les rafales les plus dures. Ils avaient de la peine à distinguer le sol et ils redoutaient à chaque seconde de se déchirer un genou sur les rochers. Une chose était sûre : le vent déchaîné par Coyote était trop violent. Mais désormais, il n’y avait plus rien à faire. Et il était évident que les habitants des tentes de Kasei n’allaient pas se risquer à l’extérieur.

Une nouvelle bourrasque les terrassa et Michel, plaqué au sol, laissa le vent déferler sur eux. Il luttait pour ne pas se laisser emporter. Il avait relié son bloc de poignet à celui de Maya et il lui demanda :

— Maya, ça va ?…

— Oui. et toi ?

— Je tiens le coup.

Pourtant, il sentait une goutte glacée dans son gant, à la base du pouce. Il serra le poing et le froid se répandit dans son poignet. Non, ça ne pouvait être une gelure instantanée, pas plus qu’un choc. Il prit un pansement adhésif dans le compartiment de son bloc de poignet et le fixa.

— Je crois qu’on devrait rester collés au sol comme ça !

— Mais on ne peut pas ramper sur deux kilomètres.

— S’il le faut, on y arrivera !

— Je ne crois pas que ce soit nécessaire. On va avancer pliés en deux et prêts à se plaquer au sol.

— OK.

Ils se remirent sur pied, courbés en deux, et avancèrent péniblement dans un flot de poussière noire. Michel lut les indications lumineuses de navigation sur sa visière, juste en face de sa bouche : la première tente-bulle était encore à un kilomètre de distance. L’horloge annonçait 11 : 15 : 16 – ce qui voulait dire qu’ils étaient à l’extérieur depuis une heure. Dans le ululement du vent, il avait du mal à entendre Maya, même avec l’intercom plaqué sur l’oreille. Sur la berge intérieure, Coyote et les autres devaient probablement lancer leur raid sur les quartiers d’habitation, de même que les groupes des Rouges – mais ils ne pouvaient avoir aucune certitude. Ils devaient se fier à la seule idée que la force du vent n’avait pas bloqué cette phase de l’opération ou ne l’avait pas trop freinée.

Avancer ainsi courbés en deux, reliés l’un à l’autre par le cordon téléphonique, était une épreuve difficile. Ils progressaient sans relâche. Peu à peu, les cuisses de Michel devinrent brûlantes et la douleur monta dans ses reins. Finalement, son indicateur de navigation lui révéla qu’ils étaient tout près de la tente la plus au sud. Ils ne la distinguaient pas encore. Le vent était plus féroce que jamais, et ils furent obligés de ramper douloureusement sur la roche durant les quelques dernières dizaines de mètres. Les chiffres de la montre étaient figés sur 12 : 00 : 00. Peu après, ils se heurtèrent au couronnement de béton de la base.

— Ponctuels comme des Suisses, chuchota Michel.

Spencer les attendait au début du laps de temps martien et ils avaient pensé qu’ils devraient attendre. Michel leva la main et la posa prudemment sur la paroi extérieure de la tente. Surtendue, elle vibrait à chaque assaut du vent.

— Prête ?

— Oui, fit Maya, la gorge serrée.

Michel sortit le petit pistolet à air comprimé de son étui fixé sur la cuisse. Maya l’imita. L’arme avait toute une variété de fonctions : elle pouvait enfoncer des clous aussi bien que des aiguilles à inoculer. Ils comptaient les utiliser pour déchirer les tissus aussi durs qu’élastiques de la tente.