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Ils déconnectèrent le cordon qui reliait leurs intercoms et pointèrent leurs armes sur la paroi vibrante. Ils tirèrent à la même seconde.

Il ne se passa rien. Maya réinséra le jack du cordon dans son bloc poignet.

— Il va peut-être falloir découper.

— Peut-être. Bon, on essaie une fois encore avec les pistolets. Ce matériau est solide, mais avec le vent…

Ils se séparèrent, se remirent en position et tirèrent une deuxième fois – leurs bras basculèrent et ils se cognèrent à la paroi de béton. La première explosion fut suivie d’une seconde, moins intense, puis d’un grondement en cascade et d’une série d’autres explosions. Les quatre parois de la tente se déchiraient entre deux des arc-boutants, et sans doute sur tout le côté sud, ce qui provoquerait certainement l’éclatement de tout l’ensemble. Droit devant eux, ils discernaient les flots de poussière qui volaient entre les bâtiments vaguement éclairés. L’une après l’autre, les fenêtres s’obscurcissaient. Sous la violence de la dépressurisation, certaines explosaient. Mais l’effet du choc atmosphérique n’était pas aussi violent qu’il l’eût été autrefois.

— Ça va ? demanda Michel sur l’intercom.

Il perçut le souffle haletant de Maya.

— Je me suis fait mal au bras.

Les sirènes venaient de se déclencher dans le ronflement du vent.

— Il faut trouver Spencer, ajouta Maya d’un ton rauque.

Elle se redressa et une bourrasque la poussa par-dessus le mur avec violence. Michel plongea derrière elle, retomba durement et roula jusqu’à se retrouver tout contre elle.

— Allez, viens, dit Maya.

Dans une course vacillante, ils pénétrèrent dans la cité-prison de Mars.

À l’intérieur de la tente, c’était le chaos. La poussière avait transformé l’air en une sorte de gel noir qui se déversait dans les rues en un torrent fantastique et hurlant. Maya et Michel avaient du mal à s’entendre, même lorsqu’ils eurent reconnecté leur cordon d’intercom. La décompression avait soufflé certaines fenêtres et même provoqué l’effondrement d’un mur, et les rues étaient jonchées de morceaux de verre et de béton. Ils avançaient côte à côte, avec prudence, se touchant souvent pour confirmer leur position.

— Jette un coup d’œil sur ton affichage infrarouge, dit Maya.

Michel obéit. La vue était cauchemardesque : les immeubles abattus brillaient comme de grands feux verts.

Ils approchaient du bâtiment central où était détenu Sax, selon Spencer. Il était lui aussi vert vif sur une façade. Ils ne pouvaient qu’espérer que la clinique du sous-sol où l’on avait conduit Sax était protégée par des blindages. Sinon, du seul fait de leur attaque, leur ami était mort. C’était hélas possible, se dit Michel : le sol, en surface, avait été fracassé.

Et accéder aux étages inférieurs posait un problème. Il devait y avoir un escalier de secours en cas de panne des ascenseurs, mais ils auraient du mal à le trouver. Michel passa sur la fréquence commune et tomba sur une discussion frénétique à propos des ravages dans la vallée : la tente installée sur le plus petit des deux cratères de la berge intérieure avait été soufflée, et les appels au secours se multipliaient.

— Cachons-nous quelque part. On va bien voir si quelqu’un arrive.

Ils s’allongèrent derrière un muret et attendirent à l’abri du vent. Une porte s’ouvrit violemment devant eux et des silhouettes en combinaison se ruèrent dans la rue et disparurent. Aussitôt après, Maya et Michel se précipitèrent vers la porte et entrèrent dans un couloir qui semblait encore dépressurisé. Mais les lumières brillaient et, sur un panneau, des voyants rouges étaient allumés. Un verrou d’urgence. Ils refermèrent rapidement la porte extérieure et la pressurisation fut rétablie. Ils étaient à présent devant la porte intérieure du couloir et ils échangèrent un regard à travers leurs visières empoussiérées. Michel passa sa main gantée sur la sienne et haussa les épaules. Dans le patrouilleur, ils avaient déjà discuté de cet instant crucial de l’opération. Mais il y avait trop d’éléments qu’ils ne pouvaient prévoir ou planifier. Et ils étaient là, et l’instant était venu. Michel sentait le sang courir plus vite dans ses veines, comme accéléré par le vent furieux de l’extérieur.

Ils se déconnectèrent à nouveau et prirent les pistolets laser que Coyote leur avait confiés. Michel tira sur le joint de la porte, qui s’ouvrit en sifflant. Ils avaient devant eux trois hommes en combinaison, mais sans casque, l’air effrayé. Ils firent feu sans hésiter et les trois hommes s’écroulèrent, recroquevillés, comme touchés par la foudre.

Ils les traînèrent dans une pièce voisine. Michel se demanda s’ils n’avaient pas appuyé trop longtemps sur la détente de leurs lasers, ce qui provoquait fréquemment des arythmies cardiaques. Il avait l’impression que tout son corps avait gonflé dans sa combinaison. Il était brûlant, le souffle court et terriblement nerveux. Maya était apparemment dans le même état, et elle le précéda en courant presque. Soudain, tout s’éteignit. Maya alluma la lampe de son casque et, uniquement guidés par le cône de lumière poussiéreuse, ils allèrent jusqu’à la troisième porte sur leur droite, celle que leur avait indiquée Spencer. Sax devait se trouver à l’intérieur. Elle était verrouillée.

Maya sortit une charge explosive légère de sa combinaison, la mit en place sur la poignée, puis ils reculèrent de plusieurs mètres. Dans la détonation, le battant s’ouvrit violemment. En s’avançant, Maya et Michel tombèrent sur deux hommes qui luttaient pour attacher leurs casques. En les voyant, l’un d’eux porta la main à son holster tandis que l’autre plongeait vers une console. Mais ni l’un ni l’autre n’atteignit son but.

Maya revint en arrière pour fermer la porte qu’ils venaient de franchir. Ils descendirent un autre couloir, le dernier. Ils parvinrent à une nouvelle porte qui s’ouvrait sur une autre pièce. Michel leva son arme. Maya prit son pistolet à deux mains et hocha la tête. Michel ouvrit la porte d’un coup de pied et elle se rua en avant, suivie de près par Michel. Une silhouette en combinaison était penchée sur ce qui semblait être un chariot chirurgical. Elle opérait sur la tête d’un homme allongé, inerte. Maya tira plusieurs fois et la silhouette s’écroula comme sous l’effet d’une pluie de coups, roula sur le sol, les muscles secoués de spasmes.

Ils se précipitèrent vers l’homme étendu sur le chariot. C’était Sax, quoique Michel le reconnût plus à son corps qu’à son visage, qui évoquait un masque de mort, avec deux yeux cernés de noir et le nez écrasé. Il semblait inconscient, au mieux. Ils entreprirent de le détacher. Des électrodes étaient implantées sur son crâne rasé, et Michel ne put s’empêcher de grimacer quand Maya les arracha. Michel sortit une combinaison de secours légère de sa poche de cuisse et la passa avec des gestes plus ou moins brusques sur les jambes paralysées de Sax, puis sur son torse. Sax n’émit pas le moindre gémissement. Maya revint avec un protège-tête en tissu et un mini réservoir de secours qu’elle avait pris dans le sac à dos de Michel. Ils les ajustèrent sur Sax avant d’activer la combinaison d’urgence.

Maya serrait le poignet de Michel avec une force telle qu’il craignit un instant qu’elle ne lui casse les os. Elle reconnecta le cordon de liaison de l’intercom.

— Il est vivant ?

— Oui, je le crois. Il faut d’abord le sortir d’ici. On verra ensuite.

— Regarde ce qu’ils ont fait à son visage, ces sales fascistes.

Ils virent alors que Maya avait abattu une femme. Elle s’avança et lui donna un violent coup de pied dans le ventre. Puis elle se pencha sur sa visière et jura d’un ton surpris :