Выбрать главу

Rébellion assez étonnante. Marianne caressa le Glock. Le regarda amoureusement.

— Tu peux pas imaginer les dégâts que ça cause ce genre de joujou… Quand j’ai explosé la cervelle du proc’, y en avait partout. J’ai soif, Marquise. Très soif…

Solange voulut se relever. Marianne se contenta d’empoigner son pistolet. La Marquise se résigna. Vingt minutes qu’elle était à genoux face au canapé, les mains sur la tête. Tandis que Marianne sirotait son troisième verre de Martini, confortablement installée dans le sofa. Elle avait même obtenu des cacahuètes.

— Je peux me relever ? J’ai envie de pisser…

— Pisse-toi dessus. Et ferme-la. Les chiennes ne parlent pas, rappelle-toi…

Marianne termina son verre. Puis elle se dégourdit les jambes. La tête lui tournait un peu. Elle inspecta les lieux d’un air distrait.

— Tu te souviens quand tu m’as forcée à nettoyer les douches ? À nettoyer mon propre sang ? J’ai jamais oublié. Jamais…

— Tu es dehors, maintenant.

— C’est bien ça ton problème, Marquise ! Je suis dehors, j’ai un flingue… Et tout plein de mauvais souvenirs…

Elle lui flanqua un coup de crosse en pleine figure. Solange s’affala sur le côté en gémissant de douleur.

— Ça, c’est pour les coups de matraque…

Solange se redressa, portant la main à son visage. Marianne allait lui asséner un nouveau coup. Mais la sonnette de l’interphone les fit sursauter toutes les deux.

— Va ouvrir à notre ami.

Elles entendirent l’ascenseur qui montait les cent quarante kilos de graisse. Solange avait laissé la porte entrouverte.

Portier frappa avant de s’aventurer dans l’appartement. Il aperçut d’abord Solange. Puis Marianne. Le flingue de Marianne. Et ses yeux, surtout. Il ouvrit la bouche. Recula d’un pas.

— Avance… Sinon, je te descends.

Les mains devant lui, il rejoignit les deux femmes dans le salon. Marianne referma la porte à clef.

— Quel plaisir de vous voir tous les deux réunis ! Quelle belle brochette de matons !

Portier dévisageait Solange avec un mélange de fureur et de terreur.

— J’avais tellement hâte de t’avoir en face de moi, espèce de gros fumier ! Tu peux pas t’imaginer comme ça me plaît de te voir faire dans ton froc.

— Écoutez…

— Ta gueule ! C’est toi qui vas m’écouter ! De toute ma vie, je n’ai aimé qu’un homme… Un seul… Il s’appelait Daniel Bachmann… Et il est mort. Vous deux, vous l’avez tué. Solange s’est chargée de le faire enfermer… Toi, de le torturer, de le pousser au suicide. Toi, tu m’as violée et tu as assassiné l’homme que j’aimais… Ça me fait deux bonnes raisons de te haïr ! Et quand je hais quelqu’un…

— Non, vous vous trompez ! Daniel s’est suicidé ! Je n’y suis pour rien !

— Il est mort par ta faute et par la faute de cette salope ! J’ai en face de moi deux assassins qui vont passer une nuit inoubliable…

Elle se mit à rire. Un rire effrayant.

— Vous êtes morts de trouille, pas vrai ? D’habitude, c’est vous qui torturez les gens… Eh bien, vous allez enfin pouvoir y goûter à votre tour ! Mais ne vous inquiétez pas : si vous êtes très obéissants, je vous laisserai la vie. Enfin, non… Excusez-moi, je me suis mal exprimée…

Elle jouait avec leurs nerfs avec une odieuse jubilation.

— Je laisserai la vie à l’un de vous deux… Celui qui se montrera le plus docile. Celui qui rampera le mieux… Les paris sont ouverts, m’sieur dame ! Qui sauvera sa peau ?

Marianne alluma la chaîne hi-fi. Choisit un CD. Du Wagner. Elle ne monta pas trop le son. Juste de quoi couvrir les cris, sans toutefois ameuter le voisinage.

— Vous ne trouvez pas qu’on crève de chaud, ici ?

Ils la fixaient avec une frayeur jouissive.

— À poil…

— Hein ? balbutia Solange.

— Virez vos fringues… Et vite.

Ils attaquèrent un strip-tease maladroit. S’arrêtèrent aux sous-vêtements.

— J’ai dit, on enlève tout…

Ils terminèrent l’effeuillage qui n’avait rien de sexy. Surtout du côté de Portier.

— Qu’ils sont mignons ! ricana Marianne. Alors, ça fait quel effet de se foutre à poil devant quelqu’un ? C’est humiliant, pas vrai ? Bon, pour le moment, vous êtes à égalité… Ça va être dur de vous départager.

Elle se planta face à Portier.

— Évidemment, toi, tu as un lourd handicap… À cause de ce que tu m’as infligé dans le cachot.

Puis elle se tourna vers Solange.

— Toi, tu m’as fait souffrir pendant un an, c’est guère mieux… Les coups de matraque, les semaines de mitard, les fouilles au corps… Non, vraiment, je ne sais lequel choisir…

Portier tenta sa chance.

— Je… J’avais trop bu… Mes copains m’ont entraîné trop loin… Moi, je voulais pas ! Je ne sais pas ce qui m’a pris !

Il était pitoyable. Marianne le regardait en souriant. Il transpirait la peur par chaque pore de la peau.

— Je te demande pardon ! Je n’aurais jamais dû…

— Non, coupa Marianne. T’aurais jamais dû. Manque de bol, le pardon, j’l’ai oublié en taule…

— Ne me tue pas ! Elle, elle t’a fait bien plus mal que moi !

Marianne écarquilla les yeux. Il était encore pire qu’elle ne l’aurait imaginé.

— C’est de sa faute si Daniel a été écroué ! C’est elle qu’il faut tuer !

Solange toisait son collègue avec rage et répugnance.

— Espèce de salaud ! Tu me dégoûtes ! Tu ne comprends donc rien ? On va y passer tous les deux ! T’as qu’à te traîner à ses pieds, pendant que tu y es !

La Marquise tenait ses promesses.

— T’as raison, murmura Marianne. Ce type est vraiment écœurant. Mais tu as tort sur un point, je tiens toujours parole. Un seul de vous deux mourra… À vrai dire, pour le moment, c’est Portier qui l’emporte. Tu vas voir, dans quelques secondes, il va ramper devant moi.

— Eh bien moi, je préfère crever !

Marianne l’admira un instant. Puis elle passa de nouveau au gradé.

— Tu vois, Portier, Solange a plus de cran que toi…

Il ne répondit pas. Il suait de plus en plus. Marianne retourna sur le canapé.

— Vous êtes tellement pourris tous les deux que je ne sais lequel choisir…

Elle s’amusa alors à pointer son arme sur l’un, puis sur l’autre.

— Plouf, plouf…

Ils avaient les yeux exorbités. Pourtant, Marianne avait déjà choisi. Comment leur rendre toute cette douleur. Le monstre n’était jamais à court d’idées quand il souffrait.

— On va jouer à un petit jeu, tous les trois ! annonça-t-elle en se remettant debout.

Elle arracha le fil du téléphone, ligota les poignets de Solange dans son dos.

— Je suis sûre que tu aimes ce genre de jeu… Tu dois y jouer souvent avec tes clients, pas vrai ?

Portier s’attendait à subir le même sort, mais Marianne lui laissa les mains libres. Elle attrapa Solange par un bras, la força à s’allonger sur la table. Elle lui planta le canon du Glock dans la gorge.

— Amène-toi, gros lard…

Portier s’approcha, les deux mains en guise de cache-sexe. Grotesque. Au bord de la crise cardiaque.

— Occupe-toi d’elle, ordonna Marianne. Fais-lui ce que tu m’as fait dans le cachot…

Solange ferma les yeux.

— Mais… Mais…, bégaya Portier.

— Quoi ? Elle te plaît pas la Marquise ? Eh bien, faudra faire avec ! Tu veux mourir, Portier ?

— Non !

— Alors occupe-toi d’elle !