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Emmanuelle trouva l’énergie d’un sourire et fit non de la tête. La porte de la cellule s’ouvrit. Le chef entra, suivi de Monique. Daniel resta cloué sur place en découvrant Marianne au chevet de la blessée. Marianne qui lâcha aussitôt la main d’Emmanuelle.

— Comment allez-vous, madame Aubergé ? Le médecin passera vous voir avant midi.

— Je vous remercie, monsieur, ça peut aller… Et puis j’ai une bonne infirmière…

— Ne vous en faites pas, chef ! lança Marianne. En cas de pépin, je vous appellerai. Je sais hurler plus fort que tout le monde !

— Ouais, je suis au courant ! répondit-il avec un sourire gourmand.

Ils échangèrent un regard dont la complicité échappa à Delbec.

— Chef ! Je peux vous parler une seconde ? Dans le couloir…

Il ouvrit la porte, elle mit un pied dehors. Monique s’éclipsa très à propos.

— J’ai vu que tu parlais avec Solange, tout à l’heure, chuchota-t-elle. Alors ?

— Je l’ai remise à sa place, résuma-t-il d’un ton macho. Elle t’a insultée, je l’ai reprise de volée !

Marianne trépignait de joie.

— Ne t’inquiète pas, ma belle. Elle fait dans son froc devant moi.

— Devant nous, tu veux dire…

— Toi, tu la cherches pas, OK ? C’est pas le moment et pas dans ton intérêt.

La Marquise apparut au bout du couloir. Quand on parle du loup… Ils espérèrent sans se concerter qu’elle ferait demi-tour. Mais elle marcha hardiment dans leur direction, ralentissant l’allure à hauteur de la 119.

— Alors, comment ça va les amoureux ?!

Ils la regardèrent s’éloigner, restant sans voix quelques secondes.

— T’es sûr qu’elle fait dans son froc devant toi ? ironisa Marianne. Tu sais, la vermine faut l’écraser avant qu’elle ne te bouffe…

*

Vestiaires des surveillantes — 19 h 30

Une des deux douches fuyait. Un bruit de goutte-à-goutte insupportable. Un supplice. Une allée avec quelques casiers gris, un banc en bois au milieu. Pas de fenêtres dans ce sous-sol. Du carrelage vert d’eau immonde. Une légère odeur de pourriture. Une tristesse sans pareil.

Sur le banc, une femme pleurait. Sans retenue, sans témoin. Les ongles plantés dans le bois humide. Son chagrin, sa colère se heurtaient aux murs sans écho. Son pied droit battait la mesure. Son uniforme abandonné à même le sol, comme une guenille.

Solange pleurait. Elle criait, même. Son visage de déesse grecque se déformait sous les sanglots.

Il lui préférait Marianne. Insupportable. Elle qui espérait depuis si longtemps… Qui rêvait qu’il lui donne ce qu’elle l’avait vu offrir à sa pire ennemie la nuit dernière. Elle, qui attendait depuis des mois, des années ! En secret. En vain. Il avait choisi une détenue. Marianne de Gréville, en plus. L’insulte suprême ! Pourtant, elle avait deviné depuis des semaines, déjà. Qu’il couchait avec elle. Mais elle pensait qu’il la traitait comme elle le méritait, une esclave avec laquelle il déversait le trop-plein. Mais ce qu’elle avait vu cette nuit, ce n’était pas ça. Ça puait l’amour à des kilomètres. Ça l’avait frappée en pleine tête. En pleine poitrine. Elle avait voulu mettre des images sur ses doutes. Voulu se salir les yeux sur la vérité. Pour ça qu’elle y était allée cette nuit. Une première fois. Puis une deuxième.

Elle n’aurait pas son amour, pas même son désir. Elle aurait au moins le lot de consolation. La vengeance.

Elle pleurait toujours. Le cœur flétri de hargne, le corps enflé d’une tristesse sans nom. La peau moite de jalousie. Cette jalousie qu’elle connaissait si bien. Jalouser, envier. Seconde nature. Ça la rongeait depuis toujours. Comme une lèpre chopée à la naissance.

Elle essuya enfin ses larmes, ouvrit la porte de son casier et s’habilla avec des gestes brusques. Elle récupéra ensuite son portable et fit défiler une fois encore les deux photos. Elle n’y était pas retournée les mains vides, cette nuit. Ils paieraient cet affront. Elle ne savait pas encore ni quand ni comment, mais un jour ou l’autre, elle utiliserait ces preuves. Ils auraient toute leur misérable vie pour regretter de s’être aimés.

Elle ramassa son uniforme, rangea ses dernières affaires. Elle avait toujours été nulle pour les photos.

Là, elle les avait réussies comme jamais.

Mercredi 1er juin — 13 h 55

Marianne passa au détecteur de métaux puis subit la fouille par palpation. Une surveillante de l’accueil, petite jeune, maladroite, la tripotait de partout. Enfin, elle fut escortée jusqu’au parloir. Elle prit une grande inspiration alors que la porte s’ouvrait. Elle s’attendait à les voir tous les trois. Il n’y en avait qu’un.

— Bonjour mademoiselle, dit Franck en se levant.

Marianne le toisa de la tête aux pieds, il n’en sembla pas gêné. Toujours aussi impeccable, tiré à quatre épingles, pantalon noir, chemise bleue. Rasé de près, coiffé au millimètre. Il s’était même parfumé et Marianne apprécia d’emblée cette fragrance sucrée. Restait désormais à découvrir ce qu’il cachait à l’intérieur. Elle ne répondit pas à son bonjour, se posa en face de lui.

— Vos petits copains ne sont pas là ? s’étonna-t-elle avec un sourire ironique. Je leur ai fait peur la dernière fois ? À moins que ce ne soit l’endroit qui les ait effrayés…

— Non ! Mais maintenant que vous connaissez l’équipe, inutile que nous revenions à trois…

Elle sortit de son paquet de Camel la dernière cigarette avant de le lancer dans sa direction.

— J’espère que vous n’avez pas oublié mon petit cadeau ! fit-elle en allumant sa clope.

Il récupéra un paquet neuf dans la poche de son pantalon et le lui donna en souriant.

— Un bon point pour vous !

— J’étais déçu, la dernière fois… Je suis venu pour rien.

— Excusez-moi, monsieur le policier, mais j’ai eu un petit empêchement.

— Paraît que vous étiez au quartier disciplinaire…

— Exact. Mais je préfère le mot cachot. C’est plus en rapport avec la topologie des lieux, lieutenant !

Il souriait encore. Aimait sa répartie. Son arrogance presque maladive. Son magnétisme animal. Il approcha un peu son visage du sien. Et, sur le ton de la confidence :

— Je ne suis pas lieutenant. Je suis commissaire principal…

— Ouah ! Alors là, je suis très honorée ! Un commissaire pour moi toute seule !

— Pourquoi étiez-vous au mitard ?

— J’ai cassé les couilles au chef…

— Cassé les couilles ? Ça suffit à descendre au cachot ?

— Je ne parlais pas au sens figuré ! précisa Marianne avec malice.

Il fut d’abord surpris puis finit par rigoler franchement.

— Bon, si nous reparlions de notre affaire ? Avez-vous réfléchi à ma proposition ?

— Il faut que j’en sache plus pour me décider.

Il sembla satisfait. Ce n’était pas un non catégorique.

— Vous savez, Marianne… Vous permettez que je vous appelle Marianne ?

— Je vous en prie, Franck !

— Je ne peux pas vous donner de détails…

— Entre des détails et rien, il y a peut-être une moyenne !

— Qu’est-ce que vous voulez savoir ?

— La mission qui sera la mienne…

— Je ne peux rien vous révéler à ce sujet, désolé.

Elle écrasa sa cigarette par terre.

— Est-ce que je devrai tuer ? Si vous ne répondez pas à ça, l’entretien est terminé.