— Maintenant, je cauchemarde…
— Debout !
Marianne s’aida du mur pour se remettre sur ses jambes.
— Fouille de cellule. Vide tes casiers.
Emmanuelle émergea de son coma.
— Vous, vous pouvez continuer à roupiller ! balança la Marquise d’un air dédaigneux.
— Ah ouais ? C’est juste pour moi, alors ? s’indigna Marianne.
— On peut rien te cacher, de Gréville ! Alors, tu vides tes casiers ou je le fais moi-même ?
Marianne refusa d’obtempérer. Pariotti, les yeux débordants de lave, l’empoigna avec force et lui attacha les poignets au montant du lit. Elle se laissa enchaîner sans protester. Pas le moment de se prendre des jours de mitard ! Solange ouvrit alors les casiers et éparpilla les affaires par terre.
En voyant son ennemie piétiner ses vêtements, Marianne perdit son sang-froid.
— T’as pas le droit ! hurla-t-elle.
Solange, continuant sa besogne, dénicha quelques barres de céréales.
— Ça sort d’où, ça ? C’est pas en vente dans le catalogue, non ? Confisqué !
Les friandises disparurent au fond de ses poches.
— Salope !
Marianne reçut une gifle retentissante, le Fantôme poussa un cri strident.
— Toi, tu la fermes ! intima la gardienne. Sinon, tu vas t’en prendre aussi, OK ?
— Mais vous n’avez pas le droit de la frapper ! s’insurgea Emmanuelle.
— Tais-toi, conseilla Marianne. C’est pas grave…
Solange souleva ensuite le matelas, enleva les draps, les jeta à même le sol. Inspecta le dessous du lit. Puis elle s’intéressa au vieux réveil, tenta de le démonter. Marianne comprit qu’elle cherchait la drogue. On aurait dit un labrador des stups. Hystérique, la bave aux babines, le flair en alerte. Elle s’acharnait sur le réveil et, comme elle n’arrivait pas à l’ouvrir, elle le flanqua par terre où il s’explosa avec un étrange bruit de mécanique déglinguée. Marianne se mordit la langue. La Marquise s’approcha à nouveau.
— Tu la planques où, la came ?
Marianne s’offrit le luxe de sourire à son tour. Nouvelle gifle, Emmanuelle ferma les yeux.
La Marquise avait pris soin d’emmener sa matraque. Elle la fit rebondir dans le creux de sa main.
— Où elle est, de Gréville ?
— Va te faire foutre…
Elle s’attendait à recevoir le coup en pleine figure. Mais la Marquise visa le genou et Marianne tomba dans un cri.
— Je vais la trouver toute seule !
Marianne se laissa aller sur le sol, déplia sa jambe douloureuse. La surveillante, passée dans la salle d’eau, en ressortit une minute après avec la trousse de toilette. Elle en renversa le contenu sur la table, vida tubes et flacons sous le regard impuissant des deux détenues. Elle secoua alors la trousse pour vérifier qu’il ne restait rien à l’intérieur. Et un large sourire illumina son visage.
— On dirait qu’il y a quelque chose au fond !
Marianne ferma les yeux. Tu parles ! Visage d’ange avait dû la rancarder ! La Marquise ne tarda pas à découvrir la dose restante, le garrot et la seringue, planqués dans le double fond. Elle s’accroupit face à Marianne, brandissant son butin.
— Si je te faisais bouffer cette merde, hein, de Gréville ? Tu crèverais, non ?
— Vas-y, essaye !
Nouveau coup de matraque. Nouveau hurlement.
— Arrêtez ! supplia Emmanuelle.
À cet instant, la porte s’ouvrit. Daniel apparut. Marianne se sentit instantanément soulagée. Sauvée.
— Qu’est-ce qui se passe, ici ? On entend gueuler jusque dans le couloir !
Il regarda Marianne, entravée au lit, par terre ; ses objets personnels répandus sur le sol ; la surveillante armée d’une matraque. Pas besoin d’un dessin. Solange s’approcha de lui.
— J’ai trouvé ça dans ses affaires, annonça-t-elle en agitant le sachet d’héroïne.
— Elle m’a frappée alors que j’étais menottée ! vociféra Marianne.
Solange fixa son supérieur sans sourciller.
— Elle était menaçante, chef ! expliqua-t-elle d’un ton mielleux.
— C’est faux ! protesta Marianne. J’ai rien fait !
— C’est vrai ! renchérit Emmanuelle. Marianne n’a rien fait !
— Qui allez-vous croire, monsieur ? interrogea Solange. Deux criminelles ou une surveillante ?
Marianne jubilait. Elle allait se faire engueuler sévère, la Marquise ! Mais Daniel baissa les yeux. Et lorsqu’elle le vit quitter la cellule, elle eut l’impression que le ciel s’écroulait.
Solange, sourire jusqu’aux oreilles, revint vers son souffre-douleur. Elle balança la poudre dans les toilettes.
— Tu pourras toujours boire l’eau des chiottes ! ricana-t-elle.
Marianne se contenait pour ne pas pleurer. Pleurer de la trahison de Daniel. Ça faisait tellement plus mal que la matraque. La Marquise voulut récupérer les menottes, Marianne, furieuse, essaya de lui mettre un coup de pied. Elle reçut une nouvelle volée, serra les dents pour ne pas crier, tandis qu’Emmanuelle fondait en larmes. Enfin, quand Marianne cessa de bouger, Solange disparut.
Le Fantôme descendit du lit à toute vitesse.
— Ça va, assura Marianne. J’ai fait la morte pour que cette ordure s’en aille…
— Mais qu’est-ce qui lui a pris ? gémit Emmanuelle.
Marianne s’effondra sur le lit. Percluse de douleurs. Elle repensa à Daniel. La colère lui noua la gorge.
— Je sais pas, murmura-t-elle. Je sais pas ce qui lui a pris…
23 h 30 — Cellule 119
Marianne scrutait la nuit sans rien y voir. Elle écoutait la respiration régulière de sa co-détenue qui dormait encore. Ou déjà, elle ne savait plus. Emmanuelle, qui se nourrissait presque exclusivement de comprimés, maintenant. Ce soir, elle n’avait mangé qu’une tranche de jambon sous vide. Marianne n’avait guère fait mieux. Juste rajouté un yaourt au parfum indéfinissable.
Daniel n’était pas encore venu lui apporter le baladeur. Mais elle l’attendait de pied ferme. Ce salaud va m’entendre ! Peut-être même qu’elle allait lui rendre les coups reçus cet après-midi. Quelques contusions supplémentaires. Rien de grave. Il n’y avait que la trahison qui faisait mal. Elle alluma une cigarette. Pensa à la dope partie dans le tout-à-l’égout. Deux fixes en moins. Le coup du rapport était certainement resté en travers de la gorge de Pariotti… Mais Daniel ? Avait-il eu peur que Solange ne le balance ? Était-ce la raison de sa félonie ? Elle n’en voyait pas d’autre. Même s’il avait affirmé n’avoir rien à craindre d’elle.
Soudain, la porte s’ouvrit, elle fit un bond sur son matelas. Pourtant, c’était Justine de garde, cette nuit. Mais, à la faible lumière du néon, elle reconnut la silhouette du gradé. Elle s’approcha en boitant. Il lui adressa un petit signe de la main, elle le suivit jusque dans le couloir où on y voyait encore moins que dans la cellule.
— Je t’ai apporté ton petit cadeau…
Elle lui arracha le sachet des mains mais ne s’intéressa pas à son présent, ne le remercia pas non plus.
— Tu ne regardes pas ? fit Daniel avec une certaine déception dans l’intonation.
— Va te faire foutre !
Il encaissa en silence. Il s’y attendait, de toute façon.
— Je t’amènerai de la came lundi soir, ajouta-t-il comme pour s’excuser. Il faudra trouver une meilleure planque…
— Tu ferais mieux de m’apporter un casque et un bouclier !
— Ça va, elle t’a pas tuée, non plus…
C’était peut-être la seule phrase à éviter.