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— Je n’ai pas dit cela.

— Hum ! (Elle sourit.) Pouvez-vous en livrer un ce soir ?

— Quelle taille ?

— Petite.

D’un doigt à l’ongle long, elle traça une ligne de ses seins à sa cuisse, pour indiquer exactement la taille. Miles soupira tristement.

— Malheureusement, ceux-ci ont été prévus pour un soldat de commando de taille moyenne ou grande. En rapetisser un est un défi technique considérable… que j’essaie présentement de relever moi-même.

— Quel manque de prévoyance de la part du fabricant !

— Je suis entièrement de cet avis, citoyenne Nu.

Elle le regarda plus attentivement. Son sourire devenait-il légèrement plus sincère ?

— De toute façon, je préfère les vendre par lots. Si votre organisation n’a pas les reins suffisamment solides pour…

— Un arrangement pourrait toutefois être conclu.

— Rapidement, j’espère. Je vais bientôt poursuivre mon périple.

— Peut-être que non… murmura-t-elle distraitement, puis elle releva les yeux avec un rapide froncement de sourcils. Quelle est votre prochaine étape ?

Ungari avait été obligé de déposer un plan de vol officiel, alors…

— Aslund.

— Hum… oui, nous devons parvenir à un arrangement. Absolument.

Ces éclairs bleus, entre deux battements de paupières, étaient-ils ce qu’on appelait des « yeux doux » ? L’effet en était berceur, presque hypnotique. J’ai enfin rencontré une femme à peine plus grande que moi, et je ne sais même pas de quel bord elle est. Lui entre tous les hommes était bien le dernier à ne pas devoir confondre petit avec faible ou désarmé.

— Puis-je rencontrer votre patron ?

— Qui ?

Elle fronça les sourcils.

— L’homme avec qui je vous ai aperçus tous les deux ce matin.

— Oh ! Ainsi, vous l’avez déjà vu.

— Arrangez-moi un rendez-vous. Passons aux choses sérieuses. En dollars de Beta, rappelez-vous.

— Le plaisir avant les affaires !

Son souffle lui heurta l’oreille en bouffées, une faible brume épicée.

Essayait-elle de l’attendrir ? Dans quel but ? Ungari avait dit : Gardez votre couverture. Cela correspondrait certainement au personnage que Victor Rotha rafle tout ce qu’il pouvait attraper. Plus dix pour cent.

— Vous n’êtes obligée à rien de ça, réussit-il à dire d’une voix étranglée.

Son cœur battait à une vitesse franchement excessive.

— Je ne fais pas tout pour raisons d’affaires, répliqua-t-elle d’une voix ronronnante.

Pourquoi, en vérité, se donnerait-elle la peine de séduire un petit trafiquant d’armes de rien du tout ? Quel plaisir y trouvait-elle ? Qu’y trouvait-elle en plus du plaisir ? Peut-être que je lui plais. Miles tiqua en se représentant en train de donner cette explication à Ungari. Elle lui entoura le cou de son bras. Sa main, sans qu’il l’ait voulu, se leva pour caresser sa chevelure soyeuse. Une expérience tactile hautement esthétique, exactement comme il l’avait imaginé…

Livia resserra son étreinte. Par pur réflexe nerveux, Miles se releva d’un bond.

Et resta planté là, se sentant ridicule. C’était une caresse, pas un début de strangulation ! L’angle n’était pas du tout le bon pour une prise d’attaque.

Elle se rejeta en arrière sur le siège, son bras mince étendu sur le haut des coussins.

— Victor ! Je n’allais pas vous mordre !

Il avait la figure brûlante.

— Il-faut-que-je-parte.

Il s’éclaircit la gorge pour redescendre à son registre plus grave. Sa main plongea pour retirer le vidéodisque de l’appareil. Sa main à elle s’élança, puis retomba languissamment, comme feignant l’absence d’intérêt. Miles tapa sur le bouton de commande d’ouverture de la porte.

Overholt se matérialisa aussitôt dans l’embrasure du panneau qui coulissait. Le ventre de Miles se dénoua. Si son garde du corps avait disparu, Miles aurait compris – trop tard, bien entendu – que c’était un coup monté.

— Peut-être par la suite, bredouilla-t-il. Après que vous aurez pris livraison.

Pris livraison d’une cargaison inexistante ? Qu’est-ce qu’il racontait ?

Livia secoua la tête d’un mouvement incrédule. Son rire le poursuivit dans le couloir. Il avait quelque chose de cassant.

Miles s’éveilla en sursaut quand les lumières s’allumèrent brusquement dans sa cabine. Ungari, tout habillé, se tenait sur le seuil. Derrière lui, leur pilote interstellaire, en sous-vêtements et l’expression abrutie de sommeil, vacillait avec des gestes incertains.

— Vous vous habillerez plus tard, ordonna Ungari au pilote d’un ton hargneux. Sortez-nous du port et conduisez-nous au-delà de la limite des dix mille kilomètres. Je monte d’ici quelques minutes vous aider à tracer l’itinéraire… (Il ajouta, à moitié pour lui-même :)… dès que je saurai où nous allons. Ouste !

Le pilote détala. Ungari avança à grands pas jusqu’au chevet de Miles.

— Vorkosigan, que s’est-il passé, bon Dieu, dans cette chambre d’hôtel ?

Miles cligna des paupières, tant pour échapper à l’éclat des lumières qu’à celui des yeux d’Ungari, et réprima l’envie de chercher refuge sous ses couvertures.

— Hein ?

Il avait la bouche sèche de sommeil.

— Je viens de recevoir l’avertissement – avec seulement quelques minutes d’avance – qu’un mandat d’amener avait été lancé par la sécurité civile de Pol Six contre Victor Rotha.

— Mais je n’ai pas touché à cette femme ! protesta Miles dont la tête tournait.

— On a découvert le corps de Liga assassiné dans la chambre où a eu lieu votre rendez-vous.

— Quoi !

— Le labo de la Sécurité vient juste de déterminer à quelle heure… À peu près celle de votre réunion. L’ordre d’arrestation sera diffusé sur le réseau d’ici à quelques instants et nous serons bouclés ici.

— Mais je n’y suis pour rien. Je n’ai même pas vu Liga, seulement sa patronne, Livia Nu. Je veux dire… si j’avais fait ça, je vous aurais mis au courant immédiatement, capitaine !

— Merci, dit Ungari sèchement. Je suis heureux de le savoir. (Son ton se durcit.) C’est un coup monté contre vous, naturellement.

— Qui…

Oui. Livia Nu pouvait avoir imaginé un moyen plus sinistre de prendre à Liga ce vidéodisque top secret. Mais si elle n’était pas la supérieure de Liga, ni même un membre de son organisation criminelle sur Pol, qui était-elle ?

— … Nous avons besoin d’en savoir plus, capitaine ! Ceci est peut-être le point de départ de quelque chose.

— Ou la fin de notre mission. Nom de nom ! Et impossible de nous replier sur Barrayar par Pol. La route est coupée. Alors, où ? (Ungari marchait de long en large, réfléchissant à haute voix.) Je veux aller à Aslund. Son traité d’extradition avec Pol est à présent rompu, mais… sans compter vos complications avec les mercenaires. Maintenant qu’ils ont vu le lien entre Rotha et Naismith. Grâce à votre négligence.

— D’après ce qu’a dit Chodak, je ne crois pas que l’amiral Naismith serait précisément reçu à bras ouverts, acquiesça Miles à contrecœur.

— La station du Consortium de l’Ensemble de Jackson n’a de traité d’extradition avec personne. Cette couverture est complètement fichue. Rotha et Naismith inservables l’un et l’autre. Il faut que ce soit le Consortium. Je vais planter ce vaisseau là-bas, plonger dans la clandestinité et revenir seul à Aslund.

— Et moi, capitaine ?

— Vous et Overholt, vous devrez vous séparer et rentrer par le plus long chemin.