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Rentrer. Rentrer en disgrâce.

— Capitaine… s’enfuir fait mauvais effet. Et si nous ne bougions pas et réussissions à faire tomber les charges contre Rotha ? Nous ne serions plus coupés de tout et Rotha serait encore une couverture viable. Il est possible qu’on cherche à nous pousser à couper les ponts et à fuir.

— Je ne vois pas qui pourrait avoir prévu ma source d’information à la sécurité civile de Pol. Pour moi, on compte nous clouer au port. (Ungari tapa une fois son poing droit dans sa paume, un geste de décision ce coup-ci.) Au Consortium, donc.

Il pivota sur ses talons et sortit, ses bottes martelant le pont. Un changement de vibrations et de pression atmosphérique indiquèrent à Miles que le vaisseau quittait Pol Six.

Il dit tout haut à la cabine vide :

— Mais s’il y avait des plans en vue des deux éventualités ? Moi, j’y aurais pensé.

Il secoua la tête avec indécision, puis se leva pour s’habiller et rejoindre Ungari.

9

La station intersidérale du Consortium de Jackson différait surtout de celle de Pol par l’assortiment que ses marchands offraient à la vente, conclut Miles. Il se tenait devant le distributeur de disques dans un hall-esplanade très semblable à celui de Pol Six et faisait passer en accéléré un énorme catalogue de pornographie sur l’écran vidéo. D’accord, pour la majeure partie en accéléré, sa recherche se ponctuant de quelques pauses, rêveuses ou abasourdies. Résistant noblement à la curiosité, il atteignit la section d’histoire militaire et n’y trouva qu’une collection de titres d’une décevante minceur.

Il inséra sa carte de crédit et la machine lui distribua trois disquettes. Non qu’il fût captivé à ce point-là par L’Esquisse d’une stratégie triangulaire dans les guerres de Minos IV, mais le vol de retour allait être long et ennuyeux, et le sergent Overholt ne promettait pas d’être le plus étincelant des compagnons de voyage. Miles mit les disques dans sa poche et soupira. Quelle perte de temps, d’efforts et de prévision cette mission avait été !

Ungari avait pris des dispositions pour « vendre » le vaisseau de Victor Rotha, pilote et mécanicien compris, à un homme de paille qui les ramènerait, le cas échéant, à la Sécurité impériale de Barrayar. Miles avait tenté de convaincre son supérieur d’utiliser encore Rotha, Naismith ou même l’enseigne Vorkosigan, mais ses suppliques avaient été interrompues par un message ultra-codé en provenance du Q. G. de la Séclmp, réservé au seul Ungari. Ce dernier s’était retiré pour le décoder, et avait réapparu une demi-heure plus tard, blanc comme un linge.

Avançant son horaire, il était parti dans l’heure à bord d’un vaisseau commercial pour la Station d’Aslund. Seul. Refusant de communiquer le contenu du message à Miles ou même au sergent Overholt. Refusant d’emmener Miles. Refusant à Miles l’autorisation de continuer ne seraient-ce que des observations militaires indépendamment sur le Consortium.

Ungari laissa Overholt à Miles, ou vice versa. Assez difficile de dire qui avait été laissé à la charge de qui. Overholt paraissait agir moins comme un subordonné que comme une nounou, décourageant les tentatives de Miles pour explorer le Consortium, insistant pour qu’il reste en sûreté dans sa chambre d’hôtel. Ils attendaient maintenant d’embarquer sur un paquebot commercial d’Escobar qui faisait la liaison régulière sans escale jusqu’à Escobar, où ils se présenteraient à l’ambassade de Barrayar, laquelle les expédierait sans doute sur leur terre natale. Dans leurs foyers, sans aucun résultat à montrer.

Miles vérifia son chrono. Encore vingt minutes à tuer avant d’embarquer. Ils pourraient aussi bien aller s’asseoir. Avec un coup d’œil irrité à son ombre Overholt, Miles se traîna avec lassitude le long de l’esplanade. Overholt le suivit avec la mine de qui désapprouvait tout en bloc.

Miles médita sur Livia Nu. En fuyant son invite érotique, il avait sûrement manqué l’aventure de sa courte vie. Sauf qu’il n’avait pas décelé la moindre trace d’amour sur son visage. Au reste, quelle femme pourrait avoir le coup de foudre pour Victor Rotha ? La lueur qui étincelait dans sa prunelle était celle d’un gourmet contemplant un plat inhabituel. Miles eut l’impression d’avoir du persil qui lui sortait par les oreilles.

Elle était vêtue comme une courtisane, avait agi en courtisane mais n’en avait pas eu l’attitude. Inquiétant.

Si belle.

Courtisane, criminelle, espionne, qui était-elle ? Et, surtout, à qui appartenait-elle ? Etait-elle la patronne de Liga ou son adversaire ? Ou le destin de Liga ? Etait-ce elle qui avait tué le chétif petit bonhomme ? En tout cas, Miles était de plus en plus convaincu qu’elle représentait une pièce importante dans le puzzle du Moyeu de Hegen. Ils auraient dû la suivre, pas la fuir. L’interlude charnel n’était pas la seule occasion qu’il eût manquée. La rencontre avec Livia Nu allait le tracasser pendant longtemps.

Miles leva la tête pour trouver son chemin barré par deux sbires style malabars du Consortium – officiers de la Sécurité civile, corrigea-t-il mentalement avec ironie. Il se campa fermement sur ses jambes et leva le menton. Qu’est-ce que c’était encore ?

— Monsieur Victor Rotha ? Un mandat d’amener a été acheté pour vous. Vous êtes accusé du meurtre d’un certain Sydney Liga. Souhaitez-vous faire une offre supérieure ?

— Probablement. (Miles eut un rictus d’exaspération. La situation prenait une drôle de tournure !) Qui fait une offre pour mon arrestation ?

— Le nom est Cavilo.

Miles secoua la tête.

— Inconnu au bataillon. Appartient-il par hasard à la Sécurité civile de Pol ?

L’officier vérifia sur son panneau de procès-verbal.

— Non. (Il ajouta sur le ton de la conversation :) Les gens de Pol ne traitent presque jamais d’affaires avec nous. Ils estiment que nous devrions leur livrer les criminels gratis, à titre d’échange. Comme si nous avions envie d’en récupérer !

— Hum ! Voilà ce que c’est que la loi de l’offre et de la demande ! (Miles expira longuement. Illyan n’allait pas être enchanté de ces frais-là sur sa note de dépenses.) Combien ce Cavilo offre-t-il ?

L’officier consulta de nouveau son panneau. Ses sourcils se haussèrent.

— Vingt mille dollars de Beta. Il doit sacrément tenir à vous !

Miles émit un petit gargouillis.

— Je n’ai pas autant que ça sur moi.

L’officier exhiba sa matraque.

— Ah !

— Il faut que je prenne des dispositions.

— Vous aurez à les prendre en Détention, monsieur.

— Mais je vais manquer mon vaisseau.

— C’est probablement le but cherché, convint l’officier. Etant donné le moment choisi et tout ça.

— Supposons – si c’est seulement cela que veut ce Cavilo –, supposons qu’il retire son enchère ?

— Il perdra une caution substantielle.

La justice de Jackson était vraiment aveugle. Elle était à vendre à n’importe qui.

— Heu, puis-je dire un mot à mon assistant ?

L’officier plissa les lèvres et étudia Overholt avec suspicion.

— Faites vite.

— Qu’est-ce que vous en pensez, sergent ? (Miles ajouta tout bas :) Ils ne semblent pas avoir de mandat pour vous…

Overholt était tendu, la bouche serrée dans un pli de contrariété et le regard au bord de la panique.

— Si nous pouvions arriver jusqu’au vaisseau…

Le reste demeura informulé. Les Escobarans partageaient avec les gens de Pol leur désapprobation de la « loi » du Consortium jacksonien. Une fois à bord du vaisseau, Miles serait sur le « sol » escobaran ; le capitaine ne le livrerait pas de son plein gré. Ce Cavilo serait-il en mesure d’enchérir suffisamment pour interner le paquebot escobaran tout entier ? Ça lui coûterait la peau des fesses !