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Miles hocha la tête.

— Ça, tu l’as dit !

Miles passa la plus grande partie des deux jours suivants aplati sous le plancher ou accroupi dans les placards, mais la cabine ne fut fouillée qu’une fois, et ce tout au début. À deux reprises, des prisonniers vinrent bavarder un moment avec Grégor et, sur la suggestion de Miles, Grégor rendit la visite. Grégor se comportait vraiment bien. Il partageait ses rations avec Miles sans se plaindre et n’en acceptait que la stricte moitié, en dépit des incitations de Miles.

Grégor fut emmené avec les membres de l’équipe de travail. Peu après l’accostage du vaisseau à la Station d’Aslund, Miles, nerveux, attendit que le remue-ménage s’apaise, que l’équipage cesse d’être sur le qui-vive, mais décanilla avant que le vaisseau ne quitte le port avec lui encore à bord.

Il passa prudemment la tête au-dehors. La coursive était sombre et déserte. L’écoutille de débarquement n’était pas gardée, de ce côté. Miles portait encore la blouse et le pantalon bleus sur ses autres vêtements ; il supposait que les ouvriers étaient traités en personnes de confiance avec droit de circuler dans la station, et qu’ainsi il pourrait, au moins de loin, se fondre dans le paysage.

Il sortit d’un pas ferme et manqua paniquer quand il découvrit un homme vêtu d’un uniforme noir et or musardant près de l’écoutille. Son neutraliseur reposait sagement dans son étui ; ses mains entouraient une tasse fumante en plastique. Ses yeux rouges plissés regardèrent Miles sans curiosité. Miles lui accorda un bref sourire, sans ralentir l’allure. Le garde lui rendit une grimace revêche. De toute évidence, son rôle était d’empêcher les inconnus d’entrer dans le vaisseau, et non de le quitter.

La cale de chargement se révéla contenir une demi-douzaine de membres du personnel de maintenance en bleus de travail qui s’activaient en silence à une extrémité. Miles respira à fond et traversa le quai d’un air naturel, sans regarder autour de lui, comme s’il savait parfaitement où il se rendait. Personne ne le héla.

Rassuré, il continua à avancer au pif d’un pas décidé. Une large rampe conduisait à une vaste salle qui résonnait du vacarme produit par des ouvriers en tenues de toutes sortes – un quai de réparation et de ravitaillement en combustible pour navettes de combat, à en juger par le matériel à demi rassemblé. Exactement le genre de chose qui intéresserait Ungari. Miles ne supposait pas qu’il aurait assez de chance pour… Non. Aucun signe d’Ungari camouflé parmi ces ouvriers. Il dénombra des hommes et des femmes habillés de l’uniforme bleu marine d’Aslund, des ingénieurs sans doute, absorbés par leurs tâches, pas du tout du style gardes soupçonneux. Miles continua néanmoins à avancer au pas de course, passant par un autre couloir.

Il trouva un hublot au plexi transparent de forme convexe pour permettre aux passants d’avoir un grand angle de vision. Posant un pied sur le rebord, il se pencha d’un air détaché et ravala quelques jurons choisis. La station commerciale de transit étincelait à quelques kilomètres de là. Un vaisseau, éclair minuscule, était en train d’y aborder. La station militaire, apparemment, était destinée à être une installation séparée, à moins qu’elle ne fût pas encore reliée. Pas étonnant que les blouses bleues pussent se déplacer à loisir. Miles, quelque peu dépité, regarda par-dessus le vide. Bah ! il chercherait Ungari d’abord ici, là-bas ensuite. Il se détourna.

— Hé, vous là-bas ! Le petit tech !

Miles se figea sur place, luttant contre le réflexe de prendre ses jambes à son cou – la dernière fois, la tactique ne lui avait pas réussi –, et pivota sur lui-même, s’efforçant d’arborer une expression d’interrogation courtoise. L’homme était massif mais sans armes, vêtu d’une salopette havane de contremaître. Il avait l’air tourmenté.

— Oui, monsieur ? dit Miles.

— Vous êtes juste ce qu’il me faut. (Il abattit la main sur l’épaule de Miles.) Venez avec moi.

Miles le suivit malgré lui, essayant de garder son calme, de montrer même un peu d’agacement lassé.

— Quelle est votre spécialité ?

— Les égouts, répondit Miles d’une voix monocorde.

— Parfait !

Consterné, Miles se laissa traîner jusqu’à un endroit où se croisaient deux couloirs inachevés. Une voûte béait à l’état brut, vierge de tout revêtement, bien que celui-ci fût là, prêt à être installé.

Le contremaître désigna un goulot entre les parois.

— Vous voyez ce tuyau ?

Un tuyau d’égout, d’après le gris du code des couleurs, où la circulation s’effectuait au moyen d’un système de pompage par air et par pesanteur. Il disparaissait dans l’obscurité.

— Oui.

— Il y a une fuite quelque part derrière la paroi. Faufilez-vous là-dedans et trouvez-la pour que nous n’ayons pas à arracher tout ce bazar que nous venons de poser.

— Z’avez une lampe ?

Le contremaître fouilla dans une des poches de sa salopette et extirpa une torche électrique.

— Bien, dit Miles avec un soupir. Est-il branché ?

— Sur le point de l’être. Ce satané truc a loupé le dernier essai de pression.

De l’air seulement s’en écoulerait. Miles se sentit légèrement réconforté. Peut-être que la chance tournait.

Il se glissa dans l’interstice et avança centimètre par centimètre le long de la surface ronde et lisse, prêtant l’oreille et tâtant. Sept mètres plus loin, il découvrit la fuite, un courant d’air frais jaillissant d’une fêlure, nettement discernable. Il secoua la tête, voulut se retourner dans cet espace restreint, et son pied creva le lambris.

Stupéfait, il passa la tête par le trou et jeta un coup d’œil à droite et à gauche dans le couloir. Il tortilla un fragment de panneau au bord du trou jusqu’à ce qu’il l’eût détaché et le considéra, le tournant et le retournant entre ses doigts.

Deux ouvriers qui montaient des appareils d’éclairage, leur lampe à souder crachant des étincelles, s’arrêtèrent pour regarder. L’un, en salopette havane, s’exclama d’un ton indigné :

— Non mais, qu’est-ce que vous fabriquez ?

— Inspection de contrôle de qualité, riposta Miles sans se troubler. Pour un problème, vous avez un sacré problème !

Miles envisagea d’agrandir le trou à coups de pied, puis de repartir par le couloir vers son point de départ, mais il choisit de revenir en se faufilant à une vitesse d’escargot. Le contremaître attendait avec anxiété.

— Votre fuite est dans la section six, annonça Miles en tendant à l’autre son bout de lambris. Si les panneaux de ce couloir sont en Fibres de bois aggloméré inflammable et non en laine de verre dans une installation militaire prévue pour résister au feu de l’ennemi, c’est que vous avez eu un bien mauvais architecte. Dans le cas contraire, je vous suggère d’aller rendre une petite visite à votre fournisseur avec deux de vos malabars experts en matraques électriques.

Le contremaître poussa un juron. Les lèvres serrées, il saisit le rebord le plus proche des lambris garnissant la paroi et tira avec force. Un segment gros comme le poing lui resta dans les mains.

— Nom de nom ! Combien de ces trucs ont déjà été installés ?

— Une bonne quantité, répondit Miles allègrement.

Il s’esquiva avant que le contremaître, qui arrachait des lambeaux de lambris en marmottant, ne songe à lui confier une autre corvée. En sueur, le visage en feu, il ne ralentit qu’au deuxième détour du couloir.

Il croisa deux hommes armés, vêtus d’uniformes gris et blanc. L’un se retourna sur lui. Miles continua à marcher, se mordant la lèvre inférieure, et ne regarda pas en arrière.