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— J’ai été engagé pour établir une évaluation militaire du Moyeu de Hegen à l’intention d’un non-belligérant intéressé par la question parce qu’il transite par ici. (La vérité en évidence comme sur un plateau, et à laquelle nul ne croirait.) Comme ces gens-là ne tiennent pas à organiser des expéditions de secours, ils voulaient être prévenus suffisamment de temps à l’avance pour évacuer du Moyeu leurs ressortissants avant le début des hostilités. Je fais aussi un peu de vente d’armes en à-côté. Une couverture qui se rentabilise elle-même.

Les paupières d’Oser se plissèrent.

— Pas Barrayar…

— Barrayar a ses propres détectives.

— Cetaganda également… Aslund redoute les ambitions de Cetaganda.

— Ce qui est sage de sa part.

— Barrayar est équidistant.

— De mon point de vue professionnel… (Se raidissant contre le filet, Miles adressa une petite inclinaison du buste à Oser qui faillit rendre le salut mais se ravisa au dernier moment.)… Barrayar n’est pas une menace pour Aslund dans cette génération. S’il veut la maîtrise du Moyeu de Hegen, Barrayar doit avoir celle de Pol. Avec la transformation de son second continent en terres cultivables, plus l’ouverture de la planète Sergyar, Barrayar a plutôt trop de frontières à l’heure actuelle. Sans compter qu’il faut contenir Komarr, qui se montre récalcitrant. Une expédition militaire dirigée vers Pol serait pour Barrayar une surextension grave en ressources humaines. Il est moins coûteux d’être amis ou, du moins, neutres.

— Aslund aussi craint Pol.

— Peu probable qu’ils se battent, sauf si on les agresse. Rester en paix avec Pol est simple comme bonjour. Il suffit de ne rien faire.

— Et Vervain ?

— Je n’ai pas encore évalué Vervain. C’est la prochaine étape sur ma liste.

— Ah oui ? (Oser se renversa contre le dossier de son fauteuil en croisant les bras. Ce n’était pas un geste de détente.) Je pourrais vous faire exécuter comme espion.

— Mais je ne suis pas un espion ennemi, répliqua Miles en simulant l’aisance. Un neutre ami ou – qui sait ? – un allié potentiel.

— Et quel est votre intérêt en ce qui concerne ma flotte ?

— Mon intérêt en ce qui concerne les Denda… les mercenaires est purement académique, je vous l’assure. Vous appartenez simplement au paysage. Dites-moi, en quoi consiste votre contrat avec Aslund ?

Miles, la tête penchée de côté, parlait boutique.

Oser faillit répondre, puis il pinça les lèvres avec agacement. Si Miles avait été une bombe en train de tictaquer, il n’aurait pas retenu avec plus de concentration l’attention du mercenaire.

— Oh, allons, reprit Miles en riant dans le silence qui se prolongeait, qu’est-ce que je pourrais faire tout seul, avec un malheureux second ?

— Je me rappelle la dernière fois. Vous êtes entré dans l’espace territorial de Tau Verde avec un état-major de quatre personnes. Quatre mois plus tard, vous imposiez votre loi. Alors, quelles sont vos intentions, aujourd’hui ?

— Vous surestimez mon impact. J’ai simplement aidé les gens à aller dans la direction qu’ils souhaitaient prendre. Un accélérateur, pour ainsi dire.

— Pas pour moi. J’ai passé trois ans à récupérer le terrain que j’avais perdu. Dans ma propre flotte !

— C’est difficile de plaire à tout le monde…

Miles intercepta l’expression d’horreur muette de Grégor et se força à baisser le ton. Tout bien réfléchi, Grégor n’avait jamais rencontré l’amiral Naismith.

— … Vous n’avez même pas subi de dommages graves.

Les mâchoires d’Oser se resserrèrent encore d’un cran.

— Et c’est qui, celui-là ?

Il désigna Grégor d’un pouce.

— Greg ? Mon ordonnance, répliqua Miles précipitamment avant que Grégor n’eût fini d’ouvrir la bouche.

— Il n’a pas l’air d’une ordonnance. Il ressemble à un officier.

Grégor parut insensiblement ragaillardi par ce compliment objectif.

— On ne peut juger sur l’apparence. Le commodore Tung a tout du lutteur de foire.

Le regard d’Oser se glaça soudain.

— Tiens ! Et vous avez été en correspondance pendant longtemps avec le capitaine Tung ?

La brusque embardée de son estomac apprit à Miles que mentionner Tung avait été une erreur grave. Il s’efforça de dissimuler son malaise sous un air de froide ironie.

— Si j’avais été en correspondance avec Tung, je n’aurais pas eu le mal de faire cette évaluation personnelle de la Station d’Aslund.

Oser, les coudes sur la table, les mains jointes, examina Miles en silence pendant une bonne minute. À la fin, il pointa la main sur le garde, qui se redressa, attentif.

— Jetez-les dans l’espace ! ordonna-t-il.

— Quoi ! s’exclama Miles d’une voix aiguë.

— Vous… (le doigt pointé se tourna vers le lieutenant silencieux d’Oser)… accompagnez-les. Veillez à ce que mes ordres soient exécutés. Utilisez le sas d’accès de bâbord, c’est le plus proche. Si celui-ci… (il désigna Miles) se met à jacasser, coupez-lui la langue. C’est son organe le plus dangereux.

Le garde libéra Miles du filet électrique qui lui enserrait les jambes et le remit debout.

— Vous n’allez même pas m’interroger chimiquement ? demanda Miles, étourdi par la tournure des événements.

— Pour contaminer mes enquêteurs ? Vous laisser parler est bien la dernière chose que je souhaite. Je ne connais rien de plus fatal pour que la pourriture de la déloyauté se propage dans mon service de renseignements. Quel que soit le discours que vous avez projeté, vous ôter l’air le neutralisera. Vous avez failli me convaincre, moi.

Oser réprima un frisson.

Deux membres de la demi-patrouille qui attendaient se joignirent au groupe quand ils furent sortis de la pièce et, saisissant Miles et Grégor par les bras et les jambes, derrière en l’air, s’engouffrèrent au pas de course dans la coursive.

— Mais… !

La porte de la salle de conférences se referma avec un sifflement.

— La situation n’est pas brillante, Miles, observa Grégor, son visage pâle arborant une étrange expression faite de détachement, d’exaspération et de consternation. As-tu d’autres idées mirobolantes ?

— C’est toi qui as expérimenté le vol sans ailes. Est-ce pire que, disons, la chute style fil à plomb ?

— De ma propre volonté, répliqua Grégor qui se mit à traîner les pieds et à se débattre quand le sas apparut. Pas sur le caprice d’une bande de… (il fallut trois gardes pour le maîtriser)… paysans !

Miles commençait sérieusement à s’affoler. Au diable cette satanée couverture ! Il lança à pleine gorge :

— Ho, les gars ! Vous savez que vous êtes sur le point de balancer une fortune en rançon ?

Deux gardes continuèrent à se bagarrer avec Grégor, mais le troisième s’arrêta.

— Grosse comment, la fortune ?

— Enorme, promit Miles. De quoi vous acheter une flotte personnelle.

Le lieutenant, abandonnant Grégor, fonça sur Miles en dégainant un poignard à lame électrique, prêt à interpréter les ordres reçus à la lettre. La lame s’abattit à quelques centimètres du nez de Miles… celui-ci, au passage, mordit les doigts épais et se tortilla pour échapper à l’étreinte du garde qui le tenait. Le filet électrique qui plaquait les bras de Miles contre son torse siffla et crépita, impossible à rompre. Miles se projeta contre l’aine du garde, qui poussa un glapissement de douleur sous la brûlure du filet. Il lâcha prise et Miles tomba, roulant et heurtant violemment les genoux du lieutenant.