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Alors, quelle était son opinion, à présent ? Eh bien, Pol ne semblait pas être la source des troubles dans le Moyeu de Hegen ; Pol réagissait, il n’agissait pas. Le Consortium, apparemment, se battait l’œil des expéditions militaires ; le seul adversaire assez faible pour que les Jacksoniens s’y attaquent était Aslund, et il n’y avait guère de profit à conquérir Aslund, un monde agricole tout juste mis en conformité avec la Terre. Aslund, assez paranoïaque pour être dangereux, n’était qu’à moitié préparé et protégé par une armée de mercenaires qui n’attendaient qu’un signal pour se diviser en factions hostiles. Pas de menace effective dans ce secteur. L’action, l’énergie pour cette déstabilisation, par élimination, devait venir de Vervain ou via Vervain. Comment la découvrir ? Non ! Il s’était juré de laisser tomber les activités d’agent secret. Vervain n’était pas son problème.

Miles se demanda s’il pourrait persuader Grégor de lui accorder une dispense impériale pour ne pas écrire de rapport et si Illyan l’accepterait. Probablement pas.

Grégor était bien silencieux. Miles, allongé sur sa couchette, mit les mains sous sa tête et sourit pour masquer son inquiétude tandis que Grégor – un peu à regret, sembla-t-il – ôtait son uniforme dendarii volé et enfilait des vêtements civils fournis par Arde Mayhew. Pantalon, chemise et veston miteux étaient un peu courts et flottaient sur le corps mince de Grégor ; ainsi habillé, il avait l’air d’un clochard. Miles décida à part lui de le tenir à l’écart des endroits chicos.

Grégor le regarda à son tour.

— Tu étais inquiétant en amiral Naismith, tu sais ? Tu avais l’air de quelqu’un d’autre.

Miles prit appui sur un coude.

— Naismith est mon moi libre et sans entraves. Il n’a pas à être un bon petit Vor, ou n’importe quelle sorte de Vor. Il n’a pas de problèmes avec la subordination, il n’est le subordonné de personne.

— J’avais remarqué. (Grégor replia l’uniforme dendarii selon la réglementation de Barrayar.) Regrettes-tu d’avoir dû fausser compagnie aux Dendarii ?

— Oui… Non… Je ne sais pas.

Profondément. La chaîne de commandement, à ce qu’il semblait, tirait des deux bouts, en sens inverse, à partir du maillon central. Que la traction fût assez forte et ce maillon se tordrait et sauterait…

— J’espère que tu ne regrettes pas d’avoir échappé à l’esclavage sous contrat ?

— Non… ce n’était pas ce que j’avais imaginé. N’empêche, c’était curieux, cette bagarre dans le sas. De parfaits inconnus qui tentaient de me tuer sans même savoir qui j’étais. De parfaits inconnus qui essaient de tuer l’empereur de Barrayar, je peux le comprendre. Mais ça… je vais devoir y réfléchir. Cela m’a fait un drôle d’effet aussi de revoir Elena. L’obéissante fille de Bothari… elle a changé.

— Telle était mon intention, avoua Miles.

— Elle paraît très attachée à son déserteur de mari.

— Oui, dit Miles d’un ton bref.

— C’est ce que tu voulais, ça aussi ?

— Le choix ne dépendait pas de moi. Une… conséquence logique de l’intégrité de son caractère. J’aurais pu le prévoir. Puisque ses convictions concernant la loyauté viennent de nous sauver la vie à tous les deux, il ne me sied guère de… de le regretter, hein ? En tout cas, j’espère qu’elle se tirera d’affaire. Oser s’est révélé dangereux. Elle et Baz n’ont l’air protégés que par le pouvoir de Tung dont, de son propre aveu, la base s’érode.

— Je suis surpris que tu n’aies pas accepté l’offre de Tung. Imagine : sauter tous les échelons et être directement promu amiral ! Le pied !

— L’offre de Tung ? répéta Miles avec un reniflement ironique. N’as-tu pas entendu ce qu’il a dit ? Je croyais que papa t’avait obligé à lire tous ces traités ? Tung n’a pas offert un commandement, mais un combat à cinq contre un. Il cherchait un allié, un homme de paille ou de la chair à canon, pas un patron.

— Oh ! (Grégor se réinstalla sur sa couchette.) Effectivement. Néanmoins, je me demande si tu n’aurais pas choisi autre chose que cette prudente retraite dans le cas où je n’aurais pas été là.

Miles se perdit en conjectures. Une interprétation suffisamment large de la vague suggestion d’Illyan d’« utiliser l’enseigne Vorkosigan pour faire partir du Moyeu les Mercenaires Dendarii » pouvait-elle être comprise comme… Non.

— Non. Si je n’étais pas tombé sur toi, je serais en route pour Escobar avec le sergent-nounou Overholt. Et toi, tu serais encore en train d’installer des luminaires.

Compte tenu, bien sûr, de ce que le mystérieux Cavilo – le commandant Cavilo ? avait projeté une fois qu’il aurait attrapé Miles dans la Détention du Consortium.

Alors, où était Overholt, maintenant ? Avait-il fait son rapport au Q. G., tenté de contacter Ungari, ou été pris par Cavilo ? Avait-il suivi Miles ?

— Nous nous en sommes tirés à bon compte, conclut Miles à l’adresse de Grégor.

Grégor frotta la marque gris pâle sur sa figure, souvenir de sa rencontre avec la massue électrique.

— Sans doute. N’empêche, je commençais à avoir la main pour installer des luminaires.

Nous touchons au but, songea Miles quand Grégor et lui s’engagèrent derrière le capitaine du cargo dans le tube-écoutille conduisant à la cale de garage de la Station de Vervain. Enfin, peut-être pas tout à fait. Le capitaine vervani était nerveux, obséquieux, visiblement tendu. Toutefois, s’il avait déjà réussi trois fois ce transfert d’espions, il devait maintenant savoir s’y prendre.

La cale de garage, avec son éclairage cru, était une caverne glacée remplie d’échos, aménagée en conformité avec les motifs rigides des aériens de robots, et non avec les courbes humaines. En fait, elle était vide d’êtres humains, sa machinerie silencieuse. La voie avait été déblayée devant eux, supposa Miles.

Les yeux du capitaine se tournaient de tous les côtés. Miles ne pouvait s’empêcher de suivre son regard. Ils s’arrêtèrent près d’une cabine de contrôle déserte.

— Nous attendons ici, dit le capitaine. Des hommes vont venir vous chercher pour vous faire faire le reste du chemin.

Il s’accota contre la paroi de la cabine et se mit à la marteler doucement du talon, puis il se redressa, tournant la tête.

Des pas. Une demi-douzaine d’hommes surgirent d’un couloir voisin. Miles se raidit. Des hommes en uniforme, avec un officier, à en juger par leur attitude, mais ils ne portaient pas le costume de la Sécurité civile ou militaire de Vervain. Des treillis havane d’un aspect inconnu, à manches courtes, avec des parements et des insignes noirs, des boots noirs. Ils avaient à la main des neutraliseurs prêts à tirer. Mais si ce groupe marchait comme un peloton d’arrestation, parlait et se pavanait comme un peloton d’arrestation…

— Miles, murmura Grégor qui avait fait les mêmes remarques, est-ce dans le scénario ?

Les neutraliseurs étaient à présent braqués sur eux.

— Il a réussi le coup trois fois. Pourquoi pas une quatrième ?