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— Il ne risque pas de m’attaquer !

Sacrément juste, convint Miles avec regret.

Metzov tapota son micro-bracelet.

— Je vous appellerai quand j’aurai terminé.

— Bien, mon général.

La porte se ferma dans un soupir. La cellule sembla soudain très exiguë. Miles, ramassé en boule sur sa couchette, ramena ses jambes sous lui. Metzov, appuyé sur une hanche, le contempla longuement avec satisfaction, puis s’installa confortablement sur la banquette d’en face.

— Vraiment, dit-il, quel retournement du sort !

— Je croyais que vous dîniez avec l’empereur ?

— Le commandant Cavilo, étant femme, s’éparpille un peu sous l’effet du stress. Quand elle aura recouvré son calme, elle se rendra compte qu’elle a besoin de mon expérience en ce qui concerne Barrayar, déclara Metzov d’un ton mesuré.

En d’autres termes, on ne vous a pas invité, conclut Miles.

— Vous avez laissé l’empereur seul avec elle ?

Fais gaffe, Grégor !

— Grégor n’est pas une menace. Je crains que son éducation n’ait fait de lui un faible.

Miles s’étrangla.

Metzov s’adossa au mur, tambourinant des doigts sur son genou.

— Dites-moi, enseigne Vorkosigan… Si c’est toujours enseigne – comme il n’y a pas de justice en ce bas monde, je suppose que vous avez conservé votre rang et votre solde. Qu’est-ce que vous faites ici ? Avec lui ?

Miles fut tenté de s’en tenir au nom, au grade et au matricule, mais Metzov connaissait déjà tout cela.

Metzov était-il un ennemi ? De Barrayar, s’entend, pas de Miles. Metzov séparait-il les deux dans son esprit ?

— L’empereur s’est trouvé isolé des personnes assurant sa sécurité. Nous espérions reprendre contact avec elles via le consulat de Barrayar ici.

Voilà, rien là-dedans qui ne fût parfaitement évident.

— Et d’où veniez-vous ?

— D’Aslund.

— Ne prenez pas la peine de jouer les imbéciles, Vorkosigan. Je connais Aslund. Qui vous a envoyé là-bas, pour commencer ? Et ne vous fatiguez pas à mentir. Je peux contre-interroger le capitaine du cargo.

— Impossible. Cavilo l’a tué.

— Oh ? (Un sursaut de surprise, réprimé.) Astucieux de sa part. C’était le seul témoin qui savait où vous alliez.

Cavilo y avait-elle songé quand elle avait braqué son brise-nerfs ? Probablement. Et pourtant… le capitaine du cargo était aussi le seul témoin qui pouvait confirmer d’où ils venaient. Cavilo n’était peut-être pas aussi redoutable qu’elle le paraissait.

— Encore une fois, reprit Metzov avec patience, comment se fait-il que vous soyez en compagnie de l’empereur ?

— À votre avis ? rétorqua Miles pour gagner du temps.

— Un complot, bien entendu, dit Metzov avec un haussement d’épaules.

Miles gémit.

— Et quel enchaînement de conspirations raisonnable… ou déraisonnable aussi bien… imaginez-vous pour justifier notre arrivée ici, seuls, venant d’Aslund ? Je serais ravi de l’apprendre.

— Eh bien… (Metzov était incité malgré lui à répondre.) Vous vous êtes débrouillé pour séparer l’empereur de ses gardes. Vous devez soit préparer un assassinat compliqué, soit projeter d’exercer une forme quelconque de domination de la personnalité.

— Voilà ce qui saute à l’esprit, hein ?

Miles plaqua son dos contre la paroi avec un grognement de frustration et s’affaissa.

— Ou peut-être accomplissez-vous une mission diplomatique secrète – et par conséquent peu honorable. Une trahison.

— Dans ce cas, où est la protection de Grégor ? dit Miles d’un ton triomphant. Vous seriez sage de vous méfier.

— Donc, ma première hypothèse est justifiée.

— Dans ces conditions, où est ma protection ? rétorqua Miles, rageur.

Où, en vérité ?

— Un complot de Vorkosigan… Non, peut-être pas de l’amiral. Il a tout pouvoir sur Grégor chez lui…

— Merci. J’allais le souligner.

— Le complot délirant d’un esprit délirant. Est-ce que vous nourrissez le rêve de devenir l’empereur de Barrayar, mutant ?

— Le rêve ? Un cauchemar, je vous assure ! Demandez à Grégor.

— Peu importe. L’équipe médicale saura vous extirper vos secrets dès que Cavilo aura donné le feu vert. En un sens, c’est dommage que le thiopenta ait été inventé. J’aurais eu plaisir à briser tous les os de votre corps jusqu’à ce que vous parliez. Ou hurliez. Ici, vous ne pourrez pas vous cacher derrière les jupes de votre père, Vorkosigan. (Il devint pensif.) Peut-être que je le ferai quand même. Un os par jour.

Il y a deux cent six os dans le corps humain. Deux cent six jours. Illyan devrait être capable de nous rattraper en deux cent six jours. Miles eut un sourire morne.

Metzov paraissait trop bien installé pour se lever et mettre immédiatement le projet à exécution. Cette conversation vouée aux conjectures ne constituait guère un interrogatoire sérieux. Mais si ce n’était pas aux fins d’interrogatoire ni de tortures revanchardes, pourquoi cet homme était-il ici ?

Sa maîtresse l’a jeté dehors, il s’est senti solitaire et mal à l’aise et a eu envie de bavarder avec quelqu’un de connaissance. Même un ennemi. C’était étrange et compréhensible. À part l’invasion de Komarr, Metzov n’avait probablement jamais quitté Barrayar. Une vie passée pour l’essentiel dans ce monde clos à l’intérieur d’un autre monde, corseté, ordonné, prévisible qu’était l’armée impériale. À présent, cet homme rigide était à la dérive, confronté à son libre arbitre. Miséricorde ! Ce fou souffre de nostalgie, se dit Miles. Glaçante intuition !

— Je commence à croire que je vous ai rendu service sans le vouloir, commença Miles. (Si Metzov était d’humeur à parler, pourquoi ne pas l’encourager ?) Cavilo est plus agréable à regarder que votre dernier chef.

— C’est exact.

— La paie est-elle meilleure ?

— Tout le monde paie davantage que l’armée impériale, répliqua Metzov avec un reniflement sarcastique.

— Le job n’est pas ennuyeux non plus. Sur l’île Kyril, les jours se suivaient en se ressemblant tous. Ici, on ne sait jamais ce qui va arriver ensuite. Ou se confie-t-elle à vous ?

Metzov se rengorgea.

— Je joue un rôle clé dans ses projets.

— Comme guerrier de chambre à coucher ? Je croyais que vous apparteniez à l’infanterie. Vous changez de spécialité, à votre âge ?

Metzov se contenta de sourire.

— Maintenant, vous vous montrez sous votre vrai jour, Vorkosigan.

Miles haussa les épaules. Dans ce cas, je suis bien le seul.

— Si j’ai bonne mémoire, vous n’aviez pas une haute opinion des femmes soldats. On dirait que Cavilo vous a fait changer d’avis.

— Nullement. (Metzov se carra contre le mur d’un air suffisant.) Je compte commander dans six mois les Rangers de Randall.

— Cette cellule n’est-elle pas sous surveillance vidéo ? questionna Miles, stupéfait.

Non pas qu’il s’inquiétât des ennuis que sa grande gueule attirerait à Metzov, mais néanmoins…

— Pas à présent.

— Cavilo projette donc de prendre sa retraite ?

— Il y a de nombreuses façons d’avancer cette retraite. L’accident fatal que Cavilo avait arrangé pour Randall serait facile à reproduire. Ou je trouverai peut-être un moyen de l’en faire accuser, puisqu’elle a été assez stupide pour s’en vanter.

Ce n’était pas de la vantardise, c’était un avertissement, espèce d’idiot ! Miles faillit loucher en imaginant cette conversation sur l’oreiller entre Metzov et Cavilo.